Monthly Archives: January 2012

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

In a nutshell: Our Mlle Clara sings the praise of the new version of Lisbeth Salander and explores with benevolence Fincher’s adaptation of the first volume of Stieg Larsson’s global hit Millenium. If you have never heard of it, you were officially living under a rock at the bottom of the ocean. But no worries, Mlle Clara will sort it out for you.

Je me souviens de ce moment où une amie, il y a quelques années, avant que tout le monde ne parle de la saga suédoise, m’avait glissé dans les mains le pavé d’Actes Sud en me certifiant qu’elle n’avait pu fermer l’œil de la nuit, tellement ce page turner était efficace. J’avais pu par la suite en vérifier les effets sur moi : rapidement, j’avais été absorbée par ce thriller très noir, à l’intrigue haletante, mêlant des thématiques fortes, politique, financière, historique, sociétale. Les scènes de poursuite ou de bagarres hyper visuelles avaient quelque chose d’évidemment cinématographique et tout se passait comme si un réalisateur n’avait qu’à se baisser pour prendre le roman sans en passer par la case écriture du scénario.

"Tu m'adaptes, p'tite tête!"

La plus grande réussite du roman, c’était certainement la création de ce personnage féminin qui est promis à devenir mythique (à la manière d’un Robin des bois ou d’un Faust ?) : la ténébreuse Lisbeth Salander. On tournait les pages de Millenium rien que pour savoir comment Lisbeth allait se sortir de toutes les situations les plus rocambolesques et terrifiantes qu’elle devait traverser. Personnage de jeune femme forte, à l’intelligence redoutable, hypermnésique, hackeuse de génie, à la fois poids plume et aux force physiques de mutante, asociale et cas social, bisexuelle, punk et capable de toutes les mutations physiques, Lisbeth Salander est l’héroïne parfaite des années 2000, incarnation d’un nouveau féminin tel que les féministes en ont rêvé.

Et c’est semble-t-il la même fascination qui a poussé David Fincher à adapter une nouvelle fois (puisqu’une version suédoise était déjà sortie il y a quelques années) Millenium.

Si on comprend à quel point l’univers de la trilogie de Stieg Larsson entrait en résonnance avec celui de l’auteur de Seven, Fight Club et Zodiac, on voit aussi que Fincher a trouvé dans le best-seller suédois une source pour renouveler son inspiration du côté du féminin, tant ses précédents films donnaient surtout la part belle aux personnages masculins.

Blomkvist : un verre et contre tous

Son film débute par un générique intrigant, plastiquement très travaillé, qui fait penser vaguement à ceux des James Bond pour le côté très graphique et la bande son, mais dans une version bien moins légère et beaucoup plus lugubre et crépusculaire. Des formes mouvantes s’agitent devant nos yeux dans un rythme très rapide, toutes enveloppées d’une sorte de gangue de pétrole, de vase noire – la boue du monde. C’est en effet de la lie de la société suédoise et européenne que Fincher (via Larsson) va nous parler : vieux nazis, grande bourgeoisie dégénérée, incestueuse et psychopathe, délinquants financiers internationaux, travailleurs sociaux pervers sexuels… Le tableau est accablant, voire sordide. Fincher comme à son habitude sait s’entourer de grands directeurs de la photo (Jeff Cronenweth, comme dans Fight Club) pour rendre palpable visuellement cette atmosphère déliquescente dans laquelle le héros, Mikael Blomkvist évolue.

Le grand reporter vedette de la revue « Millenium » est incarné comme on le sait par notre nouveau James Bond, j’ai nommé Daniel Craig (d’où peut-être d’ailleurs l’analogie que le spectateur fait dans le générique avec 007 ?). L’auteur de ces lignes n’a pas beaucoup de goût pour la nouvelle incarnation de l’espion britannique de sa Majesté, un peu trop sosie de Poutine, un peu trop silhouette simiesque. Mais Daniel Craig arrive à faire oublier assez vite sa lippe boudeuse dans le film de Fincher, et à donner de la chair à son personnage de reporter justicier de choc. Le couple qu’il forme avec Rooney Mara est très convaincant. Et tout aussi réussie est la rencontre charnelle au milieu du film entre la silhouette gracile et féline de Lisbeth et celle musculeuse et burinée de Mikael, surpris par l’initiative de la jeune femme à laquelle il ne s’attendait pas.

