Monthly Archives: January 2010

City Island

In a nutshell : Tony Nardella shatters the Rizzo family, for the better. Kudos to Andy Garcia, stellar in this one.

Rien de mieux qu’un chien dans un jeu de quille pour obtenir un « strike », la chute de l’ensemble. Rien de mieux qu’un élément étranger pour révéler tensions, mensonges et hypocrisies d’un groupe, en premier lieu familial. Si vous êtes Pasolini, vous pouvez choisir de faire un film mystique, érotique et dramatique où le verbe joué par Terence Stamp se fait chair, si vous êtes Raymond de Felitta vous partirez d’un point de départ similaire mais préférerez transformer l’ensemble en comédie mêlée à une réflexion sur la confiance et le secret.

Steven Strait joue le personnage christique de Tony Nardella et traverse le film en témoin des secrets, complexes et non-dits de la famille Rizzo. Médiocre voleur et dealer, Tony se retrouve en prison sous l’œil sévère de Vince Rizzo (Andy Garcia superbe), qui découvrant qu’il est son fils, abandonné avant sa naissance décide de le ramener chez lui afin de prendre soin de son avenir, sans rien révéler à personne, car Rizzo n’est que secrets et honte de ce qu’il fut, de ce qu’il est et de ce qu’il veut. Ainsi il préfère que sa famille pense qu’il est un joueur compulsif plutôt qu’elle sache qu’il va à des cours de théâtre et qu’il idolâtre Marlon Brando. Mais il n’est pas le seul à mentir et se cacher, sa colérique femme Joyce (Julianna Margulies),  sa fille indifférente Vivian (Dominik Garcia-Lorido) et son fils narquois Vinnie  (Ezra Miller) ont aussi chacun leur secret, leur zone d’ombre et de révolte. L’arrivée de cet ange brun, de ce  taulard (trop) christique fera éclater toutes les bulles d’hypocrisie et ressurgir les vérités que chacun se cachait.

L’émergence de la réalité et des désirs de chacun crée suffisamment de problèmes pour faire passer un typhon pour une brise d’été et offrir des situations comiques solides et variées afin que l’excellente distribution puisse démontrer tout son art. Andy Garcia est particulièrement remarquable, entre naïveté fatiguée, hargne et crainte des menteurs malgré eux et brutalité tendre de certains pères dépassés, il s’illustre dans une scène de casting d’anthologie où l’on comprend qu’on l’ait longtemps comparé aux Pacino, de Niro et même Brando auquel il rend un hommage moqueur.

De Felitta profite de ses acteurs et même si parfois le montage s’en ressent un peu, l’ensemble est distrayant et original en ce qu’il sonne particulièrement juste, malgré les cris, les exagérations et les situations initialement dramatiques voire tragiques. On peut regretter une fin si parfaite qu’elle ferait passer Disney pour un épigone de Sade et Kurt Cobain, mais après un joli tour de manège ou de montagnes russes qui se plaindrait qu’on lui offre une crème glacée ou une barbe à papa ?

En résumé : Une comédie bien jouée et solide, bourrée de petits mensonges familiaux.

As far as US comedy with a bit of edge goes, now THIS film (directed by Raymond de Felitta), is much more like it, contrasted with the hulking beast that is the standard Vanilla Romcom. Andy Garcia plays Vince Rizzo, a gruff, emotionally rusty but basically decent guy working as a prison guard – sorry, ‘correctional officer’, whose family life is slowly but surely going to the dogs, pickled in unending bouts of contemptuous bickering and sniping. Everyone’s gradually stopped talking openly to each other without knowing quite how it happened. They all live on City Island – just off the oily, shopping-cart infested shores of Brooklyn (although that last part was environmental conjecture on my part – sorry). Vince is a proud ‘mussel sucker’ meaning a very long-time resident of the island whose ancestors also hailed from this surprisingly located fishing haven. The other residents, he proudly announces to anyone who will listen, are just ‘clam diggers’. That would include his wife.

Each family member harbours secrets that slowly become lumbering out-of-all proportion millstones around their necks. The teenage son, Vinnie (Ezra Miller) has a scary obsession with obese women, and just wants to feed them: luckily the next-door neighbour is able to help him out with her special website. The daughter Vivian (Dominik Garcia-Lorido) is working as a stripper, having lost her college scholarship for smoking pot. Vince’s wife Joyce (Julianna Margulies) is angry because she’s convinced he’s having an affair. He’s actually taking acting lessons behind her back and is too mortified to come clean, so he secretly rehearses his plays by locking himself away in the bathroom while she wonders just what class A drugs he’s taking in there. Meanwhile as slightly more serious secrets go, Vince has a secret son, the rather well put-together ex-con Tony Nardella (Steven Strait), who turns out to be due for release from the very same prison where his mystery father works.

What’s an incognito father to do to make amends? Invite him home in handcuffs to do a bit of DIY without warning anybody, of course! This nicely shakes the family up and inaugurates some tension-charged dinners that make young Tony badly miss prison. It’s not long before Vince’s wife is shooting sultry glances in his Adonis-with-Tattoos direction. Tony’s half-sister then gets on the warpath when he comes far too close for comfort to her new money-earning sideline. Vince meanwhile pours out his heart in a genuinely platonic way to a random classmate, Molly Charlesworth (Emily Mortimer – I guess the English accent earned her that mothball-modern name). Somehow he finds himself coached into auditioning for a Scorcese film, and aces it in a bizarre but brilliant scene (kudos to Garcia). Plotwise, everything eventually ends up in a giant spaghetti-junction of a mess. I’d personally have been quite happy for it to end there, and I think it would have been a better film for it. But it all seemingly has to abruptly and improbably untangle itself for a Vanilla happy-ending. Grrrr. It is a nicely warped storyline up to that point however, the actors are excellent (especially Andy Garcia), and it’s a genuinely biting storyline that rings loud and true about how well-intentioned lies often end up taking on a zombie-esque life of their own. Nice! Would be great if more US filmmakers would ditch over-the-top happy endings though, Coen brother style.

Leave a comment

Filed under Comedy

Did you hear about the Morgans ? (Où sont passés les Morgan ?)

In a nutshell : Hugh Grant is amazingly charming, which saves the movie. Please Hollywood, find him more exciting projects !

Il va bien falloir passer par la blague attendue par tous : Où sont passés les Morgan ? Les Morgan sont passés par un scénario étique et une réalisation paresseuse (avec de très belles photos du grand ouest américain), et en dépit de cela, ils ne s’en sortent pas mal. En effet, Paul Morgan est interprété par Hugh Grant, et l’homme est incroyablement talentueux et charmant. On lui pardonne donc tout, jusqu’à son étrange attraction pour Meryl qui, par l’intermédiaire de Sarah Jessica Parker, redéfinit la cruche irritante et snob (non,  toutes les riches New-Yorkaises ne lui ressemblent pas, enfin pas forcément).

L’histoire est simplette : Paul et Meryl sont en instance de divorce, car Paul a eu une aventure d’une nuit, ce que Meryl a appris et n’a pas pardonné. Il tente par tous les moyens de se racheter, mais Meryl n’est guère convaincue. Alors qu’il la raccompagne, ils assistent à un assassinat et se retrouvent plus vite que vous pouvez épeler « n’importe quoi », dans le programme de protection des témoins du FBI qui les emmène à Ray, en plein cœur du Wyoming. Ces rats des villes s’adapteront-ils à la vie des champs ? Retrouveront-ils l’amour qui un jour les unit ? Le vilain tueur sera-t-il capturé afin qu’ils puissent retrouver leur duplex avec vue sur Central Park ? Les qualités de ce film ne comprennent pas le suspense, vous ne serez donc pas surpris.

C’est en conséquence un film ronronnant, qui suit un chemin mille fois arpenté, mais ce qui le sauve de l’ennui est le sherpa choisi par Mark Lawrence, l’exceptionnel Hugh Grant, génial jusque dans ses cabotinages. Reprenant le rôle de charmeur anglais qu’on lui connaît depuis 4 mariages et un enterrement, il réussit à réinventer son personnage et à le faire étinceler avec humour et tendresse. M. Lawrence est très conscient de ce talent puisque jusqu’à présent il ne tourne qu’avec lui. Leur troisième collaboration est malheureusement moins intéressante que l’Amour sans préavis (2003), mais surtout le Come Back (2007), comédie romantique lubitschienne, au charme persistant grâce aux excellents dialogues, à la grâce et aux parfaites minauderies de Mlle Barrymore et M. Grant. Si M. Lawrence poursuit à être un exquis ciseleur de phrases, il a, semble-t-il, abandonné son scénario à une série de clichés, certes apaisants mais tellement téléphonés qu’ils amènent parfois à un doux ennui.

