Monthly Archives: December 2009

Vincere

J’avais été prévenu. Une amie m’avait mise en garde. Tout d’abord, comprenant mon intérêt pour le film et le cinéaste, elle s’était tue, mais la pression était trop forte et elle finit par exposer son ennui et son irritation face à la dernière réalisation de Marco Bellocchio. Et puis, finalement, dans un petit cinéma gardois, deux jours après Noël, nous nous décidâmes à aller nous mesurer à Vincere. A sa grande surprise Miss J. se retrouva en accord avec cette amie qui pourtant ne partage souvent pas les mêmes goûts qu’elle. Elle détesta, honnit cette expérience. Elle l’exprimera avec hargne et talent ci-dessous.

J’ai beaucoup aimé.

Que dis-je, j’ai été renversé par tant de talents et de beauté. Je vais avoir du mal à parler d’une œuvre que j’ai trouvé d’une richesse et d’une esthétique époustouflante. Chaque plan, chaque image est une photo d’une qualité, d’un équilibre, d’une profondeur qui m’a impressionné. Les acteurs sont exceptionnels. La mise en scène est sincère, originale et intensément évocatrice. L’ensemble est une œuvre superbe qui expose les thèmes qui accompagnent Bellocchio depuis les débuts de sa carrière, un manifeste et une analyse de l’Italie d’alors et de l’Italie contemporaine, un opéra mélodramatique plus touchant encore que Madame Butterfly.

Depuis Les Poings dans les poches (1965), Bellocchio, révolté, incisif explore deux thèmes principaux : l’aliénation de l’individu par les institutions sociales, en particulier l’Eglise et les rapports difficiles à la mère, qu’il juge souvent coupable alors qu’elle est sanctifiée par la société, comme par exemple dans La Nourrice (1998) ou Le Sourire de ma Mère (2001). Vincere expose avec maestria les obsessions du réalisateur. Ce film raconte l’histoire d’amour de l’Italie avec le fascisme à travers la déception amoureuse tragique d’Ida Dalser (Giovanna Mezzogiorno) avec Benito Mussolini (Filippo Timi). Aveuglée, elle s’offrira entièrement à lui et à toute cause qu’il souhaite défendre sans comprendre qu’il est plus Narcisse que Romeo. Elle lui donnera son honneur, son argent et un fils (Filippo Timi encore). Cet amour absolu et la volonté de préserver sa pureté en dépit de tout, mène Ida à tout sacrifier, jusqu’à sa famille, jusqu’à sa vie, jusqu’à son fils, qui ne se remettra pas non plus de l’incarcération de sa mère et de l’omniprésence absente de son géniteur.

Le travail des acteurs est remarquable, il est étonnant qu’aucun des deux rôles principaux n’aient été récompensés lors du festival de Cannes d’où le film est reparti bredouille. Giovanna Mezzogiorno incarne avec une telle passion, une telle fougue et une telle rage Ida Dalser qu’il est impossible de l’ignorer. Son talent et sa beauté sont éclatants et rappellent les plus grandes vedettes. L’intensité de son regard fait notamment penser à Romy Schneider dans ses plus beaux rôles. Filippo Timi est impressionnant dans son interprétation double du père et du fils, et dans sa caricature de lui-même. Mussolini ou l’homme qui voulait devenir une statue de son vivant, plaisir que Bellocchio lui offrira. La scène d’amour entre Ida et Mussolini est marquante et inconfortable, tant l’abandon et la passion de l’une rencontre la dureté et l’autosatisfaction marmoréenne de l’autre.

Le soin apporté à la lumière est étonnant, on remarque que chaque fois qu’Ida est dans la lumière, Mussolini est dans l’ombre et réciproquement. Ce choix ajouté au lyrisme furieux de la composition musicale de Carlo Crivelli accentue les parallèles évidents à l’opéra et les références à l’expressionisme, en particulier celui du cinéma allemand. Le constant va-et-vient entre l’histoire intime d’Ida Dalser et l’insertion d’images d’archives (discours du Duce, slogans futuristes barrant l’écran, transes collectives, mais aussi extraits du Kid de Chaplin ou d’Octobre, d’Eisenstein) témoigne de la passion, de la folie, des émotions qui traversent alors la Péninsule. Bellocchio, quitte à brutaliser un peu son spectateur, appuie grâce à cette forme choisie la volonté nette de subjugation et de fascination que souhaite tout système fasciste.

C’est peut-être là la partie la plus faible du film car la symbolique utilisée par le réalisateur est parfois lourde : le spectateur comprend vite qu’Ida Dalser est une figure de l’Italie, victime consentante des histrions et bateleurs actuels avides de pouvoir. Il saisit aussi aisément la gêne qu’éprouve Bellocchio devant le culte de la personnalité, l’envie de célébrité et le remplacement de la réflexion et du débat par l’image et l’émotion. Mais ces moments parfois soulignés ou didactiques m’ont semblé faire partie de l’ampleur et de la grandiloquence que l’on attend d’un opéra exposant notre emprisonnement dans une société de spectacle et de séduction, et l’inconfort de la révolte, stupide et sanguinaire si sans nuances, rapidement étouffée par les petites compromissions et les douces lâchetés de tout un chacun.

Reste la beauté d’une femme, sa folie, sa douleur. Son incompréhension que la volonté inaltérable de son amant s’accomplisse tandis que la sienne tout aussi trempée la mène d’exils en camisoles.

J’ai été ému. J’ai été touché. J’espère que vous aussi, vous irez, et vous le serez.

Ida Dalser, the heroine of this Italian film based on real life historical events and directed by the eminent Marco Bellocchio, has unfortunate taste in men. She likes them intense, dramatic, ruthlessly single minded and, it soon turns out, on a fascist dictatorial political mission, dragging their nation into a bellicose, bloody maelstrom. She falls heavily in love with Benito Mussolini at first sight after taking wicked pleasure in witnessing him rouse a crowd to baying fury when, instead of delivering a traditional political speech, he ‘disproves’ religion by challenging God to strike him down within five minutes. The crowd do their best to do the job on behalf of God after the time lapses and he remains intact, but he successfully struts off to other things – why is there never a handy statue of a cathedral around when you need one?

In time, the beautiful Ida and Mussolini embark on a passionate affair. They indeed are both unconditionally in love: with him. She sells almost everything she owns so that he can set up the newspaper that proved so crucial to his political rise, Il Popolo d’Italia. He fathers her son, the only person in this film I could truly sympathise with by its conclusion. He loses interest with Ida rather hastily when she starts to get in his way, amongst other things because he has another wife and her instance on claiming him as her own starts to make him look bad in front of the Church. (It’s never entirely clear in the film if he also married Ida at some point or not: it’s a moot point). Despite his gradual metamorphosis into a brutally terrorising piece of dictatorial work, Ida refuses to let go of her passion for the man she thinks she still knows. The rest of the film shows in great depth just how far she’s prepared to hold on against hope, to the extent that she ends up locked in a mental hospital for her trouble. She would rather hold on to the original narrative she’s pinned to him, which come what may, she will not let go – Mussolini is just testing her, only she understands him, it’s all been a horrible misunderstanding, nothing can stop her, she will never give in. Ever!! She throws pamphlets wildly into the snow from behind steel bars, screams into the night sky. Loses all contact with her son, who ends up in an orphanage and later a mental hospital, too.

This film set Francophone against Anglophone reviewer in quite a major, if bien sûr cordial, way. Monsieur D adored this film. I recall summing it up on exiting the cinema as ‘shit’, and was genuinely surprised that he was surprised. Perhaps on account of being British, or for other reasons less liable to get me into hot water for cultural caricaturising, I rarely take at all well to such undiluted primal emotion backed up by an intense, relentlessly clanging and overdone operatic soundtrack. Except perhaps when I indulge in a little of my own in real life of course, when decades of cultural emotional repression are abruptly undone through temporary fatigue, outright illness or a pre-Christmas metro trip, and my true anguished primal soul bursts through in a thoroughly undignified fashion, only to be disowned at the soonest possible opportunity. But I can’t actually condone revelling in that kind of thing! Can’t recognise it as potentially a thing of beauty! It’s messy, non?!! The film revels in the excesses of unbridled obsession. Luxuriates in it, without the slightest breathing space or attempt to counterbalance. Within three minutes of it starting, I really thought it was time for everyone to calm down and urgently acquire a sense of perspective.