Les loisirs de Lisbeth Salander : lire les critiques de franglaisreview, surtout celles de Mlle Clara

Mais qui est cette Rooney Mara ?, se demande-t-on en voyant le film. On découvre que c’est elle qui faisait face à Jessie Eisenberg (alias Mark Zuckerberg) dans la première scène virevoltante de The Social network, ping-pong verbal virtuose entre le geek maladroit et la belle jeune femme qui le plaquera à l’issue de leur joute oratoire. C‘était donc elle ! La jeune fille au look d’étudiante sage de campus, métamorphosée ici en créature arachnéenne, tatouage de dragon sur le corps, piercing multiple sur le visage, regard fixe de traumatisée résiliente. On l’admire lorsqu’elle file à toute vitesse sur sa grosse moto pour courser le psychopathe qui vient d’essayer de tuer Mikael en lui faisant subir les pires tortures. Quelle allure folle lorsqu’elle pose pieds à terre et sort son gros calibre pour mettre le tortionnaire hors d’état de nuire. On est aussi baba devant le génie de l’informatique à qui rien ne semble impossible. On est fascinée par l’hypermnésique qui mémorise toutes les pages d’un dossier d’un seul coup d’œil. Rooney Mara rend crédible son personnage, à la fois frêle et bigger than life , par un jeu subtile, mais aussi une présence à l’écran impressionnante, magnétique, animale.

On ira donc voir les prochains opus de Millenium rien que pour suivre l’évolution de cette nouvelle actrice à l’étoffe de star.

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The Descendants

In a nutshell: Matt King (George Clooney) should feel like his name but can’t. His wife is in a coma. He can’t remember how to be a father to his two troubled daughters. He has to settle a multi-million real estate deal. Where to turn to? Payne presents a Clooney festival in a decent Hawaiian dramatic comedy.

Si vous souhaitez apprécier ce film ne regardez pas la bande annonce, ami lecteur (et toi aussi amie lectrice, mais bon, toi tu fais comme tu veux), elle vous révélera tout ! J’ai eu la chance d’arriver sans idées préconçues et je pense que j’ai pu en conséquence éviter une irritation persistance face à des longueurs certaines tant les deux minutes que vous trouverez en bas de cette recension résume l’ensemble du film, révèlent (presque) tous ses secrets et expose ses moments les plus amusants.

Alexander Payne, sur les pas de Wes Anderson, mais jusqu’à présent sans sa fluidité, son charme et son originalité fantasque, se concentre sur une réinvention de la famille, nucléaire par des membres passablement ébranlés par le coma de celle qui jusqu’alors était le centre : la mère et l’épouse, et étendue autour d’un héritage commun, des milliers d’hectares de terres superbes qu’il faut vendre. Tout comme dans Sideways ou Monsieur Schmidt, le réalisateur décrit son protagoniste, ici Matt King (George Clooney), comme un homme complexe en perte de repères, en reconstruction. L’image qu’il avait de lui-même et de sa famille ne convient plus, il doit donc se réadapter à la réalité. Si au contexte tragique s’ajoute sa désillusion personnelle, de son apprentissage naissent quelques scènes comiques et touchantes.

A Hawaii, les feuilles mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les rapports père-fille aussi.

Les attraits du film tiennent principalement en l’interprétation sensible et nuancée de George Clooney qui fait admirablement ressortir la vulnérabilité de son personnage, et la représentation sans romantisme de Hawaii. Honolulu ressemble à n’importe quelle ville moyenne américaine et le reste des îles sont le plus souvent d’une banalité kitsch réaliste. On se retrouve bien loin du “paradis” vanté par les promotions pour croisières ou lunes de miel. Les tribulations douces-amères de Clooney, âme remarquable de cette oeuvre, en deviennent donc plus crédibles et attachantes et l’on pardonne çà et là quelques larmoiements, une bande originale au ukulele trop présent, un scénario très balisé, surtout sur la fin, et un montage flegmatique frisant une aimable paresse.

The Descendants reste un moment plutôt charmant et souvent très juste sur les réactions émotionnelles d’une famille en temps de crise. L’ensemble est paradoxalement parfois un peu trop appuyé et régulièrement trop lisse mais les appréciateurs d’un cinéma adulte aux personnages fouillés y trouveront leur compte, et pour les amateurs de mélancolie gaie, ce pourrait même être un délice.