Le film, affectueux et ironique, livre presque malgré lui ce pourquoi on était allé le voir, une discrète  et distrayante comédie, en mode mineur. On regrette pourtant que le talent de M. Grant ne trouve pas un écrin plus digne et plus ambitieux.

En résumé : Une comédie romantique type au Hugh Grant près. Charmant et sans conséquence.

Whoop, time for another Vanilla Romcom! Let’s take a closer look at what they put in this one. Hmm. Protagonists with a pre-existing absurdly comfortable lifestyle? Check! Beautiful, well-kempt people? Present and correct! A little twist in the format plot-wise that doesn’t shake up the rules too badly so the film can still get commissioned? Totally! Alright!! Off we go then! Here’s the deal: Puppy-eyed but unfaithful Lawyer and ditzy but brilliant-at-job Estate Agent’s power couple marriage crumbles owing to – gasp! – one-off infidelity incident. Bad Lawyer! Cue puppy-eyed lawyer contingent going into grovelling gift-giving overdrive (perfect role for Hugh Grant), and Ditzy but Brilliant wiping tears briskly from mascara-perfect eyes and striding onwards, wounded but resolute, whilst puppy-eyes yelps around her ankles.

Cue tentative, prickly restaurant reunion going seriously awry when troubled couple witness an assassination on the way home!! Brief moment of doubt for audience: is this actually going to be a Romcom or Psycho revisited? Moment of doubt swiftly assuaged: that was the foil for the couple to go off into witness protection TOGETHER – uh-oh –  to a Hicksville country town in the middle of NOWHERE, in Nowheresville USA for an unspecified period of time. Oh, the potential for mayhem… how will these New Yorkers cope surrounded by bears, rustic people who shoot animals for sport, and just one diner that brutally knocks back your polite request for a salad w/o mayo? Will puppy-eyes and ditzy-but-brilliant end up mauled by a bear, converted to the wonders of Walmart, or shot by a ruthless stubbly-faced killer with a penchant for endless black polo neck sweaters? Or will they somehow get through the ordeal? It’s fun, and Hugh Grant does his thing with panache (given what he has to work with). He’s been typecast to within an inch of his life, so only expect it to be entertaining if you already liked Hugh Grant, and really like a bit of consistency in this world of dizzying social change where you can’t even be sure if everything you learned two months ago hasn’t already become obsolete. In this film, if you knew what the Hugh Grant show was all about fifteen years ago, rest assured that it’s back in town and they haven’t changed the theme tune.

The pace of the film is brisk, and it gets a lot of effective mileage out of the cultural clashes playing out in the USA between urbanites and country folk, between the animal shooters and the vegans, and between the Sarah Palinites and, well, everyone else. All this while remaining imperturbably breezy and somehow apolitical – everyone ends up the best of friends, the differences don’t really run all that deep, nobody asks too many questions and everyone goes home back to exactly where they were at the beginning having had a jolly good time. Hoorah!! (?)  Recommended to fans of at least one of the following: The Vanilla Romcom, Hugh Grant, or Sarah Jessica Parker (for whatever reason). It will obviously also help if you’re not violently allergic to any of the above ingredients.

Leave a comment

Filed under Comedy

Gainsbourg (vie héroïque)

In a nutshell : Naked women, good songs, an intriguing daemon-puppet, a rather long fantasy around Gainsbourg. Sfar’s first movie is at times convincing and mostly a disappointment.

Joann Sfar est un  auteur de bande dessinée compulsif. Il écrit et publie souvent trop vite des histoires qui s’inspirent régulièrement de très près des classiques, contes, littérature, philosophie, etc. Il s’attache ici à rendre hommage à Gainsbourg dans un premier film qui, malheureusement, ressemble trop à l’ensemble de sa production : une excellente idée initiale, quelques moments drôles, émouvants, bien vus et trop de scènes bâclées. Après un générique superbe et dessiné, son film offre une suite de vignettes, cigarettes et ivresse, jolis seins et jolies fesses, sans plus.

Sfar estime que le jeune Lucien Ginzburg a poursuivi par le biais de sa vie et de la chanson, ses envies initiales de dessiner ses amours, les femmes, peut-être sa mère rousse, russe et belle, peut-être le premier modèle rencontré à l’académie de peinture de Montmartre, dont les joues roses, les formes girondes et le sourire enjôleur avaient eu leur effet sur son cœur de onze ans. Et comme l’écrivait je ne sais plus qui, “tous les amoureux ont douze ans, d’où la fureur des adultes”, et la vie de Serge n’est qu’une réponse aux désirs de Lucien, d’où la fureur des adultes. De là, un catalogue de femmes-muses et de chansons, accompagnées d’une grande marionnette-daemon (joué par le très gracieux danseur et acteur Doug Jones).

Rapidement on voit défiler des actrices vite dénudées, qui ressemblent rarement à leur modèle. Anna Mouglalis ressemble bien plus à une Fanny Ardant rocailleuse qu’à Juliette Gréco, la ravissante Lucy Gordon est plus sylphide anglophone à petite culotte apparente que Jane Birkin et je préfère ne pas me remémorer Yolande Moreau en Fréhel ou pire Sara Forestier en France Gall, mais l’interprétation fut proche de l’infamie. On peut retenir Mylène Jampanoï très crédible en Bambou, dernière épouse de Gainsbourg, apparaissant malheureusement dans la dernière partie du film, la plus brouillonne, et surtout Laetitia Casta, incarnant une Bardot, objet du désir, à qui Sfar a surtout imposé de magnifiques cuissardes de cuir et un grand drap blanc derrière lequel elle danse dévêtue. Simone de Beauvoir rappelait de Bardot « Elle marche lascivement et un saint vendrait son âme au diable pour la voir danser », logique que Sfar ait succombé, mais le film ou la compréhension de Gainsbourg y ont-ils gagné ? Le tout est scandé, parfois parasité par les chansons du maestro, adaptées aux voix des acteurs, transformant la ballade biographique en comédie musicale prétentieuse, ou en soirée rétrospective sur une chaine musicale.

Somme toute mon regret tient aux choix que le réalisateur n’a pas fait, sans cesse son film hésite entre « biopic type » et interprétation onirique et philosophique d’un personnage dont il se sent proche. Avec une certaine netteté, on voit se dessiner son attrait pour Gainsbourg et son désintérêt pour Gainsbarre, on devine un début de réflexion sur les racines, l’identité juive et française, l’héritage parental, les affres de la création, les liens entre les arts, en particulier la musique et la peinture, la force de séduction et de persuasion qu’est la parole juste. Si cet ensemble est esquissé, il ne s’impose pas, laissant alors les acteurs, Eric Elmosnino en tête (Gainsbourg), caricaturer leur modèle plutôt que de le faire vivre. Alors, oui, c’est un film « pas dégeu », mais attend-on plutôt le film suivant de Sfar, une adaptation en dessin animé du Chat du Rabbin ?

« Affirmatif »

En résumé : Gainsbourg se bourre et Sfar se gourre.

Gainsbourg (vie héroïque) is the French bande dessinée (graphic novelist) heavyweight Joann Sfar’s first cinematic production. Since his early BD work in the superb, theologically-minded Chat du Rabin trilogy, he has gone on to produce near-industrial quantities of work that sometimes, just maybe, has slipped a little bit in quality owing to him producing just so much material. To say that some of his work now looks like a tarantula’s been traipsing across the page, chased by an angry black fingerprint smudge on a grudge mission would be going a bit far, but there is something of the harried scuttling insect about his illustrations nowadays, for better or worse. He used this style with aplomb in Greffier, an account of the 2007 trial of the French satirical newspaper Charlie Hebdo for its handling of the Danish caricature affair. The trial was held bull-in-a-china-shop style, thronging hoards of people making it impossible to get out of the door even if you wanted to. That he flourished in such an environment suggests that Sfar does not easily flinch when it comes to staying put for hours on end.