I’d hoped for an interesting, credible and psychologically revelatory exploration of an individual’s descent into insanity, perhaps against her own valiant attempts to fight it, not the protracted, horribly unsubtle Sturm und Drang of someone’s headlong dash into a life-long tantrum at a failed obsession based on a languid glance across a room. An exploration of the thin folds that separate outright madness from intense but lucid suffering. Instead, the story grinds forth like a steamroller, without deviating for a second from a few basic dynamics of thwarted and flawed desire which are all but abundantly clear within the first few minutes. It makes for one of the most overblown, caricatural, pedantic, grating films I’ve seen for a very long time. Above all it felt like a missed opportunity, with an incredibly over-the-top soundtrack relentlessly thumping out on top of the visuals, failing so consistently to venture into more subtle territory that it can only have been deliberate. The actors toe this operatic line perfectly, which is presumably what they were asked to do, so they cannot particularly be faulted, especially regarding the impressive lead roles elegantly played by Giovanno Mezzogiorno (Ida) and Filippo Timi (Mussolini – both father and son). But all in all there’s far too much heavy-handed symbolism, nay crashing cymbal-ism –, which one can either find bombastically impressive, or thoroughly tiresome, much like Mussolini himself. Statue of a cathedral, anyone?

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Where the Wild Things Are

Vous ne vous sentez pas bouillir parfois, ou bouillonner ou  vous percevez en vous toute cette énergie énorme, ce besoin  de vous dépenser, et la colère de vous sentir pas tout à fait libre, pas si sûr de vous, ou simplement trop seul ? Pour tenter d’exprimer tout cela et sans doute plus encore, Max (Max Records), 8 ou 9 ans, se déguise en loup et  part à l’attaque de son chien, de la chambre de sa grande sœur, ou de la patience de sa maman (Catherine Keener). Jusqu’au jour où il va trop loin et mord cette dernière à l’épaule. Contrit et enragé il s’enfuit pour se retrouver dans une île  lointaine peuplée de « Maximonstres », immenses peluches ocres, poilues, ventrues, cornues, dentues, oscillant entre camaraderie bourrue, tendresse brutale, et questions menaçantes. Pour ne pas terminer dans l’estomac de Carol (James Gandolfini), le plus touchant et plus colérique d’entre eux ou comme dîner de réconciliation pour tous, Max, roi autoproclamé de ces monstres, se rendra compte qu’il n’est pas simple de diriger, peu aisé d’anticiper le résultat de ses actions et que l’agressivité non apprivoisé est destructrice, pour ses projets, pour les autres, pour soi.

Cette fable éducative est connue par presque tous les enfants anglophones, il s’agit de Where the Wild things are (1964), conte de Maurice Sendak, dont les illustrations originalement effrayantes ont rappelé aux parents que le monde de l’enfance n’est pas uniquement peuplé de fée et de bons sentiments, mais aussi de rages et de peurs. Incidemment, on peut déplorer l’exécrable choix du titre français et saluer la profondeur et la beauté de celui choisi par M. Sendak.

Le réalisateur Spike Jonze et  le scénariste David Eggers l‘ont bien saisi, ils prennent le monde de l’enfance au sérieux et ont brodé autour des quarante pages initiales de Sendak de quoi faire un film de 102 minutes dans l’esprit l’œuvre originale. Mais en dépit de cela, le film n’atteint pas son but avec la même élégance que le livre. Certes le début est exceptionnel de justesse : on y voit Max entre fou-rire et larmes chercher à enrôler en vain sa grande sœur et ses amis puis sa mère dans son univers héroïque de boules de neige, de cachettes, de volcans imaginaires. Mais cette introduction passée, dès sa fuite vers l’île aux monstres,  l’arythmie prévaut, certains pourront même parler de mollesse puisque les moments réussis se retrouvent tous ou presque dans la bande annonce. M. Jonze ne trouve pas son équilibre entre un film pour enfants et une parabole pour adultes. Soit trop effrayant, soit trop lents pour les petits, le film ne propose pas de rebondissements, ou de réflexions suffisantes pour passionner les grands. Je suis ressorti de la salle impressionné par le travail technique accompli par M. Jonze et son équipe , heureux de voir un film assumant la complexité de ce qu’est l’enfance, mais déçu d’être resté à quai, insensible aux laides créatures de Jonze, et un peu extérieur à la lecture psychanalytique évidente proposée par Eggers.

And now our lovely Miss J. will give her max on these monsters :

This film, an adaptation of Maurice Sendak’s forty-page 1960s children’s classic (why didn’t I get to read this?), Where The Wild Things Are, begins well but has a strangely unstable rhythm to it. The first ten minutes sparkle along at a sprint and a gripping pace, in their introduction of 9 year-old protagonist Max, a bright, affectionate boy grappling with feelings of anger and loneliness. His father is no longer around, his mother affectionate but stressed out and overworked. His frequently hyperactive attempts to connect with his older sister and the other children around him regularly backfire, leaving him feeling rejected, taking refuge in his imagination, or driving him to self-destructive outbursts. His schoolteacher terrifies him by informing his class that at some point in the future the whole world is destined to come to an end, filling him with visions of apocalyptic doom. All this could have potentially added up only to a minor prelude to the ‘meat’ of the film, which is largely a fantasy adventure, but it touchingly and engrossingly portrays the deep sadness of a boy wavering between enthusiastic passion for life, and angry despair at an early string of betrayals, undermining his sense of identity and security.

Strangely, just as things get far more action-oriented, with Max fleeing a family row alone on a small rowing boat that takes him across the ocean, arriving on an island full of slightly alarming monsters in dire need of a new king, the film’s rhythm starts to sag dramatically. I suspect this could be because the filmmakers got complacent at this point, thinking that they had found such a stunning location to film from (a sweeping island landscape) and such heart-melting Jim Henderson-esque monsters to introduce, that that the rest would take care of itself. Sadly, it doesn’t. Numerous other films involving ‘novelty cuteness’ or ‘really really cool visuals’ come to mind that fall into the same kind of trap, notably the animated films Number Nine, or Kung Fu Panda. Storyline is jettisoned in favour of visual sumptuousness. The whole film lollops along from this point onwards. There are a few poignant moments, but I really felt cut adrift as far as a gripping storyline was concerned. I’m not too sure who the ideal audience would be for this film. I’m not sure it would work that well with young children, perhaps with some teenagers, but I’m not sure the film knew quite where it was aiming. Nonetheless, there are stunning visuals, and it’s a painstakingly crafted film. Oh, and to reiterate what Monsieur D said: terrible French translation of the original title! Sounds like some kind of breakfast cereal gimmick or something.

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The versatile Richard Linklater : Me and Orson Welles and Fast Food Nation

Y a-t-il un hasard ? Croyez-vous aux coïncidences ?

Nos curiosités ont fait qu’indépendamment l’un de l’autre Miss J. ait choisi d’aller voir un film revendicatif, Fast Food Nations, tandis que, de passage à Londres, je profitais d’une soirée pour aller découvrir Me & Orson Welles, porté aux nues par les critiques britanniques. Quelle ne fut pas notre surprise mutuelle de découvrir que les deux œuvres avaient un même père, le très texan, Richard Linklater.

Un chanteur de country, Butch Hancock, disait que vivre à Lubbock au Texas lui avait appris deux choses : 1. Dieu est amour et tu brûleras en enfer, 2. Le sexe est la chose la plus affreuse et la plus sale du monde et tu dois la réserver pour quelqu’un que tu aimes de tout ton cœur. En vrai enfant du pays, Richard Linklater semble avoir suivi cette exhortation à la diversité et aux tensions internes menant à de petites trahisons. Linklater débuta sa carrière avec des films générationnels (SlackersDazed and Confused) pour s’intéresser  à de grosses comédies (School of Rock), de petits films d’auteur (Before Sunrise et Before Sunset), de la science fiction en animation rotoscopique avant que Bachir ne sache valser (Waking life, A scanner darkly), ou encore des adaptations de livres entre documentaire et réalité romanesque (Fast food nation et dans une certaine mesure Me and Orson Welles).