En résumé : On ne peut jamais savoir quand sa vie va basculer, voire s’effondrer un petit peu. Quand cela arrive, on n’a qu’à tenter de s’en sortir avec autant de dignité et de courage que possible. Georges Clooney y arrive admirablement dans cette comédie dramatique franchement réussie. 

I’d somehow escaped every single trailer going for this film, so I came to Alexander Payne’s The Descendants  completely blind, other than with expectations of a cracking performance by George Clooney, which was duly delivered. I was glad not even to have realized that The Descendants comes from the director of Sideways, one of the biggest ‘comic’ letdowns I’ve seen in recent years. There are traces of Sideways, though, in its flabby, consciously slow pace, which was the weakest thing about The Descendants. Rather than the vineyards of California of Sideways, however, we are taken to a startlingly grotty-looking Hawaii.

Clooney stars as a lawyer, Matt King. As a direct descendant of Hawaian royalty, he’s been arranging for a vast estate he inherited along with his cousins to be sold off to the best bidder. Then his wife falls into a coma after a speedboat accident. With the accident, he is catapulted into the role of primary carer after years as the understudy, the backup parent. He realises he hasn’t really spent time with his younger daughter since she was a toddler; now Scottie (Amara Miller) is ten and throws pool loungers into the pool to let off steam. His older daughter Alexandra (Shailene Woodley) is seventeen, at boarding school, and fond of the odd drink or three, and doofus boys.

Father-daughter team extraordinaire

Hawaii is pretty much a character in its own right in the film. We see the impact of aggressive urban development on the island: condos, shredded nature reserves, a constant straining at the reins to wring profit from this ‘paradise’, the myth of which is ferociously shot down throughout. Matt, who also narrates, comments to the effect that people are kidding themselves if they think that the awkward parts of life can be opted out of just by donning a super bright shirt and flip flops. In the film, people and the environment are in a kind of limbo between a state of neglect and moribundity, and an ephemeral hope of reinvention and harmonious realignment with what could – and perhaps should – be a much more nurturing state of being.

It gets pretty intense as Matt faces up to multiple crises, which force him to reassess his life to its core, all whilst trying to hold on to what’s left of his family. It veers between splashes of comedy and existential fire-fighting. Clooney really is in one of the roles of his career – he’s completely immersed, rolling with the absurdities and carrying the drama along without fussiness. That said, there are times when it gets a little soggy and bogged down in its own pathos. It’s a shame and I think it could have been pepped up throughout for an even better production. That said, I found it a very moving, thoughtful, funny-wise film which deserves all the acclaim it’s received.

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J. Edgar

In a nutshell: A fair portrait of the feared, admired and loathed J. Edgar Hoover. But fairness here does not go a long way, the political is replaced by the image of a sexually walled-in powermonger who appears petty, unreliable and way duller than what he probably was. Brockeback Bureau disappoints.

Il y a six ou sept ans, j’avais lu le roman biographique La malédiction d’Egar de Marc Dugain, dans lequel le numéro 2 du FBI, Clyde Tolson, compagnon de route et amant présumé de J. Edgar Hoover, narrait les dessous du pouvoir américain et la carrière de l’ambigu et mégalomane fondateur puis éternel directeur du Federal Bureau of Investigation (1924 à 1972 tout de même). Le roman m’avait à l’époque bien plu et faisait ressortir assez justement, dans mon souvenir, le brio intellectuel, le courage, la sagesse mais également, – ce qui ne déplaira pas à James Ellroy -,  la cruauté, l’arbitraire voire l’ignominie de M. Hoover.

Un coq et une batterie de poulets

La densité de l’histoire américaine et la complexité du personnage digne d’éloges appuyés et de critiques acerbes me faisaient espérer que la vision de Clint Eastwood serait à la hauteur et proposerait un film aussi puissant que son héros. Le réalisateur échoue et propose un film honnête mais sans attrait. Passant totalement à côté du contexte historique, le scénariste D.L. Black se concentre presque uniquement sur la vie personnelle difficile de Hoover, homme paradoxal défendant à l’extérieur un moralisme d’airain et étant ravagé par des pulsions homosexuelles pour son second. Tout comme dans Harvey Milk, le refoulement est la clé de tout pour Black. Dieu merci, l’homme a choisi l’option scénario plutôt que psychologie, car de ce côté là il rame. La tension intérieure de Hoover est malheureusement traitée de manière sentimentale et par des allers-retours qui démontrent que le flashback c’est comme le refoulement ou le biniou, trop de cornemuse tue la cornemuse.