I had to wonder if Sfar wanted to pass on something of that feeling of entrapment, having sat through Gainsbourg. It’s an epic marathon of a ‘fairytale’ (to avoid legal issues) about the rock-and-roll alcohol-pickled gravely voiced singer-songwriter Serge Gainsbourg, him of ‘je t’aime moi non plus’ fame. It explores his childhood in the war years, his difficulties coming to terms with his Jewish heritage, his subversive fearlessness and insolence, his burgeoning career and his slide into alcohol-fuelled life oblivion. Much of the music is wonderful. Eric Elmosnino is impressive as Gainsbourg. Sfar’s own artwork is often used and indeed adds very pleasing ethereal and poetic touches to the proceedings. Yet I found myself surprised to gradually transition from feeling charmed and delighted, to a little fidgety, to completely stultified and desperate for it to all stop. The narrative bites off far more than it can chew chronologically speaking and drags its feet unforgivably. It would have done very well to stop at least 50 minutes short of what it does, minus quite a few of the seduction scenes that become grating and repetitive, despite the sultry sensuality of it all. It becomes wooden, navel-gazing and monotonous, taking the drunken rambling bore analogy much too literally for my liking.

The best parts of the film by far take place towards the beginning. It does a good job speculating on the likely causes of the life-long angst of the young Lucien (who later renames himself Serge), energetically imparting a hefty dose of joie de vivre and creative flair against the gloomy wartime backdrop. It’s around the time that Gainsbourg himself sells out to the yéyé musical establishment that things start to go awry in the film. His character seemingly ceases to develop, if anything regressing horribly into a lurching typecast, sagging along with all signs of dynamic tension within the plot. It’s about the booze and the women, the women and the booze, and a catastrophic reggae adaptation of the Marseillais (did we really have to see that in its entirety?) It’s worth seeing for the early music (pre-yéyé) and the playful, poetic elements, but it would have been better to leave large swathes of the latter part of the film on the cutting room floor to give the whole thing much more room to breathe.

Leave a comment

Filed under Biopic, Erotic

Guest critique 3 : Invictus

Et oui, Franglaisreview est heureux d’accueillir un troisième invité dans ses colonnes. Le valeureux Charles s’est saisi de son clavier. Monsieur D. lui donnera la réplique, en anglais, une fois n’est pas coutume, avec l’aide de la meilleure des relectrices et correctrices, Miss J.

In a nutshell : Big victory, but a small movie

Le dernier film de Clint Eastwood se développe autour d’une métaphore fondatrice : à certains moments de l’histoire il est possible d’identifier un peuple et une équipe sportive. Ce projet cinématographique ambitieux brosse un portrait en parallèle de la tentative de réconciliation nationale orchestrée par le président Nelson Mandela autour de la notion de « Nation Arc-en-Ciel » et l’épopée de l’équipe sud-africaine de rugby, les « Springboks », symbole sportif majeur pour la population blanche sud-africaine, au cours de la coupe du monde de rugby organisée en Afrique du Sud en 1995. Le récit s’ouvre sur une représentation de la libération de Nelson Mandela en 1990 : le cortège de voitures accompagnant l’ancien prisonnier politique est filmé sur une route qui s’apparente en fait à un véritable corridor : d’un côté des noirs jouant au football sur des terrains de fortune en terre battue, de l’autre côté de la route des blancs jouant au rugby sur une belle pelouse, avec un entraîneur blanc raciste prophétisant le pire pour l’avenir du pays. On reconnaît au sein de ces jeunes sud-africains blancs François Pienaar (Matt Damon, convaincant dans un rôle plutôt sobre), futur capitaine des Springboks.

Elu président de la république sud-africaine en 1994, Nelson Mandela (Morgan Freeman, qui réalise une très bonne performance dans un rôle d’homme d’état roué mais ayant conservé une grande fraîcheur) assiste à un match de rugby opposant l’Angleterre à l’Afrique du Sud (durant le régime de l’apartheid, les équipes sportives sud-africaines étaient interdites de compétitions internationales) et constate que si les blancs supportent les Springboks, les noirs soutiennent l’Angleterre. Le terrain de la réconciliation nationale est trouvé.

Le réalisateur procède à la manière d’un peintre pointilliste : plutôt que de développer une histoire de manière linéaire, avec une intrigue et des rebondissements, ce qui aurait pu donner un résultat artificiel dans le cas présent, le spectateur sachant à l’avance que l’équipe sud-africaine remporterait la coupe du monde, Clint Eastwood choisit de filmer différents groupes de personnes (Nelson Mandela, sa gouvernante, ses gardes du corps, noirs et blancs, la famille Pienaar, leur femme de ménage, la fiancée de François Pienaar, les Springboks, la fille de Nelson Mandela, …) par petites touches et au cours de moments choisis, afin de donner une vue d’ensemble de la nation sud-africaine. Le rythme du film s’en ressent et en pâtit sérieusement.

Quelques moments clefs se dégagent de cette succession : la première annonce faite par Nelson Mandela au personnel de la présidence de la république sud-africaine, la première confrontation entre gardes du corps noirs et blancs, la visite par les Springboks de la prison de Robben Island, dans laquelle le prisonnier Nelson Mandela fut détenu pendant presque trente ans (à mon sens le moment le plus fort du film, avec la juxtaposition des images de Nelson Mandela dans sa cellule pendant que François Pienaar en prend les dimensions), et bien sûr les moments suivant la victoire finale de l’équipe sud-africaine, avec les déclarations du capitaine des Springboks à la télévision. Tous ces moments sont ceux du pardon et du rassemblement, et véhiculent des émotions très fortes car ils apparaissent sincères, ou du moins crédibles.

De fait, dans beaucoup d’autres séquences le propos du cinéaste paraît trop artificiel : je pense notamment à la scène de liesse entre policiers blancs et enfants noirs à côté du stade, au déplacement « en famille » des Pienaar et de leur femme de ménage au stade, ou encore les consignes de François Pienaar à son équipe à la fin du match contre les Néo-Zélandais (« Ecoutez ces encouragements, ce sont ceux de votre pays » pendant que la foule chante Shosholoza, alors que les Springboks ont refusé d’apprendre le nouvel hymne sud-africain …).

Le choix du réalisateur d’inclure de nombreuses séquences rugbystiques, qui peut se comprendre compte tenu de la métaphore fondatrice du film, le conduit cependant à une impasse : il est difficile de filmer le sport sans en faire le sujet principal d’un film et sans prendre en compte le fait que les prises de vue doivent être adaptées. Ces séquences, qui devraient être autant de jalons dans la quête de réconciliation de la nation sud-africaine autour des victoires de son équipe, sont pour la plupart ennuyeuses et leur dimension esthétique est très en-deçà du reste du film, ou même des véritables images de la coupe du monde de rugby de 1995.

Le titre du film, Invictus, fait référence à un poème de W.H. Henley (XIXème siècle), dont le titre latin n’a été rajouté que postérieurement pour caractériser l’esprit du poème. Ce poème est présenté dans le film comme un soutien moral majeur de Nelson Mandela durant sa captivité à Robben Island, ce dernier le transmettant symboliquement à François Pienaar, le capitaine des Springboks, avant les premiers matches de la coupe du monde. Si l’analogie entre les paroles du poème, le parcours de Nelson Mandela et celui des Springboks saute aux yeux, cette veine n’est exploitée que très discrètement par le réalisateur.

En dépit d’une très belle photographie et d’un cast réussi, mon avis est que le film est raté : il ne parvient qu’épisodiquement à provoquer l’émotion, comporte de nombreuses longueurs et l’on ne réussit pas à s’intéresser aux intrigues secondaires (les questions de sécurité du président, le ressenti du peuple sud-africain, symbolisé par les Pienaar et leur femme de ménage,…).

Pour cette deuxième rencontre avec la grande histoire, après Mémoire de nos pères / Lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood, qui nous a habitués à de grands films, souvent sur la base d’histoires intimes, réalise finalement avec Invictus un petit film.

En résumé : Conte de fée sportif où un saint séculaire, Nelson Mandela, mène par l’inspiration, l’exemple et le bon sens l’Afrique du Sud et son équipe de rugby, les Springboks, vers la réconciliation, la tolérance et une victoire symboliquement nécessaire. Plaisant.