Me & Orson Welles, comme le titre le souligne n’est pas de prime abord sur le personnage imposant qu’était Orson Welles, mais sur le jeune Richard (Zac Efron) qui découvrira alors qu’il passait par hasard devant le théâtre Mercury qu’il a une chance à saisir et qu’il peut participer à Jules César, pièce de Shakespeare, que Welles est en train de monter. Il sera à la fois emporté, émerveillé, grandi, malmené, humilié et trahi par le grand homme, et l’expérience le transformera en jeune adulte. Si en lisant le nom d’Efron il y a deux phrases vous ne vous êtes pas mis à hurler et sangloter compulsivement, c’est que vous n’êtes probablement plus une adolescente, mais sachez que le film prouve que le jeune homme est autre chose qu’un joli visage et des abdominaux d’acier. La véritable performance reste néanmoins celle de l’anglais Christian McKay, méconnu jusqu’alors, qui campe un charismatique Orson, génial et méprisable, égoïste et sublime, en un mot un Welles digne des contrastes de son modèle. Le reste de la distribution est très solide,  Ben Chaplin en acteur méfiant et médisant marque les esprits et il est difficile de rester insensible à la ravissante Sonja (Clare Danes), convoitée par tous les hommes, gestionnaire ingénue et calculatrice du théâtre.

Le film est intéressant en ce qu’il expose un double apprentissage et une double rébellion de la jeunesse, thème qu’affectionne Linklater, celle du jeune Richard évidemment (oh il porte le même prénom que le réalisateur … !) mais aussi celle d’Orson Welles, qui n’a alors que 22 ans et qui révolutionne tout ce qu’il touche. Malheureusement l’ensemble tient plus d’une grande et belle pièce de théâtre que véritablement de l’expérience, Linklater peine à transformer le spectateur en acteur de l’histoire, on reste donc admiratif devant les décors magnifiques, le talent des acteurs mais on ne ressent pas vraiment le magnétisme de Welles, le côté novateur de son Jules César,  et on partage peu la juvénile curiosité du candide Richard. Et la morale toute shakespearienne qui tend à prouver que la vie est un théâtre ne révolutionne pas ce que l’on pouvait penser jusqu’à présent.

Restent les tensions internes et la preuve que le théâtre est effectivement amour et partage et qu’il vous fera aussi vivre pire que l’enfer, quant au sexe avec quelqu’un que l’on aime, il peut devenir la chose la plus affreuse et la plus sale du monde, si votre amour n’est pas forcément aussi partagé que vous l’imaginiez. Pas à dire, on en revient toujours aux leçons du Texas. Si ce film finit par arriver à Paris, et que vous n’avez rien contre les classiques un peu pesants, texans en fait, allez vous rafraîchir la mémoire car ce conte désenchanté est à la fois plaisant et de très belle facture.

And now a little something about one of Richard Linklater’s earlier productions from 2006! Rarely have I ever felt so compelled yet also so brain-fryingly bored by watching a film as with Fast Food Nation. I had initially expected a straightforward documentary along the lines of the original book (of the same name) by investigative journalist Eric Schlosser, denouncing industrial food production methods and their catastrophic impact on human health, animal welfare and the environment. The case for making a very angry, if cool-headed, documentary is certainly very strong. Ultramodern industrial agricultural methods mean animals are regularly raised and slaughtered in a miserable manner, often just to save a little bit of money. Workers, frequently migrants, are meanwhile exploited by slaughterhouses and work in patently unsafe, dehumanising conditions. The quality of the meat used in fast food burgers is frequently terrifyingly bad. No one in their right mind should eat it. Advertising smoothes all this over with a soothing jingle or two, blandly promising a Contentment Meal with a plastic cartoon character toy to add to the fun (or something). Even in France, surely one of the great international havens of true gastronomy, ‘McDo’ mysteriously flourishes. Which beggars belief.

What Fast Food Nation aims to achieve is a loud call to reason, ideally aimed specifically at those who would still vaguely contemplate consuming a burger from the average fast food outlet chain, whether out of convenience or for some other god-awful reason, like it being the only thing open at 2am on a Christmas Day. In the service of this, its producers seem to have opted to create one of the most rickety fictional storylines imaginable to walk the audience through the issues. We roam from Mexican migrants frying to death in desert borderlands in a failed bid to find work in cost-cutting US slaughterhouses, the physical exploitation of those migrants who do succeed in reaching the US, to a naïve and overly eager sales executive sent to investigate health concerns surrounding the ‘big one’ burger for which his company is responsible, to teenagers working for a pittance in these so-called ‘restaurants’. These teenagers end up enthusiastically banding together in a failed attempt to ‘free the cows’ from a local ranch, which sadly resolutely fail to budge.

This wooden story-led approach was a mistake. It all feels far too transparent and patronising, with the story drifting along using random self-help-book-esque anecdotes where the following would not have been out of place: ‘Sally had been seeing Stuart for the past five years but she felt the relationship was not progressing, and her girlfriends told her he probably wasn’t that into her. And her burger didn’t taste too good either. Silly Sally’. Cue Sally sighing. It doesn’t help matters that the acting in the film is so wooden that it would have been no less convincing had the actors still held up the actual script they were reciting in front of their faces. The storyline is trite, frustrating, and hollow, but the actual documentary reality behind the storyline remains compelling, and indeed (I must grudgingly admit) reasonably memorable, thanks to the film.

I am just glad that I was watching this in relative comfort in DVD format. I would not have wanted to be imprisoned in a cinema for the duration of the film. At least that way I was able to catch up on some emailing whilst taking in the broad brushstrokes of this woeful adaptation of a perfectly reasonable book. Luckily, too, a documentary indeed had gone on to be made along the lines of the original book: Food Inc. I wanted to see it, but as it was released for all of three minutes here in France, I missed the boat. I shall try and get hold of it on DVD when released, and report back.

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Guest critique 2 : Zombieland

Mademoiselle L nous fait le plaisir de se joindre à nous et signe la seconde critique ne venant ni du gracieux et guilleret clavier de Miss J. ni du mien. C’est du fin fond des Etats-Unis, qu’elle nous écrit pour nous parler d’un genre que ni Miss J, ni moi n’apprécions beaucoup, le film d’horreur, plus précisément ici, le film de zombies. Capable de transformer un acteur en un crédible et hideux monstre non seulement venu de l’espace, mais en plus atteint d’une maladie de peau carabinée, avec un paquet de céréales, du papier crépon, trois poires, et beaucoup d’enthousiasme, elle était la plus à même pour nous donner un avis éclairé sur Zombieland (Bienvenue à Zombieland en vf), le premier long métrage du washingtonien Ruben Fleischer.

Le film a dû séduire puisque un n° 2 est en préparation, qu’en pensez-vous Mlle L. ?

Par principe, le zombie qui court est une hérésie contre laquelle s’insurgera sans pitié tout connaisseur du genre macabre. “Avez-vous déjà essayé de courir le 100m en état de mort cérébrale?” ironiseront  avec justesse les critiques amateurs aux dents acérées : j’ai en effet déjà du mal à rattraper le bus et pourtant j’ai tous mes neurones en état de marche.

Mais question suspens et surgissements imprévus de derrière un coin sombre (en général fond de champ à droite de l’écran, au cinéma), le zombie classique semble avoir fait son temps dans l’esprit des producteurs comme des scénaristes ; d’où les ruses – à peine camouflées – employées ces dernières années pour perpétuer le genre tout en accélérant le rythme : “Méééééé – s’écrient en choeur les scénaristes – c’est pas des zombies, non non non, c’est des gens qui ont le virus du cannibalisme, et c’est pas du tout pareil.” Soit, mais nous restions dubitatifs.