Projeté, toutes les cinq minutes et sans raison convaincante, de la fin de sa vie à différents moments de sa carrière, qu’il présente comme sa légende, Hoover nous est montré sous toutes les coutures à la poursuite de deux idéaux que sa nature lui interdit, celui d’un pays en sécurité, et celui d’une vie où l’on peut l’adorer. Leonardo DiCaprio fait son possible pour incarner le rôle et est touchant tant il semble vouloir devenir une publicité vivante pour la méthode de l’Actor’s Studio, mais on ne l’oublie jamais derrière les grimaces de son personnage et les maquillages et prothèses de vieillissements me sont souvent apparues comme telles, soit extrêmement maladroites.

Edgar est plutôt opposé à un p'tit coup de rouge

Cette plongée dans la psyché troublée du directeur du FBI n’est en rien viscérale mais superficielle et lointaine, trop lointaine pour que l’on s’en préoccupe vraiment. Les mensonges de Hoover nous sont présentés comme des réalités et, hormis les historiens, qui peut vraiment juger. Les personnes autour de lui sont plus des apparitions , des dossiers, que des protagonistes tridimensionnels. Robert Kennedy tient plus du pantin que du ministre de la justice, Lindbergh pourrait être n’importe qui d’autre, les gangsters passent, les G-men aussi, une cravate en remplace une autre. Même Clyde Tolson (Armie Hammer) n’est pas à la hauteur, présenté comme un personnage falot, une gueule d’ange, il ressemble à un étudiant chic égaré dans un commissariat, alors que le personnage historique tenait plus de Lino Ventura que de Robert Pattinson.

Rien sur les liens présumés de Hoover et de la mafia, rien ou si peu sur ses relations tendues avec huit présidents et ses tactiques brillantes de maître-chanteur, reste une relation difficile avec une mère sorcière (Judi Dench), une photographie très léchée et deux réflexions intéressantes, l’une, toujours chère à Eastwood, sur la construction de sa propre légende, et l’autre sur le déni, celui de l’homosexualité et celui du temps de prendre sa retraite. Une tentation compréhensible pour le réalisateur, qui depuis Gran Torino ne convainc plus autant … où sont les héros d’antan ?

En résumé : Leonardo di Caprio est de retour dans un drame sur la vie de J. Edgar Hoover, et ça tient plutôt bien la route. Si si, Monsieur D!

After the debacle of Hereafter, I was a bit nervous to head off to the cinema to watch anything whatsoever to do with Clint Eastwood as director. However, this bioflick about J.Edgar Hoover, founder of the FBI, looked like it could pack a punch. And my memories of Clintwood’s excellent Gran Torino still (just about) lingered. What we have here is about halfway between those two films in the quality department: cringe-worthy at times, but still much more dignified and engaging.

Di Caprio puts in a decent performance as J. Edgar. The drama focuses a lot on his obsessive-compulsive tendencies, which translate into ruthlessness. We also see the impact of his overbearing mother, and of his life-long repressed homosexual relationship with his right-hand-man Clyde Tolson (Armie Hammer). We discover his extreme rigidity bordering on paranoia in his professional life, and his life-long obsession with cleansing the United States of the ‘Communist danger’. The narrative of Hoover is one of emotional brittleness, ruthlessness and increasing obsession with control at all costs: building up files on politicians just in case they need to be nudged in the right direction.

Edgar has a twirl with the woman in his life

As with Shutter Island, Di Caprio once again portrays a deluded hero who has his heart in the right place, but with an increasingly distorted map of reality. He is shown grappling for control of his outer world while throwing away the keys to making peace with his own inner chaos. There’s a depressing sense of inevitability to his ensnarement in a system of leadership through brute control, fueled by an inner and outer life that struggle to match up. His friends are his unspoken heroes and enablers, and we see them wrestle with admiration and concern for Edgar.