Miss J. is unfortunately quite taken up by her work and can’t keep up with my movie addiction as much as she ideally would. She will probably correct my poor English (she did), but I shall for once defend the colours of Great Britannia. A friend of mine, Charles, is taking on the francophone part usually reserved for me. Thank you to him, and apologies to our valiant Anglophone readership.

I am not greatly into rugby. I played a couple of times when I was much younger, under the watchful gaze of a gym teacher. I don’t have bad memories as such but they are certainly distant ones. Hence I was in no hurry to find out what Clint Eastwood had to propose in Invictus. But a friend of mine, the lovely Ms. T, asked me to go and see it. Very few living and working legends are still with us nowadays, and Eastwood is one of the remaining greats still creating, directing and, from time to time, acting, so I easily acquiesced. About to turn eighty (in May), Eastwood zooms from one project to the next, talentedly proving  more satisfyingly and convincingly than either Coppola or Resnais that age need not hamper creativity. Unfortunately this rhythm of producing almost one film a year doesn’t allow him to be as consistently good as he ought to be. His latest movie, Invictus, turns out to be pleasant but weaker than his previous production, Gran Torino.

Recently, three themes  seem to have been central in Eastwood’s reflections: the nature of belonging (to a family, a community), loyalty (to your ideas, your next of kin), and good leadership (through example). These main ideas are found in this movie tracing the life decisions of Nelson Mandela, newly elected president in a post-apartheid country, and François Piennar, captain of a weak national rugby team, the Springboks, both of whom are trying to summon the motivation to get to victory. This, all in the spirit of the Victorian poem by William Ernest Henley: Nelson Mandela, played masterfully by Morgan Freeman, is THE master of his fate and the captain of his soul, and impresses the almost all-white Springboks and, to be fair, the rest of the world. With an acute sense of statesmanship, and overcoming 27 years of imprisonment, he toils to build a new South Africa based on tolerance and forgiveness. He needs strong symbols to rally all colours and creeds, and what would ever be better for this than the 1995 rugby World Cup home victory. Francois Piennar (played by a solid Matt Damon) and his team make this dream a reality.

Fairy tale perfect, right? Such is exactly the movie’s shortcoming. Everything is so peachy-happy-sunny that one wonders why all of this could ever have seemed complicated. The black and white team of bodyguards learn to work harmoniously together, the rugby team is transformed, Mandela is loved by everyone. And why not, he is great! But in all of this a little bit of complexity, history and of rugby are forgotten. Nobody will be able to understand how rugby works, or even how they won after watching this movie, nor why South Africa today still seems far from the rainbow nation Nelson Mandela wished for. True to form, Eastwood proposes a flawless and highly fluid film which has good moments, but this time without enough meat. I couldn’t help feeling slightly disappointed even if I had a pleasant time. But no worries, because as you are reading this, Clint is already finishing up his next project: Hereafter. Here’s hoping he’ll be back on form, but I’m still impatient to encounter the next parable he’ll have to share.

3 Comments

Filed under Comedy, Drama, Historique

Tsar

In a nutshell : Hysterics, blood, torture and feverish prayers ! Leave all hopes at the Tsar’s door ! Still not sure that I understood anything, I remain perplexed.

Ah les difficultés éprouvées devant certaines critiques, alors que j’écris ces mots je ne suis toujours pas sûr de bien savoir ce que j’ai pensé du dernier film de Pavel Lounguine. Ce n’était pourtant pas une découverte puisque j’avais déjà admiré le travail du scénariste et réalisateur russe dans la comédie familiale La Noce ou dans le thriller enjoué Un nouveau russe, appréciant son sens du détail et son talent à croquer la société russe contemporaine au travers de ses histoires. J’avais manqué à regret son dernier film, le contemplatif et habité, l’Ile, réflexion sur la foi et la religion. Autant dire que sa volonté de retourner sur les traces du Ivan le Terrible d’Eisenstein, à l’époque censuré par le pouvoir m’intriguait.

Cette reprise est en contrepied, plutôt que de retracer toute la vie du premier souverain absolu de Russie, comme son modèle, le choix de Lounguine fut de se concentrer sur quatre moments de la vie du tsar Ivan lors de la funeste année 1565, alors qu’il subit défaites sur défaites dans sa guerre contre les Polonais. Empreint de religiosité et incarnant la paranoïa, Ivan plonge la Russie dans le sang en dépit des efforts courageux mais vains de Filipp, nouveau métropolite de Moscou et ancien ami d’enfance d’Ivan. Rappelant Pasolini et les toujours choquantes 120 journées de Sodome et Gomorrhe, Lounguine nous montre la pandémique habileté de la cruauté, de l’absurde et du crime à détruire tout espoir et le film retrace l’évident martyr d’un peuple, d’un pays et d’un homme qui veut être bon et qui finira saint, Filipp.

Les quatre chapitres du film font penser aux quatre évangiles, le tsar et Filipp évoquant tour à tour les figures du Christ et de Judas sur un air d’apocalypse. Lounguine poursuit par la description hallucinée de la « sainte » folie meurtrière d’Ivan une réflexion probablement initiée dans L’Ile. La grandiloquence, l’enfièvrement du propos révèle par la douleur et la cruauté un parallèle entre Staline et Ivan, un avertissement au pouvoir russe tenté par le despotisme, un reproche à tous les littéralistes, s’éloignant de l’esprit pour préférer l’orthodoxie bâtée.

Les acteurs sont exceptionnels.  Leur expressivité, leur volonté d’embrasser le carnavalesque qu’entraînent les terribles volontés du tsar marquent les esprits. Piotr Mamonov habite tellement Ivan, qu’il devient au fil de l’histoire de plus en plus difficile de tolérer sa vue. Son regard est de l’intensité et de la dureté des folies et perversions les plus absolues et ses moments de répit, de peur, d’hésitation sont incarnés au point qu’aucune parole n’est nécessaire. Mais la confusion de la mise en scène, mon ignorance des arcanes de l’histoire russe, et le sadisme mystique omniprésent du tsar m’ont empêché d’apprécier le film qui m’a surtout laissé irrésolu, indécis face à ce que le réalisateur souhaitait partager, désorienté par la violence outrancière et l’hystérie gratuite des personnages.

En résumé: de nouveau, je traduis pour Monsieur D. Un film plutôt difficile à suivre mais bien sadique, apparemment.

Note from Miss J: I didn’t find the time to see Pavel Lungin’s latest film, Tsar. Here’s my translation of Monsieur D’s experiences, I’m not sure he’s quite recovered yet:

Oh, the difficulties you encounter with certain critiques. Even as I write these words I’m still not sure if I know what I made of the latest film by Pavel Lungin. Not because it was new – I’d already admired him as a Russian scriptwriter and producer, whether in the family drama The Wedding or the upbeat thriller A New Russian. I’d enjoyed his sense of detail and talent for outlining contemporary Russian society in his stories. I had been sorry to miss his previous film, the thoughtful and rich The Island, a reflection on faith and religion. Suffice to say that his decision to retrace Eisenstein’s Ivan The Terrible, censored at the time by the authorities, intrigued me.

This revival goes against the grain in that instead of tracing the whole life of Russia’s first absolute sovereign, Lungin opts to focus on four moments from Tsar Ivan’s life, all from the dark year of 1565 when he faced defeat after defeat in his war against the Poles. Crazed by religion and paranoia incarnate, Ivan plunges Russia into a bloodbath, confounding the brave but vain efforts of Filipp, the new archbishop of Moscow and an old childhood friend of Ivan. Following on from Pasolini’s perennially shocking Salò or the 120 Days of Sodom, Lungin shows us the pandemic capacity of cruelty, the absurd and the criminal to destroy all hope. The film traces the history of the clear martyrdom of a people, a nation and of a man, Filipp, who only wants to do good and who ends his days as a saint.