Vint alors Zombieland. Woody Harrelson, une fête foraine, des fusils à canons sciés, des zombies : le public était haletant, avide – et palpitait. Horreur! Dans un accès de franchise, le réalisateur, Ruben Fleischer, révéla innocemment que ses zombies seraient galopants et athlétiques – en clair presque pas morts du tout. Ascenseur émotif garanti, le ressentiment et la méfiance se mirent à bouillonner chez les spécialistes, même Tom Savini doutait (je le sais, j’ai une vidéo).

J’ai vu Zombieland. Tom Savini et Robert Rodriguez ont vu Zombieland. Ma maman a vu Zombieland.

Et tous nous y sommes retournés trois fois – en dépit du fait que certains d’entre nous ne disposent pas du pass UGC.

Baissez vos armes, pourfendeurs de zombies dératés – inconditionnels de la tradition Romérienne (ne faites pas semblant, il ne s’agit évidemment pas de Rohmer, Eric, mais de Roméro, Georges).

Zombieland est le meilleur film de zombies dans l’histoire des morts vivants.

Planète Terreur était brillant, déjanté, inquiétant, hystérique – mais il n’avait pas toute la loufoquerie humoristique de Shaun of the Dead. Shaun of the Dead, quant à lui – je m’adresse aux tatillons – péchait par une baisse de rythme durant la séquence “retour au sérieux” de l’anté-pénultième bobine (et puis les filles ne portaient pas de mini-jupes).

Zombieland n’a pas de défauts. Zombieland est drôle – Zombieland est élaboré – Zombieland fait peur – Zombieland est grandiose ; fermez le ban.

Certes, le film – bien que de zombies – n’est pas à inscrire dans la lignée Roméro : ici, pas de critique sociale en filigrane, pas d’analyse comportementale sous-jacente. Le public de Zombieland est celui des films de Tarantino.

Il se compose de tous ceux qui vont au cinéma pour les cadrages, pour les acteurs, pour le montage, pour les dialogues, pour les références et les blagues d’initiés, pour les blagues tout court, pour la musique, pour l’histoire, pour les poursuites en auto, pour pouvoir vivre par procuration tout ce qu’on ne peut pas faire dans la vraie vie, pour se sentir plus gai, pour repartir plus intelligent, pour se faire peur : pour le plaisir, un point c’est tout.

Je n’ai pas le droit de vous raconter Zombieland : disons simplement qu’on y suivra, en 1h20, les aventures de deux caractères parfaitement opposés (sorte de rencontre entre Agnan et Crocodile Dundee) à travers une Amérique envahie par les morts vivants ; que votre “guide de la survie en cas d’attaque de zombies” s’enrichira de nouveaux conseils et astuces pratiques ; que vous y verrez un invité surprise dont la présence ne pourra que vous ravir ; que vous ferez un tour en grand huit pour le prix de votre place de cinéma – et ceci sans avoir envie de vomir  ; et qu’enfin sera confirmé le postulat établi par chacun dès le CE2 : les filles, c’est vachement plus malin que les garçons.

Terminons en rappelant quelques données de base : c’est l’hiver ; il pleut ; il fait nuit à 16h30. Si le chocolat chaud ne suffit plus pour vous remonter le moral, allez voir Zombieland.

Si Kill Bill vous a déplu, achetez l’intégrale DVD d’Ingmar Bergman – et une couverture chauffante.

Par esprit de sacrifice pour ce blog,  mais aussi pour le plaisir d’aller le voir avec deux femmes charmantes et enjouées,  j’ai décidé d’aller affronter les zombies au côté de Woody Harrelson, toujours très persuasif en redneck agressif et chtarbé.  Et au final, ça se confirme, je ne suis vraiment pas amateur de films d’horreur. C’est un peu comme le chocolat à la menthe ou les Twinkies, je ne veux pas dégoûter quiconque mais vous pouvez passer mon tour, vous partager ma part. Vraiment, faites ! Car ce genre ne me dit rien.

Alors quelle alternative proposer au dithyrambe de Mlle L. ? Peut-être aucun.

Zombieland est un premier film réussi, plein de punch, d’humour et de créatures hideuses qui n’arrêtent pas de vous empêcher de vivre heureux, tenant absolument à vous courser rageusement pour faire de vous l’un des leurs, ou une petite colline de chairs sanguinolentes. Ruben Fleischer présente cette fin de l’humanité comme une superbe démonstration d’un jeu vidéo en ligne. Je ne suis pas spécialiste du genre, mais nous avons quatre personnages, assez étonnamment calmes quelle que soit la situation, des surnoms (pour éviter de s’attacher les héros s’appellent selon l’endroit où souhaitent se rendre), des changements d’armes, pas de problèmes de munitions, une gêne face au contact physique, un décalage avec le monde réel, une série de règles qui s’inscrit sur l’écran au fil du jeu, pardon, du film.

Zombieland est également un film de passage à l’âge adulte : les références aux comédies adolescentes américaines, celles de Greg Mottola, vont jusqu’au choix des acteurs, le héros, Colombus (Jesse Eisenberg, vu dans Adventureland de Mottola) rappelle le timide Michael Cera dans Supergrave (de Mottola aussi),  Emma Stone reprend son rôle de  Jules (Supergrave) en interprétant la très dégourdie Wichita. Little Rock (Abigail Breslin) et Tallahassee (Woody Harrelson) complètent l’équipe, et la petite Miss Sunshine montre qu’elle grandit, tandis que le bel Harrelson  retrouve un sens des valeurs, de la famille au fil de l’histoire. Ainsi de manière générale, les difficultés rencontrés par les adolescents face au monde réel et les difficultés de communications avec les adultes sont à peu près celles de nos héros face aux zombies, le spectateur étant très conscient que la transformation en adulte ayant perdu ses liens avec sa jeunesse ou ici la transformation en zombie devra bien finir par arriver, ce ne serait que logique et naturel. Les probabilités sont fortes.

Zombieland enfin est un road movie horrifique qui ne se prend pas au sérieux et joue avec l’univers des zombies et les attentes du spectateur, « apprécier les petites choses » est le mantra réitéré tout au long du film, dont une des forces est sa brièveté (80 minutes), et l’on rira ou sourira devant les pitreries ou les inventions du réalisateur.

Le film m’a donc emporté dans un univers de sensations proches de celui de Miss J. face à La Loi de Murphy, et c’est quelque peu brutalisé que je suis sorti de la salle, appréciateur de la qualité de l’œuvre mais résolument attiré par la couverture et l’intégrale de Bergman si aimablement proposée par Mlle L.

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De la difficulté d’adapter Goscinny : Lucky Luke et le Petit Nicolas

Nos obligations respectives, les nécessités de la vie et la disparition souvent trop rapide des films des écrans parisiens ayant porté un bref coup d’arrêt à nos pérégrinations cinématographiques, revenons sur deux succès du cinéma populaire français en cette fin d’année : le Petit Nicolas et Lucky Luke. Deux films tirés des œuvres désormais classiques de ce géant du scénario et de la bande dessinée d’humour qu’était René Goscinny. En ces temps où l’identité nationale fait débat, notons que ce fils d’immigrés juifs polonais, qui a vécu ses années d’enfance et de formation en Argentine et aux Etats-Unis, et n’a jamais renié ses origines et influences multiples, son « cosmopolitisme », est tout de même le père d’Astérix, héros gaulois, et du Petit Nicolas, enfant modèle du jeune français moyen des années 1950. Ils sont tous deux utilisés aujourd’hui dans des classes de français langue étrangère tout autour du monde comme passerelle vers la langue et la culture française. Comme quoi le modèle intégrateur français à l’ancienne peut fonctionner, n’en déplaise à certains hommes politiques actuels, ministres ou président. Fermons cette parenthèse.

Vu le succès de l’homme (500 millions d’exemplaires vendus, allant gaillardement vers ses 600 millions), ses ouvrages sont aussi considérés par beaucoup comme une passerelle vers un profit conséquent. Et c’est là qu’on se heurte aux difficultés de l’adaptation, de la transformation d’un message, d’une histoire au travers d’un autre médium. Face à la littérature, le cinéma doit résumer, synthétiser, reproduire l’univers du livre sans pouvoir reprendre l’ensemble des éléments et des événements de l’histoire initiale, généralement plus longue et plus riche. La bande dessinée propose en plus les défis de transformer et d’incarner des protagonistes immobiles, dont le charme et la popularité viennent le plus souvent de cela même, le dessin. Si les personnages ne viennent pas d’une bande dessinée réaliste, l’entreprise devient d’autant plus complexe. Laurent Tirard devait en être conscient pour proposer une bande annonce où tous les acteurs adultes de son film préparent le spectateur à une transition difficile entre la délicatesse du trait expressif et subtil de Sempé et un acteur aussi mignon soit-il.