The film does fall down badly on encompassing anything like the full complexity of J. Edgar’s role in the FBI however, which it seeks to achieve through the minutae of its character study. Just as it shows up Edgar’s flash-back memories as profoundly unreliable, so the film is shackled to its focus on psychodrama in a historical drama format. There are also very, very unfortunate uses of face masks, as the central characters all have to age by about 40 years as the drama darts back and forth between different epochs, and mostly it does Not Work. Besides that, and some unwelcome syrupy moments, overall I found it very well played, engaging and well worth the watch.

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L’amour dure 3 ans

In a nutshell: Does love last three years? Is it love or desire? Is Louise Bourgoin sexier than Elisa Sednaoui? Would it be fun to mix Joey Starr and Michel Legrand? GQ‘s table of content or the heart of Frédéric Beigbeder’s L’amour dure trois ans? A people’s magazine of a movie, as pleasant and entertaining, and as forgettable.

L’amour dure trois ans est l’adaptation du roman éponyme (1997) par son auteur, qui pour son premier film se place sous le parrainage de Bukowski et de Canal+ puisque le premier ouvre brièvement le film et la moitié des figures connues du second font des apparitions ou tiennent les premiers rôles, le tout sur une musique de Michel Legrand, qui, lui aussi, viendra jouer quelques notes face caméra. Là est l’art de Beigbeder, savoir se faire des amis et jouer sur tous les tableaux.

Marc/Frédéric knows that Saint Germain is the best place to be looking for his sole-mate.

A la fois profondément narcissique et quelque peu déprimé par sa personne, il opère dans un système ou la dérision fait loi et empêche toute critique sur le fond puisque formulée à l’intérieur de l’oeuvre. Après tout, son personnage principal Marc Marronnier (véritable pseudonyme de Beigbeder qui signa des articles de ce patronyme), d’inspiration très fortement biographique, ne cesse de se vomir dessus. Qui voudrait être aussi sévère ? Et son éditrice chez Grasset, jouée par la délicieuse Valérie Lemercier, résume assez bien et assez rudement ce que vaut l’ensemble : le titre est suffisamment “con” pour plaire et intriguer, son sens de la formule donne un genre, et c’est une première oeuvre qui complète bien leurs quotas.

Les quotas de comédie romantique classique pour ce film, genre cher à Miss J. Rom.-com. réalisée de manière sage, un peu maladroite, mais avec une modestie de bon aloi. Celle-ci commence d’ailleurs plutôt bien pour s’effilocher, s’essouffler et s’achever assez vainement. Mais, sauf si l’on est totalement allergique à la publicité, pas de quoi se mettre en colère : quelques moments sont assez drôles, Louise Bourgoin (Alice, l’aimée) est ravissante et désirable, et si je n’ai pas été sensible au charme de Gaspard Proust (Marc Marronnier, l’aimant), très tête à claques, il n’y a rien de déshonorant à son interprétation. Le reste de la distribution est un défilé de célébrités germanopratines, d’Alain Finkelkraut ou Ali Baddou, dans leurs rôles, à un Joey Starr, très mauvais dès qu’il commence à jouer ce qu’il n’est pas.

L'amour c'est avoir ensemble les dents blanches

Ce processus de cannibalisation d’un milieu et de ses critiques est central à toute campagne menée avec intelligence: ne pas être en antagonisme avec ses adversaires, mais les incorporer à son message et son milieu, se les approprier. Ce détournement des symboles est symptomatique de la publicité et est admirablement orchestré ici : on trouvera donc de quoi plaire à tout le monde, des romantiques aux cyniques, des amateurs de haute culture aux fans de culture populaire, des admirateurs aux contempteurs du clinquant. On peut néanmoins se sentir mal à l’aise devant cette leçon d’ambiguïté morale (de lâcheté ?), de copinage et d’autopromotion par l’autodérision, tout en respectant la franchise du réalisateur qui se dépeint comme un grand bourgeois gentiment débauché, très égocentrique, trop apitoyé sur son sort, souvent obscène, à la limite du mépris.

C’est d’ailleurs ce manque d’amour pour lui-même et pour les autres qui marque, alors que Edouard Baer, qui peut souffrir de travers similaires, tant dans la déprime que dans la fête, exsude charme et générosité jusque dans les plans les plus incongrus du culte La Bostella ou du très raté Akoibon, Frédéric Beigbeider n’a pas réussi à me faire penser qu’une affection ou un intérêt réel le liait à ses acteurs. Le produit qu’est son film est en conséquence lisse, gentiment satirique, visible sans plus, mais sans moins non plus. Un produit. Juste un produit.