The four chapters of the film are reminiscent of the four gospels. The tsar and Filipp are evocative of the figures of Christ and Judas, in an apocalyptic register. In his hallucinatory description of Ivan’s “holy” murderous madness, Lungin pursues a theme he probably began in The Island. The grandiloquence and feverishness of the material brings pain and cruelty to bear in a parallel of Stalin with Ivan, and as such it serves as a warning against the temptations of despotism to the powerful in Russia. It attacks all kinds of literalism and straying from the true spirit of things in order to follow a constructed orthodoxy. The actors are exceptional. Their expressiveness and determination to embrace the carnivalesque spirit that comes in the wake of the tsar’s terrible whims are striking. Piotr Mamonov embodies Ivan so powerfully that he becomes more and more difficult to watch as the story unfolds. His gaze conveys the intensity and harshness of the most unwavering insanities and perversions, and his moments of respite, fear and hesitation are so eloquently physically rendered that no words are necessary. But the confusing direction, my ignorance of the mysteries of Russian history, and the tsar’s relentless mystical sadism meant I was unable to enjoy the film. I was mostly left unsure and undecided about what the director wanted to share, disoriented by the excessive violence and the characters’ gratuitous hysteria.

1 Comment

Filed under Drama, Historique

A serious man

In a nutshell : Larry Gopnick has it tough, and it won’t become easier, but what do you expect from the Coen brothers ? Depressingly and bitterly  funny.

Les frères Coen sont de retour et fidèles à leurs habitudes anciennes, comme leur obsession pour les objets ronds, par exemple un très bel écouteur ivoire, ou nouvelles comme les fins extrêmement, voire trop abruptes, à l’instar de No country for old men. Le film qu’ils proposent est donc une fable cruelle et ironique, dont l’originalité est qu’elle paraît plus autobiographique et moins axée sur la bêtise de leurs contemporains que leurs œuvres précédentes. Le film s’articule autour de deux idées fortes, la première est une citation de Rachi placée en prolégomène à l’action, « reçois avec simplicité tout ce qui t’arrive », la seconde est illustrée par un prologue polonais, durant lequel il est démontré qu’on finit toujours par payer cher une bonne action (no good deed goes unpunished).

On suit alors les malheurs de Larry Gopnick (touchant Michael Stuhlbarg) frappés par une succession incroyable de petites et grandes crises qui viendraient à bout des plus optimistes. Cet amoncellement brillamment mis en scène mène le spectateur à hésiter entre l’hilarité franche et la mélancolie et l’angoisse la plus profonde devant l’injustice évidente qui frappe ce gentil professeur, qui ne souhaite rien de plus que d’être un homme « sérieux », un homme digne, un homme bien. Ecartelé entre les désagréments les plus irritants (l’amant de votre femme veut être votre ami) et les tentations antonines les plus perverses, Larry tentera de trouver de l’aide mais comme la dernière image le démontre ni le ciel, ni ses truchements, trois rabbins spectaculairement inutiles, ne pourront l’aider à combler son profond effroi existentiel.

Le film, par son arythmie, l’impeccable qualité de sa distribution, et l’habituelle maîtrise de la réalisation et du montage emporte l’adhésion malgré un scénario qui pourra paraître parfois décousu, ou du moins plus attentiste et amère que les productions antérieures des deux frères. En effet A serious man, tout comme le Livre de Job ou le principe de décohérence mis en évidence par le chat de Schrödinger, peut laisser perplexe, pourquoi tant de tortures ? Mais c’est cette superposition d’états qui donne au film tout son intérêt, sa drôlerie et son sérieux. Les frères Coen offre pour une fois une sorte de méditation philosophique sur l’époque et le passé. Choisir en ces temps de crise et de remise en cause du modèle capitaliste états-uniens, une famille juive de la classe moyenne, au printemps 1967, donne à réfléchir sur l’idée de paradis perdu (Les Etats-Unis des années 1950 et 1960) et sur les valeurs à défendre et protéger. Parfois, on ne peut mieux qu’écouter le groupe psychédélique Jefferson Airplane : Somebody to Love. Alors à vos écouteurs, ivoires ou non, et à vos écrans les plus proches.

En résumé : Un brillant film à l’humour cruel et noir des frères Coen qui démontre que ni la sagesse des rabbins, ni la gentillesse à l’égard de votre femme ne réussira à vous sauver, ou même à vous aider.

Franglaisreview made an eager dash for the first night of the new Coen brothers movie, A Serious Man. As far as their most recent productions go, No Country For Old Men had left me almost completely cold, if thoroughly disturbed by the po-faced dude with the air compressor/lethal termination gadget, but Burn After Reading struck me as so funny I started to wonder if I was going to be alright or if I’d laugh myself to the point of collapse. What I most liked about Burn After Reading was its deadpan yet manic absurdism, a vital ingredient that’s alive and well in A Serious Man, even if here it’s in a more muted, melancholic and overtly philosophical register. The film throws you for a loop from the word go though, to the point I was almost wondering whether it was the right film (although I knew rationally it was, there’d been hundreds of us queuing down the soggy pavement of the rue du Faubourg Saint Antoine to get in to see it).

All of the actors in this delicately brutal tale are superb. Set in 1960s Midwest suburbia, Michael Stuhlbarg plays Larry Gopnik, a morally upstanding and slightly meek tenure-track mathematics professor, who has a glassy-eyed, less-than-loyal wife Judith (Sari Lennick), two self-absorbed and largely indifferent children, Danny and Sarah (Aaron Wolff, Jessica McManus), and a deadweight, apparently schizo-affective brother Arthur (especially brilliantly played by Richard Kind). Fred Melamed meanwhile plays the superbly honey-dripping slimeball Sy Ableman, major lynchpin to his downfall. With a relentlessness that makes your stomach sink, and the deadening monotony a dripping tap, Larry’s life starts to unravel thanks to the machinations of those around him, channelled through the Coen brother’s razor-sharp eye for delivering imaginatively diverse kicks in the stomach to their hapless protagonist.

As Monsieur D has already pointed out, Larry’s situation really is one of a modern-day Job, but without any deliverance from God at the end, just the most comically unhelpful theological interjections ever from a series of miscellaneously useless rabbis. Think carefully about going to watch A Serious Man if you’re already feeling fragile, cynical or overwrought about life in general. But do go if surgically precise absurdist black humour is your kind of thing – on that level, it’s an absolute humdinger. It’s also a film to savour after the event as it’s so packed full of masterfully constructed, deliciously awful vignettes, observations and outrageous indignities that you can dine out on them for hours afterwards, even as you shake your head in shellshock at how warped it all gets. I don’t have the time, but I’d be tempted to go back again just for an action replay of some of the most memorable scenes, even if the film does end so abruptly you feel rather as though you’ve been kicked out onto the street.

3 Comments

Filed under Comedy, Drama

Tetro

In a nutshell : A gorgeous black and white for a melodramatic over the top, strangely dull family crisis. Incest anyone?

Certains films vous emportent dès les premières secondes, d’autres vous perdent tout aussi rapidement, tel fut pour moi le Tetro de Coppola. Peut-être injustement, les images initiales du film m’ont fait pensé à une publicité pour cosmétique de Jean-Paul Gauthier : beau, un peu mélodramatique et vain ; la suite du film n’a malheureusement pas vraiment rectifié cette impression.

Un jeune marin, Bennie (le très bel Alden Ehrenreich), tout de blanc vêtu marche dans les rues sombres de Buenos Aires, il va retrouver son frère Angelo (le toujours intense Vincent Gallo), écrivain censément brillant, clairement inaccompli, ayant fui sa famille.  Les retrouvailles vont être difficiles, car Angelo est en rupture de son passé, en déni de son père, despotique, mégalomane et trop célèbre. Il ne veut plus être appelé que Tetro, « sombre » dans la langue de Dante. Il est le Desdichado nervalien par excellence et porte malgré les efforts de sa très solaire amante et médecin (Maribel Verdu), le soleil noir de la mélancolie. Et Bennie fera tout ce qui est en son pouvoir, par la candeur, la grâce et l’obstination de ses 18 ans pour ramener la lumière sur un grand frère qu’il admire et les recoins les plus fuligineux de son histoire familiale. Il découvrira de terribles secrets, de rivalités, d’humiliations, de trahisons. Comme dans la plupart des films de Coppola, on assiste à une forme de désintégration familiale malgré la conviction de son importance, et même de sa primauté.