Pour ne pas ajouter à la liste déjà longue des interprétations ratées de Lucky Luke, James Huth choisit intelligemment de se concentrer sur les éléments caricaturaux des cow-boys (les jeans ridiculement fatigués, la mèche et les bottes interminables de Lucky Luke, le manteau trop long de Jesse James, l’intégralité des costumes de Pat Poker ou Calamity Jane, etc.), espérant que ceux-ci liés au charisme de ses acteurs, Jean Dujardin en premier lieu, feront oublier ou pardonner l’incarnation.

Etonnamment ces deux adaptations réussissent plutôt ce pari du passage du dessin à l’humain, mais pêchent quelque peu dans la fidélité à l’esprit de l’œuvre originale.

Lucky Luke est par bien des aspects un beau western parodique. James Huth a étudié son sujet, de Huston à Leone et Eastwood, et magnifie la pampa argentine, décors crédible, superbe et imposant. Il propose de très belles images mais manque le coche du scénario, s’effondrant sous le poids de ses références et de ses ambitions. Désireux de faire une grande comédie populaire autour de Jean Dujardin, il propulse tous les personnages importants de la série, hormis les Dalton et Rantanplan, sans qu’on sache ou comprenne bien d’où ils viennent, ou pourquoi ils apparaissent. Ainsi on comprend mal comment Billy the Kid (Mickaël Youn au minimum syndical),  Jesse James (Melvin Poupaud, plaisant cabotin) ou Calamity Jane (Sylvie Testud, royale) se joignent à John « Lucky » Luke joué par Dujardin qui est ici plus dans l’auto-citation que l’interprétation – j’apprécie cet acteur, ça ne m’a donc pas dérangé, mais c’était tout de même notable.

La difficulté principale que présente le personnage de Lucky Luke est qu’il tient plus le rôle du deus ex machina que du héros classique. Il n’est pas malmené par des éléments extérieurs et n’agit que peu sur son environnement, jusqu’au moment où il remplace le chaos par le calme du quotidien à l’aide de son six-coups magique afin de faire avancer, mais le plus souvent afin d’achever l’intrigue. C’est le changement qu’a apporté Goscinny  à la création du dessinateur Morris, qui initialement avait fait du cow-boy un héros habituel, classiquement soumis à l’histoire. Lucky Luke vit en fait en retrait dans une sorte de présent perpétuel avec la confiance et la conscience que ses aventures ou plutôt celles de l’Ouest, s’achèveront par une marche solitaire et musicale vers le soleil couchant. Il n’est pas étonnant que l’essai précédent fût intitulé les Daltons et se concentrent sur eux plutôt que sur le fin tireur. En imposant à son protagoniste principal un passé, des traumas (la mort de ses parents) et en le rendant actif notamment dans son histoire d’amour, James Huth transforme le personnage et s’éloigne de ce qu’est Lucky Luke.

Le film est en conséquence bancal, tiraillé entre le désir de suivre l’univers du cow-boy, celui d’y insuffler l’humour et la vision de Huth et Dujardin, plus axé sur la parodie, l’exagération, un certain copinage, et le désir d’un héros « agissant » plutôt que « subissant ». Même si certaines scènes sont clairement en trop – la parenthèse amoureuse de Luke ressemble beaucoup plus à un caprice du joli couple Dujardin-Lamy, qu’à une nécessité de scénario –Huth propose aussi quelques jolies scènes et un film certes imparfait mais pas sans qualités.

Le Petit Nicolas est bien moins déséquilibré que Lucky Luke. Le film, rond, apaisé, emmène le spectateur dans un parcours reposant, aseptisé, fédérateur de la France moyenne des années 1950. Laurent Tirard reste constant dans sa vision et ses goûts d’un cinéma humoristique populaire. Comme dans son premier film Mensonges et Trahisons (et plus si affinités) ou son second, Molière, il démontre deux qualités évidentes, un respect net de son public, la volonté de lui donner un produit de qualité,  et une affection claire pour ses acteurs, le désir de les filmer le plus à leur avantage. Edouard Baer, Marie-José Croze, Fabrice Lucchini, même Romain Duris, étaient à leur plus beau, à leur plus séducteur dans ses films précédents.  Tirard a le talent de les mettre en valeur, il a moins celui de révéler des qualités qui seraient ignorées, chacun reste dans son registre. Ici aussi, il donne à Kad Mérad, Valérie Lemercier, Sandrine Kimberlain ou François Xavier Demaison des rôles qui les servent mais qui sont proches de ceux dans lesquels on a déjà pu les voir.

Le Petit Nicolas narre les aventures scolaires  et familiales du jeune Nicolas et de ses amis avec une tendresse moqueuse et un regard enfantin. C’est la drôlerie nostalgique, le langage, aujourd’hui désuet, utilisé par le Petit Nicolas (« Maman est drôlement chouette, et celui qui n’est pas content reçoit un bon coup de poing sur le nez ») et les dessins si évocateurs et poétiques de Sempé qui transcendent les clichés éventuels de l’œuvre et fondent son succès. Le réalisateur échoue malheureusement à reproduire ces qualités. Laurent Tirard sait mettre en scène et faire ressortir ce qui est amusant, mais dans le film il n’arrive pas à se mettre à hauteur des enfants. Sa caméra est adulte et les scènes les plus achevées sont celles dans lesquelles les adultes motivent l’action. La caméra ne réussit pas à filmer avec la naïveté, l’énergie, parfois la cruauté dont font preuve les enfants. D’ailleurs, à part Clothaire (Victor Carles, excellent), sans déplaire ou démériter, la classe de gamins candides n’enthousiasme pas.

Le film reste tout-à-fait sympathique et on y sourit beaucoup, mais on peut déplorer ce côté fade de cette comédie lisse d’un monde suranné. Le succès va amener si l’on en croit les rumeurs le tournage d’un n°2. Espérons un peu plus d’inventivité, un scénario allant au delà d’une série de vignettes autour du même thème et le souvenir qu’un peu de mordant ne nuirait pas.

This film takes on quite a challenge: creating a cinematic adaptation of a classic cartoon strip which was originally the collaborative work on the subject of childhood in 1950s France of René Goscinny, BD scriptwriter of Astérix and Lucky Luke fame, with the superb cartoonist Jean-Jacques Sempé. Le Petit Nicolas is probably as iconic and well-loved in France as Snoopy in the Anglophone world, although its hero is probably closer to the mischievous, action-oriented Calvin from the legendary Calvin and Hobbes series than the rather more pensive Charlie Brown.

Le Petit Nicolas follows the trials, tribulations and pranks of an eight-year-old schoolboy, his gang of friends, their teachers and parents. It was first published in Belgium in the 1950s in a small publication called ‘Le Moustique’, and then gained wider fame in France in the mass-circulation newspaper ‘Le Sud-Ouest Dimanche’, followed by regular publication in Goscinny’s newly created BD youth publication ‘Pilote’ from its first issue in 1959. From then on the only way was up, the future prospects for a film adaptation rising steadily to close to inevitable.

I must admit that I went to the film filled with a certain amount of trepidation, having witnessed the brutal massacre of Astérix at the Olympic Games at the cinema about a year previously, and not still having quite recovered (I doubt I ever will, and I am not the only one). I had not braved Lucky Luke (as critiqued by Monsieur D above) as its trailer had set off too many Asterix-esque alarm bells. It is admittedly not always easy to string a series of cartoon clips together into a coherent film-length tale, and thankfully Le Petit Nicolas does a reasonable job on this front, using as its main thematic Nicolas’ terror that his parents will have another child, and that as a result they are going to abandon him in the forest, rather like an unwanted pet puppy two months after Christmas.