En résumé : Un petit con prétentieux essaie de nous donner des leçons sur l’amour. Quand il saura ce que c’est, il pourra venir parler, en attendant qu’il aille se faire f*****. Si je puis me permettre.

This romantic comedy, penned by former ad man-turned-writer Frédéric Beigbeider and reeking autobiographical undertones, irritated me.

It stars a self-centered Germanopratan pseudo-intellectual in dire need of a system reboot of his values, backbone and emotional integrity: literary critic and soon-to-be superstar author Beigbeider Marc Maronnier (Gaspar Proust). He kicks off the proceedings vomiting all over himself after the ‘mysterious’ breakdown of his marriage, agonizing over the strangely uncompelling question of how all the passion could have run dry. And with two such charming, altruistic people in the relationship! Still, it gives him inspiration for a bitter book about relationships, “Love Only Lasts Three Years’, which is initially trounced by a stream of editors, who basically recommend he never put pen to paper again for the good of humanity. And Amen to that.

Louise Bourgoin then comes onto the scene as Alice. They meet at Marc’s grandmother’s funeral in the gorgeous (tourism board sponsored?) Basque country. These guys really know how to act classily at a funeral, getting wasted and flirting to death – Alice is married to Marc’s cousin, but it’s lust at first sight. Marc isn’t too constrained by the awkward family ties issue, and proceeds to hotly pursue Alice, while various other subplots limp along. JoeyStarr is there in the role of pointless friend, but does bring one of the most awkward man on man kisses I’ve ever seen. Credit where it’s due, there are some great satirical moments in places – the presentation of the Parisian literary scene is hilarious, particularly Marc’s acerbic editor at Grasset (impeccable Valérie Lemercier).

Yes, the Basque coast is stunning. If we can just get these two idiots out of the shot.

What really oozed from all this, though, was bland, superficial coldness. The characters are spectacularly self-involved and it stinks. The worst moment for me, which summed it all up pretty well, was how a homeless person is used as a prop for a gag – Marc falls asleep on the poor guy’s shoulder while moping around waiting for Alice. The homeless thing contrasts depressingly to this world populated by people whose biggest problem is to have too many good options in their lives. Who have their nice apartments, clothes, consumer products, super privileged, drowning-in-good-things lifestyle, and who can’t see more than two millimeters in front of their own noses. Didn’t care about them, wasn’t surprised they were in thrall to a lust gratification compunction, didn’t care, felt annoyed. A ‘product’ of a film without any hint of a soul. Blech.

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Les nouveaux chiens de garde

In a nutshell: “Independence, objectivity and plurality” are the ideals of the French press … no one said ideals should be reached. Balbastres and Kergoat make a virulent, biased and entertaining case for reform within the fourth power whose main stars seem to be closer to a poodle than Albert Londres.

Alors que la France a perdu 33 places depuis la création du baromètre de la liberté de la presse en 2002 et se retrouve, étourdie, un peu honteuse, à la 44e position (sur 178), tandis que le journaliste Augustin Scalbert fait grincer quelques dents avec son ouvrage “‘La voix de son maître’ France Inter et le pouvoir politique 1963-2012“, Gilles Balbastres et Yannick Kergoat proposent un documentaire grinçant reprenant l’ouvrage pamphlétaire de Serge Halimi, dans lequel l’auteur attaque sans ménagement les figures les plus connues et les plus présentes du monde médiatique.

J'ai été partout sauf à "Je suis partout" témoigne Duhamel

Dénonçant avec hargne l’univers de connivence de ces quelques grands (Ockrent, Joffrin, Drucker, Elkabbach, Calvi, Chabot, Duhamel, Barbier …), les deux journalistes exposent les liens et les rapports intimes de la quarantaine de vedettes médiatiques avec les plus hautes instances politiques et surtout financières et économiques de notre pays. Pour Kergoat et Balbastres, le journalisme aujourd’hui est bien plus de révérence qu’utile contre-pouvoir, à l’instar des philosophes des années 1930 honnis par Nizan. La charge est lourde et les images cruelles. Difficile de ne pas rire devant l’obséquiosité ou la servilité de certains devant les puissants, devant l’incapacité de Ferry (de droite) et Juillard (de gauche) à être en désaccord dans leurs débats hebdomadaires supposément contradictoires, devant la fatuité d’Alain Minc tandis que ses analyses et ses évaluations sont contredites au fil du temps par les faits et par l’Histoire, devant la flagornerie éhontée de Jean-Pierre Elkabbach et Michel Drucker face à leur patron Arnaud Lagardère.