L’esthétique des plans, l’attention à la photographie, le contraste entre les blancs brillants et les noirs profonds, le découpage, notamment l’équilibre entre les scènes fantasmées ou celles du passé, en couleurs, et celles du présent en noir et blanc, montre que Coppola a su garder sa maîtrise de la mise en scène. Ses références sont nombreuses, Almodovar par le mélodrame et le choix de Carmen Maura en critique toute puissante, Kazan pour son usage érogène du noir et blanc, Michael Powell pour les reprises d’opéra, mais tout d’abord lui-même, que ce soit par son histoire et celle de sa famille (son père musicien, Carmine, sa fille talentueuse Sofia, les difficultés de son fils à s’imposer comme réalisateur, ou le changement de nom de son neveu, Nicolas Coppola devenu Cage) ou par ses œuvres précédentes (Rusty James, le Parrain, etc.). Mais en dépit de tout cela ou peut-être à cause de cela, jamais Tetro ne réussit à pleinement m’intéresser.

Le film est donc un merveilleux ratage. Merveilleux car bourré de qualités, mais ratage puisque la comparaison immédiate qui m’est venue à l’esprit en fin de séance fut le très singulier et parodique film de Mortsch Pwölty, La Rivière des Âmes Perdues, Mammouth de Plomb au Festival International du Film  Psychologique de RDA. Ce n’est pas le cas le plus exemplaire mais c’est celui qui m’a le plus marqué, sans doute parce que soudain Miss J. s’est raidie hypnotisée, volontaire pour une adoption rapide. Mais que penser de l’arrivée soudaine d’un chiot au milieu d’un drame familial, chiot qui permettra ensuite à Bennie de suivre pas à pas le cheminement fracturé de son frère ? Peut-on voir entre le beau marin immaculé et le labrador pelucheux un parallèle ? Il y a sans doute une certaine injustice à attaquer un réalisateur sur sa pesanteur, son immense lourdeur quand jamais son style ne s’est rapproché de la légèreté. Demande-t-on à Wagner de faire du Schubert ? Néanmoins on peut regretter que le mélodrame proposé par Coppola soit tellement attendu, chaque effet étant surligné, chaque plan complaisamment étendu, chaque symbole réitéré jusqu’à plus soif. Le réalisateur, qui à part peut-être le Parrain n°3 n’a pas proposé d’œuvre importante durant les 20 dernières années semble poursuivre sa convalescence, dans une mégalomanie plutôt assumée et la contemplation malencontreuse de sa propre mise en scène, lui faisant oublier de modérer certains de ses acteurs (Gallo, brillant mais outré) et de penser à son spectateur plutôt qu’à l’étalage nombriliste de son propre talent. Une question ouverte, qu’en est-il de l’obsession pour la chair fraiche des jeunes filles délurées qui se développe souvent chez nombre de réalisateurs de plus de 70 ans ? Coppola les rejoint ici sans subtilité.

En résumé: c’est beau. C’est en noir et blanc (en gros). Une famille se déchire. En fin de compte, certains préféreront sans doute à ce film sur la mégalomanie se payer une petite partie de Tetris, jeu fort agréable et distrayant.

I’m not sure how many readers of this blog are in a position to remember the British poster shop Athena (the one that suddenly went bust in the late 1990s), which used to be really popular with teenagers and students wanting something deep and meaningful to stick on their bedroom walls to give them an instant aura of… well, whatever it was they were into, from Bob Marley to kittens with their heads sticking out of wastepaper baskets, to that laundrette guy from the Levi jeans advert. I had a handful such posters for which grunge rock and Woody Allen angst was the thing. I might have been in the middle of rural Somerset with a field of cows for company next door, but I guess the tone I was aiming at with those grainy images was a cigarette-smoky urban sophistication without the need for polo mints to cover up the smell. Well, this film is like a copious slide show of just such Athena posters. Moody, mostly in black and white with the odd splash of colour, sultry and serious, yet also featuring a ridiculously floppy Labrador dog that putters around everywhere distracting everyone with its cute little face and tendency to yap. Seriously. I do want one now, by the way.

Francis Ford Coppola meanwhile gave me the impression that he was talking over my shoulder to someone else throughout the film. About himself, his past and history. He’s stepping up and exploring the consequences of one member (hello sir) of a family wrecking the lives of others through his own megalomania, leading to the burning of tablecloths, copious weeping in the middle of five-lane heavy traffic, and more slamming doors and murderous glares than you could throw a stick at. The problem is, I think the self-absorption’s set in so deep that scenario-wise it over-eggs the likely impact of having a megalomaniac mess up your family. Given the tale is being told by the said megalomaniac, this makes a lot of sense. What’s the point in being a bastardly megalomaniac if you can’t be a really good one, one that really messes everything up good and proper? Well, the script is such that everyone is indeed rather messed up, at least until the moment of release at the end of the film, this sudden reversal equally attributable to the awe-inspiring power of the megalomaniac, now departed. There are moments of compelling dramatic tension in the film, but much more mooching and sultry meandering – not exactly unpleasant, but not life-changing either. There is however a gushing obsession with young female flesh that does whatever StayYoung vitamin regime FFC has to be on proud.

1 Comment

Filed under Drama

Sherlock Holmes

In a nutshell : His name is Holmes, Sherlock Holmes, and under the direction of Guy Ritchie he is a cool detective, whose world was designed by Batman and Dan Brown. Wonky !

Mes souvenirs d’enfances sont emplis de livres. Une grande part de mes lectures était réservée à l’aventure et aux policiers, et si aujourd’hui je lis moins de roman de cape et d’épées, j’apprécie toujours beaucoup une bonne intrigue résolue par un détective talentueux. Autant vous dire que Conan Doyle avait en moi un lecteur attentif et que j’attendais avec une curiosité bienveillante l’interprétation du mythe holmsien par le britannique Guy Ritchie, ces derniers temps plus connu comme dernier mari en date de Madonna, mais auparavant remarqué pour ses deux premiers films au rythme jouissif et électrique, Lock, Stock & two smoking Barrels et Snatch. Ce prosélyte du cool, réussirait-il à proposer une adaptation suffisamment convaincante pour attirer à la fois les lecteurs et les fans du plus célèbre habitant de Baker Street, et les amateurs de cinéma d’action et de pop-corn. Le défi était de taille, sans doute trop imposant pour le dynamique réalisateur, plus habile à filmer des coups que les froids raisonnements d’une intelligence supérieure. Ainsi Holmes se transforme et joint les rangs des héros sachant jouer de leurs poings et de leur verve pour humilier leurs adversaires. John McClane (Bruce Willis), Batman (Adam West), Spiderman (Tobey Maguire) ont trouvé un égal, Hercule Poirot, Arsène Lupin ou Maigret ont perdu un frère.

Certes les romans et nouvelles décrivent un Holmes athlétique, adepte de boxe anglaise, mais le très charmeur Robert Downey Jr. offre une interprétation plus proche d’Iron Man que de l’enquêteur Paul Avery (Zodiac) et le détective britannique ne présente pas son intellect comme la première de ses qualités. Le complice de Holmes, le loyal Dr. Watson (Jude Law), est loin de ressembler au rondelet compagnon auquel nous ont habitués les séries télévisées. L’homme est superbe, la moustache avantageuse et le melon arrogant. Clairement son service militaire en Afghanistan n’est pas loin et il a plus gardé ses réflexes de guerriers qu’acquis l’aura du médecin. La relation qui le lie à Holmes est presque fusionnelle et les sous-entendus homoérotiques abondent entre ces deux frères d’armes. Cette tension pédérastique est partiellement effacée par les prestations admirables de Rachel McAdams (Irène Adler, muse de Holmes) et Kelly Reilly (Mary, fiancée de Watson) qui font vivre leurs personnages malgré le quart de page de script auquel elles ont eu droit.

Je vous parlerais bien du plan diabolique de l’amateur de magie noire qu’est l’effroyable Lord Blackwood, revenu des morts, mais je ne l’ai pas vraiment suivi, tant les galipettes et les combats de Holmes monopolisaient mon attention. Il y avait un complot. Comme le tournage du numéro 2 commencera en juin prochain, ne vous faites pas de soucis, tout s’achèvera pour le mieux, enfin sauf pour Lord Blackwood, qui devra laisser sa place à l’infâme Professeur Moriarty et pour le spectateur qui souhaitait un peu d’intelligence dans un film d’action.