One of the particular charms of the original strip was however how these goings-on were channelled through the young child’s naïve, inveterately naughty point of view. This is however a perspective that is somewhat lost in the film’s adaptation. In fact, it appears to be more a film about adults and their preoccupations, and nostalgia for the now seemingly innocent adult mindsets of the era.  Nonetheless, the overall result is a reasonable success. It made bearable viewing, for a start, which means it beats the latest Astérix adaptation hands down. It was played with verve and enthusiasm, and above all with immense likeability. Nothing could replace the original gleeful cartoons of Sempé, however. This film bubbles with energy but cannot recreate the spikey zest of the original cartoons. So, to conclude my review, here’s an admirative glimpse back to the original cartoons.

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Guest critique : Hadewijch

Notre blog a des invités. C’est une première, espérons de nombreux autres suivront cet exemple.
Madame E. et son mari Monsieur JM sont allés au cinéma, ils nous envoient une critique sur le dernier film de Bruno Dumont, portant le nom d’une poétesse et mystique anversoise du XIIIème siècle, Hadewijch. Son poème le plus célèbre est sans doute celui “découvert” par Maeterlinck : Amour est tout.
Quiconque erre loin des sentiers de l’Amour
Est plus lamentable qu’un mort.
Certains sont aveugles et tremblent d’aimer,
Ils ignorent le goût de l’Amour.
L’Amour, où est-il donc ?
Là-bas, ici, que sais-je ?
Libre, où il lui plaît, sans entrave.
Quiconque aspire à un amour vrai et pur
Passe par plus d’une mort.

Nul doute que Dumont a dû apprécier l’extase et la simplicité de cette Flamande, lui qui depuis ses premiers films aime à s’enfoncer dans le Nord, à explorer l’inexprimable, notamment le désir (surtout sexuel) et la violence. J’avais aussi été assez marqué par la misogynie de l’artiste et ce que je percevais comme une peur de la femme, particulièrement dans Flandres. Les viols réguliers dans ses films ne m’encourageaient pas à découvrir sa dernière oeuvre.

Le film a beaucoup plu à la critique et Monsieur JM en particulier se réjouissait de le découvrir ayant apprécié ô combien les autres films du provoquant M. Dumont : La Vie de Jésus, L’Humanité, Twenty-nine Palms et Flandres.

Comme vous le découvrirez,il ne fut pas entièrement conquis, sa femme non plus.

Ceci est un message du non-blog anarcho-cinéphilo-indépendantisto-soissono-polono-nordiste au nom bien connu “pour une justice juste du cinéma”

nous t’écrivons Madame E. et moi pour te conseiller très vivement et même le plus expressément possible de ne pas voir Hadewijch ; nous savons que tu es a priori à l’abri de ces tentations païennes mais si communes finalement, pour autant l’oisiveté, la curiosité nonchalante, la nécessité de voir tous les films qui sortent, ou plus probablement un pari con du style “pas cap’ de voir le dernier Bruno Dumont” peuvent berner ta conscience… Encore que dans le bien nommé non-blog, les avis divergent, et comme dit P. Desproges “dix verges ça fait beaucoup” surtout pour une nonne au couvent, elle serait capable de se faire fouetter avec. Bref, pour rester dans un terrain plus neutre, la part masculine du non-blog, mesurée et juste pour une fois, a trouvé que Bruno Dumont essayait de voir comment les diverses fois de notre communauté plurielle et divisée tentaient de cohabiter, mais montrer qu’une fille de bourgeois qui logent sur l’Ile de la Cité n’a pas grand-chose à dire à des Arabes qui vivent à Bagnolet, on aurait deviné. Il est nécessaire que Dumont le souligne dans un effort symbolique un peu pesant néanmoins.

La part féminine et également  épouse du précédent a fait plus ramassé : Bon, si cette conne s’était fait tringler un bon coup, elle nous aurait pas fait chier avec ses problèmes de foi à la con. Et elle l’a même pas la foi en plus, cette cruche. En même temps, si on pouvait sucer Dieu, ça se saurait.

Sur cet avis diligenté, bonne soirée.

Merci pour ce franc message Monsieur JM et Madame E, il est probable que nous nous abstiendrons.


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Le Vilain

Pour des raisons professionnelles, un ami proche a abandonné quelques jours sa charmante épouse, parallèlement une autre amie se trouvait en butte aux mesquineries d’un bureaucrate encasquetté et cauteleux, nous nous devions d’agir face aux indignités et bassesses de la vie et remplacer une morosité grandissante par un sourire ou mieux. D’où notre choix commun de découvrir la dernière comédie d’Albert Dupontel, commodément intitulée Le Vilain.

L’argument est simple : Sydney (Albert Dupontel) est affreux sale et méchant et veut la peau de sa brave mère (Catherine Frot) qui n’a qu’un désir l’aider à se rédimer. La mécanique agit car les acteurs jouent avec enthousiasme et suffisamment de naïveté et de conviction pour que le burlesque et le comique de situation fonctionnent. Catherine Frot est impeccable en vieille mère obstinée jusqu’à une douce férocité. La fébrilité, la confusion de Sydney alliées à une méchanceté imaginative absolue sont la marque de fabrique des héros Dupontellien et celui-ci est une réussite singulière. Les attentats menés par Pénélope, une tortue rancunière, l’inventivité et les machines infernales de Sydney, la grâce de tous les rôles secondaires (en particulier Bouli Lanners en promoteur véreux et Nicolas Marié en médecin brisé retrouvant sa passion) ravissent. La force du Vilain tient au fait que M. Dupontel partage l’affiche et se réserve quelques moments d’hystérie mais sans contaminer l’ensemble du film comme dans ses œuvres précédentes, Bernie, Le Créateur ou encore Enfermés Dehors, toutes trois centrées sur son personnage uniquement.

Mais si le film est bon, il est peut-être aussi trop propre et gentil pour emporter totalement l’adhésion. Sa vision de la banlieue nostalgique, propre, sortie du formol, colle à un imaginaire digne du Petit Nicolas, et ce qui devient une forme de tendresse foutraque n’est pas suffisamment maîtrisée pour ne pas apparaître un peu niaise. M. Dupontel a réussi à apprivoiser sa rage destructrice et misanthrope si flagrante dans Bernie et Enfermé Dehors, mais il n’a pas encore retrouvé la mise en scène percutante et l’originalité constante du Créateur. Son choix d’acteurs, sa générosité avec ceux-ci et sa liberté de ton générale font néanmoins passer un très agréable moment, mais surtout augure bien de la suite.

Albert Dupontel, talented comedian, lives well up to his name of The Villain in this blacker than black comedy. From his earliest childhood, he has wreaked havoc on those around him with his genius instinct for subterfuge and crime, be it man or beast (or tortoise, to be more exact). The film begins with him racing through the streets of Paris with a dastardly grin on his face, fleeing an ominous looking van with black tinted windows that is firing round after round of shots in his direction. Scaling a conveniently situated water tower, it suddenly dawns on him that he has found his way back to his old neighbourhood.

Meanwhile, his delightful widowed mother (brilliantly played by Catherine Frot) is lamenting the fact that she is seemingly cursed: accident after accident keeps befalling her, yet she always escapes unscathed, however implausibly. She feels that she’s been through a lot over the years, quite frankly, and is grateful for the good times but is now eager to take leave gracefully from this mortal coil. A gang of slick developers are even trying to repossess all of the houses in her neighbourhood so as to build a big shiny banking district over the top of it, such that she wonders what she could ever have done to deserve getting trapped so completely at the peak of health.

All becomes clear once her eminently prodigal son arrives at her doorstep in the dead of night, wheezing with a gunshot wound. It’s been over twenty years since she last saw her boy, who remains sealed in her heart as the epitome of goodness. A few hours in his company suffice to disabuse her however, as whilst her son slumps into a gunshot slumber, she discovers various incriminating childhood souvenirs that he has dug up from the floorboards of his old bedroom prior to passing out on the floor (he awakens from this to find himself in bed, bedecked in ill-fitting 1970s pyjamas). Everything his mother finds points to skulduggery of the highest order: forged doctor’s prescriptions, doctored school reports, blackmail material… Needless to say, as a good mother she cannot let this terrible discovery pass: she must raise a good son, the reason for her being kept from a peaceful passing is now clear. Surely she will not be allowed to pass on to the next world in peace until she has fulfilled her role as mother and amended her son’s wicked ways.