Les attaques sont frontales, souvent ad hominem et s’il n’y a pas démonstration, en dépit de leur plan en trois parties ironiques (“indépendance, objectivité et pluralisme”, maîtres mots supposés de la profession), il y a en revanche une jolie illustration du conformisme des journalistes et de leur flirt constant avec la corruption que la proximité du pouvoir amène. On ne peut que regretter que la majorité de la presse soit aujourd’hui aux mains de quelques uns. Et on ne peut être qu’effaré devant le cumul des postes et des temps d’antennes de certaines vedettes, l’omniprésence de quelques experts et les multiples renvois d’ascenseurs d’un petit groupe de privilégiés. Ce clientélisme choque bien sûr mais il est affaibli par le propre réseau des réalisateurs qui font appel à un groupe restreint de spécialistes dont on ignore les références et qui semble tous partager le même avis.

Six patrons c'est plus qu'il n'en faut pour une presse pluraliste

De plus, si le montage alerte accentue le comique des interventions des “nouveaux chiens de garde”, il nuit à l’analyse, l’image ou le son frappant l’emporte sur le rationnel. Les raccourcis ne servent pas le propos car bien vite on se retrouve face à l’idée simpliste du “tous corrompus, tous coupables”, or il serait intéressant de donner la parole à “l’ennemi” mais surtout au public qui apprécie et regarde les émissions décriées par ces documentaristes militants. Ce manque de perspective empêche donc de savoir si certains travers sont volontaires, idéologiques ou simplement structurels et l’argumentation en devient bancale. Ce qui est bien dommage car nombre des exemples démontrent bien l’instinct grégaire des gens de presse, leur évidente prudence devant la puissance de l’argent, leurs accointances avec certains milieux (de Sciences-po au cercle “Le Siècle”) et les dangers d’un journalisme inféodé sans véritables voix alternatives.

Moins d’un citoyen sur deux croit à l’indépendance des journalistes à l’égard des pouvoirs selon La Croix et TNS-Sofrès … ce film imparfait mais très distrayant ne les guérira pas de leur scepticisme.

En résumé : Un très bon moment et le plaisir de voir deux documentaristes brancher leurs caméras à l’instant exact où les vedettes de la télévision se laissent aller à donner la papatte et à faire le beau quand un peu d’esprit critique serait nécessaire.

This is a pretty interesting documentary, which takes up Paul Nizan’s 1930s attack on philosophers in France for cozying up to the interests of the bourgeoisie, to apply it to the modern-day French media, and the business megaliths behind it. It’s based on a book of the same title that was originally published in 1997 by Serge Halimi. There’s more than a sprinkling of a Michael Moore documentary to it: humour is regularly galvanised to keep things interesting, and objectivity is not the central concern. A good bit of – in this case, Communist minded – pamphleteering is on the cards.

It highlights the extent to which a privileged, golden elite tend to dominate the media, not least when it comes to the economic ‘experts’ who are wheeled out at given times to explain what’s going on to the plebs – and who, as the documentary takes care to point out, failed to see the financial crisis coming and once it had, proceeded to downplay it, as limply apologist as they come. Some entertaining hidden camerawork carried out while lurking outside one of Paris’ finest restaurants shows how high ranking politicians, business moguls and media figureheads all come together for a top notch lunch once a month, to work out how to coordinate their efforts in their respective lines of work. Tis all a class conspiracy, we learn.

Journalism, glorious journalism

We had the luck of watching this with a most enthusiastic, excitable crowd of cinema-goers, to the point that spontaneous rounds of applause were shared at various moments. It was a particular joy to watch some crafty montage make mincemeat of various media figureheads. However, the extent to which The Media was lumped together as one neolithic, gold-plated entity hell bent on trouncing the working class lacked nuance, and also failed to take into account the role public demand plays on what the media provides: the public are presented as a helpless victim in the face of a barrage of manipulation – and, talking of which, this documentary seemed pretty keen on manipulation itself. But! It was entertaining and engaging, not to mention thought provoking. I had a splendid time.