Je sais bien  que certains personnages ont échappé à leur créateur et à leur contexte originel pour acquérir une autonomie les élevant au rang de mythe. Sherlock Holmes dès sa création est le parangon de ce genre. Pierre Bayard le démontre très plaisamment et brillamment dans son bel essai critique L’affaire du chien des Baskerville dont la parution en 2008 n’a pu vous échapper. Mais là, malgré le grand talent de la distribution, les attraits d’un Londres sublime, sombre, dominateur et victorien, Holmes déçoit car il est absent de l’écran et son musculeux et charmant homonyme doit résoudre un bien mince mystère. Guy Ritchie nous démontre donc qu’il reste un cinéaste du cool, mais qu’il ignore tout de l’intelligence. Espérons qu’un autre rendra à Holmes son style, son habileté et sa lucidité.

Vous aussi lecteur, aucune énigme ne vous résiste et votre pouvoir de déduction vous aura mené à la seule conclusion possible : si c’est vraiment Sherlock Holmes que vous souhaitez trouver, il est bien périlleux d’aller voir ce film et votre intrépidité devrait connaître ici ses limites, sinon appréciez les cascades et reprenez votre cerveau à la sortie.

Note from Miss J.: I didn’t get to see this film, as I wasn’t in London as long as Monsieur D, and it’s not out in France for a few weeks yet. So here’s my translation of what Monsieur D. wrote,  for the Anglo contingent of the blog:

En résumé: c’est la même chose que dit Monsieur D, mais traduit en anglais par mes soins. J’ai quand même l’impression que c’est un peu décevant, comme film.

My childhood memories are packed full of books.  Much of my reading was devoted to adventure and crime novels, and although nowadays I read less cloak and dagger stories than before, I still really enjoy a talented detective solving a good mystery. It goes without saying that Conan Doyle could count on me as a loyal and attentive reader. I was happily and curiously awaiting this interpretation of the Holmesian myth by the British director Guy Ritchie, lately better known as Madonna’s most recent husband to date, but also previously famous for his first exciting, electric-paced two films, Lock, Stock & Two Smoking Barrels and Snatch. Could this high priest of cool pull off a sufficiently convincing adaptation for both the readers of Baker Street’s most famous resident and action movie and popcorn diehards? Quite a challenge, and one probably too great for a dynamic director usually more used to filming punch-ups than the steely reasoning of a great mind.  Holmes is recruited to the ranks of heroes who use their fists and their verve to humiliate their adversaries.  A new equal is added to the ranks of John McClane (Bruce Willlis), Batman (Adam West) and Spiderman (Tobey Maguire), but not to the brethren of Hercule Poirot, Arsène Lupin and Maigret.

Holmes was admittedly depicted in the original novels and short stories as athletic and a keen boxer, but in his role the intensely charming Robert Downey Junior plays more like Iron Man than the investigator Paul Avery (Zodiac), and intellect is not exactly touted as the British detective’s number one talent. Holmes’ accomplice, the loyal Dr. Watson (Jude Law) is nothing like the plump sidekick from the television series that we’re used to, and is instead splendid in his killer moustache and jutting bowler hat. Clearly just back from military service in Afghanistan, he’s held on to his warrior instinct but failed to assume the air of a doctor. His bond to Holmes is virtually symbiotic and homoerotic undercurrents abound between the two brothers-in-arms. This homosexual tension is partially abated through the admirable performances of Rachel McAdams (Irène Adler, Holmes’ muse) and Kelly Reilly (Watson’s fiancée), who manage to bring their roles to life in spite of being allotted only a quarter of a page of the script.

I would like to be able to tell you about the diabolical plan by the terrifying Lord Blackwood, black magic enthusiast returned from the dead, but I didn’t really follow because of how distracting Holmes’ somersaulting around and fight scenes were. It was a conspiracy. Not to worry though, filming for the sequel begins next June so it’s all going to work out for the best, except perhaps for Lord Blackwood, who’s going to be replaced by the infamous Professor Moriarty, and for anyone watching who would prefer an action film to showcase a modicum of intelligence.

I do realise that some characters can break free from their original creators and contexts and acquire an autonomy that elevates them to the status of a myth. Sherlock Holmes has been a paragon of this process ever since his creation. Pierre Bayard agreeably and brilliantly demonstrated this in his fine critical essay Sherlock Holmes and the Hound of the Baskerville, whose 2008 publication probably hasn’t escaped you. But here, despite its talented cast and a sublime, sober, dominating and Victorian London, Holmes is a letdown because he isn’t to even be found the screen, just a muscular, charming namesake who goes about resolving a truly lightweight mystery. Guy Ritchie proves to us that he remains a cineaste of cool but that he has no idea about conveying intelligence. Let’s hope someone else will give Holmes back his style, skill and lucidity.

And so, reader, as no mystery escapes you, your powers of deduction will have led you to the only possible conclusion: if it’s really Sherlock Holmes you want, it’s a risky idea to go and see this film and you would do well to hem in your sense of adventure. Otherwise, go and enjoy the stunts, but check in your brain at the door.

2 Comments

Filed under Action, Policier

Accident

In a nutshell : An artist of a killer believes that someone as gifted as himself is after him. Melville ain’t dead and lives in Hong Kong.

Si l’on évoque « le cerveau »,  par chez nous on pense à Bourvil et Belmondo, il faudra désormais se tourner aussi vers Hong Kong et la  plus sérieuse mais très belle interprétation de Louis Koo, héros du très esthétique film noir de Soi Cheang. Ho Kwok-Fai, dit « le cerveau » est un tueur compétent, pointilleux, subtil et imaginatif. Il dirige un groupe de trois assassins (la belle Michelle Ye et les toujours solides et persuasifs Suet Lam et Shui Fan-Fung) qui l’aident à concevoir et exécuter ses plans sans faille qui ont tous la spécificité de faire passer les meurtres commis pour des accidents malheureux. Le film s’ouvre sur le décès malencontreux de l’épouse du « cerveau »,  était-ce vraiment un accident ? Koo, face à certaines coïncidences étranges, les grains de sable se glissant dans la mécanique habituellement huilée de ses machinations, finira par présumer que non et son combat contre cet ennemi invisible l’amènera à tester sa détermination et devoir remettre en cause son impassibilité, ses croyances et son jugement.

Soi Cheang nous emporte dans ce polar paranoïaque avec un art consommé. Son style sobre et élégant, rappelant Melville, transcende le film de genre et propose une mise en scène d’une grande intelligence. Le récemment disparu Eric Rohmer avait marqué la critique en 1948 en écrivant dans la Revue du Cinéma (ancêtre des Cahiers) un article intitulé « Du cinéma, art de l’espace », et Soi Cheang paraît confirmer l’analyse de son aîné. Rapidement, l’esthétique fluide et léchée, chère à Johnnie To, producteur et ami du réalisateur, est au service de la description d’un espace unique, le cerveau du héros. Et rarement voit-on avec autant de limpidité les obsessions, les craintes et les réflexions d’un homme menacé. Le film, à l’instar de son héros n’est en conséquence pas dans l’action mais dans le raisonnement et la pensée. Ce choix implique un avantage, l’adhésion et l’empathie avec ce tueur sans remords, mais aussi la surprise, celle de certains spectateurs regrettant que le rythme ne fût pas plus enlevé et les péripéties plus mouvementées, ce que la bande annonce laissait entendre. Hong Kong, mouvante, apaisée ou angoissante, devient métaphoriquement le schéma mental, l’état intellectuel du personnage principal car Cheang ne dit pas, il montre et le résultat impressionne et souvent captive.

And now, as the private eye Tracer Bullet would say : “The last thing I  wanted this afternoon was a critique to write. But the Dame who asked for it was persuasive. Most Dames are, somehow. She told me she’d write as well. When she does it is either trouble or heaven, ’cause she is the type to break your heart or both your arms,”  what is it going to be Miss J.?

En résumé : Si vous êtes tueur à gages depuis des années et spécialisés en ‘accidents’ mortels, prenez garde à vous et que la méfiance prévale. Ce film vous en exposera le pourquoi. A noter pour nos amis dans l’immobilier : ne jamais louer un appartement à ce genre de professionnel.