Strangely, while I found the tragedies of global proportions playing out in In The Loop quite the pleasure to howl along with laughter to, this more inward-looking portrayal of misunderstanding and miscommunication really had me wincing. It is so easy, and frequently painful, to find ourselves realising we’d put someone or something on a pedestal, only for it to prove to be as far from the truth as we could possibly have thought. OK, perhaps it’s not all that frequent an occurrence, but life is nevertheless often a continuous process of progressive disillusionment. Here, that universal dynamic is taken to its harshest possible extremes.

But enough of the sentimentality! There are some fabulous moments in the film. Some of the best are centred around the film’s tortoise. The poor beast has been enduring the indignity of sporting a Tippex-addled shell covered with obscenities for decades thanks to the younger Dupontel’s antics, and it has seemingly not forgotten its torturer. Oh no. When Dupontel shows up again, it spends much of its time manoeuvring itself so as to fall from a great height onto his head. So much so that Dupontel resorts to wearing a hard hat. That’s turtle power for you. Another major highlight is the demented alcoholic doctor who’d had his career ruined by Dupontel and his fraudulent prescription. Catherine Frot summons him back, boosting his shattered confidence no end by enlisting him to remove the series of bullets that manages to find itself embedded in various parts of her son’s anatomy.

Overall, this film is a sound bet for an escapist evening if you have a strong stomach for black comedy. I’ll definitely be on the look out for more films starring Dupontel or his darling mother.

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La domination masculine

Quelques jours après Michael Moore, nous avons décidé de profiter de la curiosité d’une amie (It was lovely to see you Dr. K.) pour aller nous confronter à la Domination Masculine, le documentaire-choc du belge Patric Jean. M. Jean s’était intéressé dans ses œuvres précédentes au déterminisme social, à l’émigration, à la criminalisation de la pauvreté, bref aux petits, aux exclus, aux sans-grade, à ceux qui sont marginalisés par la société. Il était plutôt logique qu’il se penche sur les injustices auxquelles font face les femmes dans une société mondiale plutôt « macho-centrée ». Le titre, un peu racoleur, se réfère bien sûr à Pierre Bourdieu et propose des illustrations aux thèses du sociologue résumées ici :

Anecdote notable,  arrivé devant le cinéma, le guichetier m’a souri une fois le film énoncé et m’a dit : « enfin un homme qui va voir ce film ».  Devant mon air interloqué, il poursuivit « il n’y a presque pas d’hommes pour voir ce film, vous verrez, vous ferez partie des rares spectateurs parmi les spectatrices ». De fait, nous étions fort peu. Si j’ai bien compris, de manière plus générale encore, le film n’est pas un succès, ce que je conçois bien, car le résultat n’est pas à la hauteur de l’attente. Ce documentaire n’apprend rien à ceux qui pensent déjà qu’il y a une domination masculine et repoussera les autres. Plus grave, le film manque totalement de pédagogie, la comparaison avec Capitalism, a love story est extrêmement cruelle et fait ressortir les défauts du cinéma esthétisant de M. Jean, son incapacité à construire un argument, et paradoxalement son nombrilisme, car ses apparitions très souvent silencieuses et de dos, pèsent infiniment plus sur le film que l’omniprésence d’un Michael Moore  qui sait pourtant être d’un égocentrisme irritant.

Miss J. résuma pour moi de manière très efficace ce que je ressentis : « pourquoi un catogan ? » face à la chevelure récurrente du réalisateur et « on dirait un fil d’extraits sur You Tube » pour expliquer l’œuvre. Le film manque en effet de structure. Le spectateur se voit projeter d’extraits d’archives en clips, de strip-teaseuse en femmes battues, de « masculinistes » bas de plafond en jouets genrés à partir d’un point de départ que serait la domination masculine. Certains témoignages émeuvent, d’autres sont révoltants, mais l’amalgame qui est présenté en devient rebutant. Personne n’est cité, tout apparaît donc d’une gravité et d’un sérieux égal, alors que le travail minimum du documentariste devrait être d’offrir un point de vue, une hiérarchisation de ses informations. Les chiffres sont d’ailleurs rares, les sociétés québécoises, françaises et belges présentées comme équivalentes, à se demander parfois où l’on se trouve. La caricature que sont les « virilistes » québécois qu’il choisit de faire apparaître à l’écran est telle qu’on finit presque par se poser des questions sur le bien fondé du féminisme. Son obsession pour une affaire sordide montréalaise (un fou furieux entre à l’école polytechnique de Montréal et tue 14 femmes parce qu’elles sont femmes) qu’il lie aux femmes battues et aux actes de violences symboliques ou réels que subissent les femmes au quotidien laisse dubitatif, mais surtout amène à penser que M. Jean aurait dû faire un autre film sur la violence contre les femmes, plutôt que sur la domination masculine, thème plus ou moins abandonné au cours du documentaire.

Le réalisateur souhaite que l’on « se dispute en sortant de la salle », difficile puisqu’il n’explique rien et ne démontre rien, le montage interdisant d’aller jusqu’au bout d’une réflexion. Cela n’a pas tant d’importance puisque de toute façon on ne sait pas qui s’exprime. On voit juste que le réalisateur, artiste, affectionne les représentations phalliques et les beaux plans silencieux. Mais la symbolique et l’esthétisme extrêmement lourds que Patric Jean utilise finissent par lasser : l’affiche en étant l’exemple le plus subtil : la femme sans tête tricote ou détricote-t-elle ce glorieux pénis ? Je vous laisse y réfléchir et repasserai prendre vos copies dans une heure quarante-trois.

C’est bien déçu que je sortis du cinéma, remué par les photos de femmes blessées, mais en rien plus sage, ou plus informé, car on ne va jamais au delà du témoignage du quidam. « La domination masculine » m’a fait penser à une auberge espagnole : on y trouve au mieux que ce qu’on y apporte. Dommage, le sujet était si riche, le site internet, bien meilleur que l’œuvre, en donne d’ailleurs une idée. Allez y faire un tour : http://www.ladominationmasculine.net/home.html

This time, I’ll try not to rant – I’m still a bit burnt out after Capitalism: A Love Story. La Domination Masculine is a documentary that augurs well, promising humour and thoughtful advocacy, pushing for ongoing vigilance against female repression, whilst highlighting the continued scourge of sexism for those of any gender. There’s also an attractive, colourful, knitted, ahem, ‘willy-warmer’ (not personally something I’ve ever encountered in shops) adorning the posters for the film: you may have noticed it nestling at the top of this post. My expectations, or at least hopes for the film, were thus high – after all, La Domination Masculine looks set to address a very important topic. But sadly, the film quickly begs the question –just what was the topic again?

Mr Silent Documenter (Patric Jean), presiding over events, never really tells us, he simply alludes, sitting back to let the disjointed clips do the talking (or not). He lurks around, only ever with his back to the camera, admittedly whilst revealing a fetching ponytail. For reasons best known to himself, he flits constantly in filming between Belgium and Quebec, neglecting to state where he is at any given time. Sadly there’s never a handy Atomium when you need one, nor giant ice hockey player waving a bottle of maple syrup in the background, to indicate which side of the Atlantic he is on. I’m all for struggling to decipher limp contextual cues, but it’d better be for a good viewing cause. Nolan’s ingenious brain-teaser/psychological thriller Memento (2000) comes to mind as worth the trouble, less so a documentary.

Maybe it was too tiresome and old school for Patric Jean to inform his audience exactly who’s talking, what they do for a living and where they are in the world, or perhaps to do so would have messed up the aesthetically pleasing clean lines of the shot. What we are ultimately delivered is a hotch-potch of clips that all allude to the fact that gender is a big deal, and that very often women are the ones who end up getting ripped off, although men frequently feel that way too. We see little children proudly announcing that Mommies stay in the kitchen whilst Daddies rule towns and drive fire engines. We see a desolate looking salesman in a toy shop explaining that girls get cootchi-pinky-glittery-shiny-sunbeam-cake-making washing-machine-owning Barbie dolls, whilst boys get laser guns and explode-everything-in-sight fantasy games. We equally meet a Belgian (I understand she was Canadian – Monsieur D) stripper with a penchant for whipping boys, which she says helps her in getting over her difficult past. The camera lingers for a Rather Long Time on her giving some dribbling (Belgian?) stag-nighters a writhing lap dance. Is this a film about male or female domination? Not sure any more.

Violence against women is certainly a pressing issue, deserving of society’s full attention. But whilst incidents of domestic violence are both shaking and disturbing, as witnessed in this film on various occasions, it leaves one wanting far more by way of analysis or follow-up. The same goes for its portrayal of a group of Canadian men who express their anger at feminism as a whole. There is an eye-popping moment when one of these shows off an oil painting of a buxom, warrior-esque woman with a torn-off penis dangling from her clenched teeth, and the keys to a house clamped between her thighs. We are propelled along by the director’s stream of consciousness, the whole process resulting in a series of reasonably absorbing visual musings. Whilst I would prefer anyone who is currently almost implausibly oblivious to gender politics to see this film rather than nothing at all, I would not want the discussion to stop here. As such the documentary offers at best only a spark to the imagination to fuel further investigation. As a starting point I would far more recommend a recent, far more revelatory read of mine: The Social Psychology of Gender: How Power and Intimacy Shape Gender Relations.

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Capitalism : a love story

Après un week-end à thématique anglaise tant cinématographiquement que culinairement (pour le Devonshire apple cake hip hip hip …) la semaine s’inscrivit sous le signe du documentaire. Avant de parler sexe dans la prochaine critique, causons argent et amour grâce à Michael Moore. Le plus reconnu des « documenteurs » ou des « mocumentaristes » revient à ses fondamentaux, l’attaque en règle des grands patrons et des trop riches, responsables partiels ou totaux de la situation économique désastreuse actuelle.  A la différence de Roger & me, M. Moore ne s’attache pas à suivre le destin d’une ville, Flint, ou d’une société, General Motors, il montre plus d’ambition. Capitalism : a love story concerne les Etats Unis en général et surtout le système économique mondial qui d’après le réalisateur a remplacé les valeurs démocratiques et chrétiennes fondatrices de son pays.

On retrouve les forces et les faiblesses du réalisateur : montage ingénieux et rythmé, images et arguments percutants,  férocité pédagogique et mauvaise foi revendiquée mais aussi simplisme et populisme,  sensationnalisme démagogue et amalgames hâtifs, nombrilisme et … mauvaise foi revendiquée. Mais le film dégage un charme et un intérêt que je n’avais pas ressenti dans les dernières productions de Moore. L’œuvre apparaît plus personnelle, plus viscérale, plus fragile peut-être, que tous ses films depuis Roger & me. Il y expose véritablement son désenchantement de pamphlétaire fatigué et la fin d’une histoire d’amour auquel il croyait avec passion : plus que celle du capitalisme qu’il ne définit jamais complètement, celle du système, de la société états-unienne dans son ensemble. Cette remise en cause nostalgique et sentimentale est donc, par définition, totalement égocentrique et patriotique, ce qui pourrait expliquer certaines réserves exprimées par la critique française. Moore ne s’attaque pas tant au capitalisme, qu’il se décide à défier sa communauté, sa société dont les actes sont en décalage profond avec ses valeurs et qui se laisse bousculer, molester par une idéologie intrusive.

La société américaine est marquée de manière durable par la crainte de voir son destin investi par quelqu’un d’autre, crainte conjurée par la mise en place de rapports contractuels clairs dans lesquels les obligations et les droits de chacun des acteurs sont définis avec précision. Ainsi, par ce lien on ne peut rien m’imposer puisque on ne peut rien exiger au delà de ce qui a été librement consenti. Cette approche coexiste avec une idée de communauté locale et de communauté morale. Le film souligne à quel point le capitalisme s’est éloigné de ces deux communautés et renforce, confirme même la crainte de ne plus pouvoir maîtriser son destin. Ce problème apparaît moins en France où une approche communautaire est souvent perçue par la société comme un embrigadement et des relations strictement contractuelles comme une servitude.

Le récit de cette déception amoureuse m’a en conséquence plu, et m’a permis de pardonner les défauts les plus prégnants du film car je n’y ai pas vu une critique christiano-marxienne d’un système économique mondial gangréné, mais plus l’exposition réjouissante et énergique des souffrances d’un homme combattif et d’une communauté résiliente à l’épreuve d’un système qu’ils ne reconnaissent plus.

And this is what your lovely and friendly British reviewer wanted to rant talk about :

This film, rather as expected, is like a slap in the face with a very large freshwater salmon/trout/tuna/swordfish (pick your choice). Like: SPLATCH. Woah! Hello Michael Moore, larger-than-life pamphleteer and provocateur extraordinaire, with your bombastic soundtracks, your huge, in-your-face, hands-on, role-your-sleeves-up-and-get-on-with-it, wake-up-everybody-the-boat’s-going-down documentaries. I must admit to having had plenty of enthusiasm for the theme of this documentary from the outset. I think that the economic shenanigans underpinning neo-liberalist free market capitalism as witnessed in its ever-burgeoning splendours since History Ended are flawed with a capital F. Flawed. Moore wasn’t going to have too much trouble with me unless he really messed up, for instance by proposing some kind of Michael Moore Dictatorship where everyone is made to wear ill-fitting lumberjack shirts at all times, regardless of gender.

I am keen on this thematic because I deplore the immense gaps between the rich and the poor that seem to keep on opening up under neo-liberalism’s watch, and the pernicious claim that accumulated wealth ‘trickles down’ to everyone in society eventually anyway, making unbridled consumption a virtue per se as a means to hasten that process. I would put forward that it instead oozes outwards into travesties such as this. I equally hate the fact that eminently useful careers such as nursing and teaching are generally paid a relative pittance, whilst an expertise in juggling financial portfolios can rake in many, many times more, creating a skills drain away from immeasurably more socially valuable careers. I think we can only judge a society by how the poorest (in every sense) among us are treated, and that we should not hope vaguely that things will somehow sort themselves out thanks to the invisible hand of the market (which is skewed anyway: how dare those banks bail themselves out with taxpayers’ money and then go on handing out grotesque bonuses to the people responsible for the chaos immediately afterwards – what kind of free market capitalism is that anyway?). So yes: go Michael Moore, with your crime scene tape which you proceed to wrap around the entire banking district of New York.

I believe passionately in actively fighting economic vulnerability in society at all levels (to which we are all vulnerable, at least potentially), particularly through universal health care, allocating the highest possible funding to education, hospitals, libraries, the arts, welfare, in fact everything that society can offer to all of its members so that there is no need to be stinking rich to have a good, or even just secure, life. And I spit, English pig-dog style, on the obsessive accumulation of random and frequently utterly redundant consumer goods as a way, it seems to me, to try and achieve a form of phoney status-driven social inclusion and a wellbeing that shouldn’t depend on ownership at all, but on genuine social solidarity. I sometimes feel sick at the sight of overpriced, pointless, meaningless junk littering the average department store, whilst feeling numbed by the nagging fear that a chain of people were exploited to an inch of their lives just to get those goods there, and that I’m probably implicated, like it or not. I feel helpless in so many ways to affect change, I feel like a little ant faced with a flame thrower. But what makes my eyes pop is the way that people so often get used up and spat out by companies who see them as pieces of meat to exploit until there’s no life left in them. Apparently they are often more useful dead than alive, hence the grotesque ‘dead peasant’ policy discussed in the film.

Besides all this, I agree with Monsieur D’s excellent analysis, above, of the limitations as well as the strengths of the film. He’s quite right. But I won’t say more: just go and see the film and see for yourself. If nothing else, I can’t imagine many people not enjoying the cat clip at the beginning. Oh, and check out Moore’s website.

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