Firstly, my condolences to anyone who went to this film and left feeling miffed or disappointed. Notably the trio of morons just behind us, who didn’t shut up or stop shuffling about throughout, and got so bored at one point they decided to pour popcorn all over themselves and down the back of our seats (which did at least put an end to the interminable crunching). They were probably disappointed (unless that was their way of expressing joy and delight at a film) because Johnny To’s latest Hong Kong production, directed by Soi Cheang, is not what’s promised in the trailer. That is, not a nice violent blood-fest capable of inducing such an adrenaline rush that a swine flu-ridden granny could lift a double-decker bus off the ground with one hand tied behind her back after watching for just ten minutes. The absence of such frantic mayhem, and the presence of a great deal more subtlety and some stunning camera-work made this a very enjoyable experience, noisy ADHD-afflicted neighbours notwithstanding.

It follows a guy, Ho Kwok ‘The Brain’ Fai, who has a lot on his conscience. He heads a team of hired killers whose speciality is devising intricate, untraceable ‘accidents’ so that no one suspects the unfortunate victims have in fact been done in by some extremely devious hitmen. The problem is how he’s in a perpetual state of hyper-vigilance, as he knows just how much apparently anodyne things can in fact stem from malevolent sources. The sudden death of his own wife in a car ‘accident’ triggers him into a brooding spiral of suspicion of the people he works with. More and more clues lead him to the idea he himself is now the hunted one. Terror-stricken but determined to find out the truth, he uses all of his training and experience to lay bare the conspiracy against him, and wreak revenge accordingly.

The use of light and colour in this film is superb. Every shot is beautifully crafted. While the central character struggles to piece together the truth from slight shimmers of clues and fleeting intellectual hunches, visually the constant juxtaposition of deep shadows and intense luminosity highlights tiny details while shrouding much of the bigger picture in darkness. HKF’s final revelation occurs during a somewhat ethereal intrusion of a solar eclipse just as his final plan for vengeance is rolling into action, and he realises he’s made a horrible mistake. The result is an ultimately compelling investigation into the mechanisms by which paranoia, emotional turmoil and a keen intellect can team up to create spectacular pathological errors, followed by bucket loads of remorse.

Leave a comment

Filed under Policier, Thriller

Whip it [Bliss]

In a nutshell : A feminist teen comedy in which a girl finds that brutal rollerblading is fun and emancipating. Ruthless girl power on wheels … this is bliss.

Pour vous, je ne sais pas, mais moi quand je pense à Hollywood, Drew Barrymore fait partie des visages qui me viennent à l’esprit. Actrice depuis sa petite enfance, tout le monde a sa bouille adorable en mémoire dans E.T., elle devint une vedette de films pour adolescents et de comédies romantiques. Son côté loufoque, joyeux et énergique séduit et ce sont ces qualités qu’elle utilisa pour se lancer dans la production puis, récemment dans sa première réalisation, le tonique et allègre Whip it (« fouette-le » mais aussi « vaincs-le »), traduit en français par Bliss (« félicité suprême »)… Logique, non ? Trève de moquerie, en fait, oui, car il s’agit du prénom de l’héroïne du film, interprétée par Ellen Page, remarquée par la critique dans l’effrayant Hard Candy et par le grand public dans le rassérénant Juno.

Bliss est une adolescente timide de 17 ans qui aurait bien besoin de donner un coup de fouet à sa vie. Menée par sa mère à des concours de beauté qui l’indiffèrent, elle est le souffre-douleur d’une concurrente, très pimbèche, qu’elle a le malheur de côtoyer en classe et devoir servir dans le restaurant porcin et miteux où elle travaille pendant la majorité de ses loisirs. Comme toutes les personnes douées d’un minimum d’intelligence et d’ambition, elle souhaite partir, aller à la ville car si vivre en banlieue peut-être morne, le faire à Nowhere, Texas est pire encore. La rencontre qu’elle fera avec les patineuses rebelles et sans peurs de ce sport féminin violent et méconnu qu’est le roller derby lui donnera la chance de s’amuser enfin, de grandir en assurance et d’aller à Austin, que du bonheur !  Et coup de chance, la joie communicative des acteurs, tandis que la petite chenille complexée, prend sa vie en main et devient enfin le papillon qu’elle souhaite être (plus proche du ptérodactyle que du chrysiridia rhipheus, mais nous ne sommes pas là pour juger), divertit et finit par vraiment convaincre.

Drew Barrymore, sans démériter, ne montre pas pour le moment de talents exceptionnels pour la mise en image, on trouve çà et là des scènes inutiles, des pesanteurs, et une platitude de la mise en scène évidente. Néanmoins elle fait preuve d’une éclatante réussite dans le choix de ses acteurs et dans leur direction : chacun fait vivre son personnage et l’emmène à être plus que le cliché auquel on pourrait s’attendre dans une comédie sur l’adolescence. Les seconds rôles sont tous très finement dessinés. Les parents de Bliss par exemple (Marcia Gay Harden et Daniel Stern) sont plus complexes, nuancés et riches que les rednecks autoritaires et bornés que l’on pouvait craindre. Le scénario de Shauna Cross sonne juste et s’ancre dans une réalité texane qui soutient la comédie, rendant les personnages et les situations plus proches et crédibles. Barrymore enfin démontre avec une telle pétulance son bonheur de filmer, de raconter une histoire qui lui plait et qui défend ses valeurs, qu’elle finit par emporter les plus bougons. Difficile de résister à ce féminisme pragmatique sur roulette qui souligne la difficulté pour une femme de suivre ses passions, et qui oppose la vulgarité des concours de beauté à la grossièreté des sportives. Difficile de rester insensible à une morale inattendue où être n° 2 n’est pas honteux, et où existe une certaine revendication à la liberté de se tromper, de faire des choix discutables, comme celui que ferait un éléphant d’acquérir un magasin de porcelaines.

Face à tant d’enthousiasme et de bonne volonté, on finit par fondre devant le charme débraillé du film, qui reste certes modeste, plutôt classique dans son genre, mais aussi très euphorisant.

And now it’s up to you Miss J., get it rollin’ and whip it !

En résumé : Drew Barrymore fait du roller avec des potes. Le résultat vaut le déplacement!

This is Drew Barrymore’s first foray into film directing and an adaptation of the semi-autographical teen novel Derby Girl by Shauna Cross. It’s a really energetic, uplifting feel-good movie with rebellious overtones and wholesome undertones starring Ellen Page of Juno fame, who once again plays a smart and independent young woman making mildly offbeat life choices. Her character, Bliss Cavendar, is trapped in a small village somewhere north of Austin in Texas, and is grinding her way through high school, getting shoved into pageant competitions by her overenthusiastic mother, and working with her best friend Pash at a diner with an improbably large sculpture of a pink pig on the roof. She discovers the high-adrenaline, ultra-violent bruise-factory that is the female roller derby in Austin, smoothly manages to blag herself a place on the team despite being underage, and cons her parents into thinking she’s taking extra SAT classes to explain her absence. The game (I found out) involves skating round a track like a maniac in two teams while two key players try to overtake as many people as possible and the others block them off and perhaps fatally injure them. It also involves acquiring a puntastic apocalyptic name like Eva Destruction and an equally kickass team name such as the Hurl Scouts.

It’s clear that Barrymore invested a lot of effort in the details of the film – the actors apparently did their own stunts (pretty courageous in my opinion, if you’re fond of keeping your body parts more or less intact) and as Monsieur D pointed out, the characters are crafted properly: no one is just there for the ride as a cardboard cut-out. The story is engaging and although it sags a little around the time of the obligatory Interminable Teenage Party tinged with drama and mayhem, it’s well put together, and has a pleasing down-to-earth aura of realism to it in spite of the rather high odds for outright disaster given the overall synopsis. It is not exactly, erm, High Art but that’s really not what I went for. It’s not perfect, but it’s a very decent movie with a nice underlying feminist slant that doesn’t wreck the whole story by turning the main characters into wooden mouthpieces for someone’s soapbox ranting session. I appreciated how Page’s love interest fail is briskly swatted to the side so her life can go on just as well as before, rather than the film collapsing into pathos that it hasn’t worked out for her. The affirmation that it’s rarely if ever the end of the world if things bugger up, regardless of how important it might feel at the time, is the lynchpin of the film’s feel-good factor.

Leave a comment

Filed under Comedy