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The Iron Lady

In a nutshell: “When one finds a close to perfect cinema, one goes to it”, such is the wisdom of Mlle L. Loving Robert Downey Jr. in his version of Iron Man, she wondered if Meryl Streep would be as good in The Iron Lady. She’s better.  Unfortunately, this is a film that has gone for breadth rather than depth. It is a better performance than it is film, even if the performance will carry the day.

Le merveilleux cinéma de Wellington dont je faisais récemment les louanges m’a proposé une carte de fidélité, me donnant droit à un café gratuit après 5 films et à une place gratuite après 10 films, et ça me fait plaisir, si bien que je n’ai pas résisté à l’envie de faire chauffer la carte en question – c’est donc avec plaisir et sur le chemin d’un café offert que je suis allée voir The Iron Lady, dont tout le monde cause depuis un moment.

La Dame de Fer se mettra-t-elle à dos Mlle L. ?

Le saviez-vous, je n’aime pas me rallier à l’opinion générale. Le consensus me fait ricaner, les enthousiasmes collectifs attisent ma mauvaise foi et mes grognonnes humeurs. Aussi m’attendais-je avec un certain satanisme à descendre en flèche (et avec plaisir) la performance tant louée de Meryl Streep. Bon, en fait, elle est vraiment balaise, la nana, parce qu’avec tous mes aprioris négatifs hérissés, je ne peux que lui reconnaître un talent d’actrice tel qu’il confine au génie. Rien à dire. Meryl Streep m’a bluffée, elle est épatante. Son interprétation de Margaret Thatcher mérite toutes les louanges que vous avez pu lire ou entendre, et bien davantage. Il s’agit réellement d’une incarnation et jamais d’une imitation, si bien que je vais payer à l’actrice le plus beau compliment possible, à mon sens: la performance de Meryl Streep est digne en tous points de celle, exquise d’intelligence et de finesse, de Helen Mirren dans The Queen. Voilà, pas la peine d’épiloguer, tout est dit.

Meryl Streep, avec tout son éblouissant talent et son savoir faire, n’est cependant pas seule: il suffit de mentionner les délicieuses présences de Jim Broadbent et Roger Allam pour vous donner une idée du niveau des seconds rôles, à savoir, la crème.

Et Meryl s'en sort haut la main!

Le point de vue général du film est juste, parvenant à éviter de basculer dans une hagiographie qui serait inexcusable, sans tomber non plus dans le lynchage-systématique-pour-se-donner-bonne-conscience, ni la caricature. Classe, habile.

Le choix d’un déroulement non linéaire, reposant sur une série de flash back auto-imbriqués avec retour périodique sur une Thatcher en passe de gâtouiller, se défend bien; il s’agit d’un ressort facile, permettant de se livrer sans recourir à trop de didactisme, à une explication en sous-texte du caractère de l’ancien Premier Ministre. Facile, certes, mais efficace, donc bienvenu.

La photo, les cadrages, le montage font très souvent preuve d’une remarquable, et cependant toujours discrète, intelligence, enrichissant,  sans le souligner avec lourdeur, le fond par la forme.

Les dialogues sont justes, spirituels, les séquences choisies révélatrices et pleines d’intérêt; ainsi par exemple l’accès de fureur de Thatcher face à ce qui lui apparaît, sous la forme de fautes de syntaxe dans l’ordre du jour, être le reflet de l’insupportable incapacité de ses ministres. Le spectateur est ainsi placé de façon très habile dans une situation où il serait bien en peine de “prendre parti” pour ou contre Thatcher – dont l’ire, peut-être disproportionnée, reste infiniment compréhensible, et le discours recevable…

Syntaxe et bibi impeccables, pour sa politique ...

L’immense qualité du film – due essentiellement à l’intelligence de la performance de Meryl Streep – est de nous montrer, sans souci de dogmatisme ni de prêchi-prêcha, une femme de pouvoir et d’intelligence parfaitement incapable de prendre conscience (et encore moins de reconnaître) ses torts, s’enferrant dans un système de pensée où elle est seule à pouvoir incarner la raison, contre tout et tous – s’enferrant d’autant plus qu’à l’occasion, ses décisions controversées se furent avérées sinon justes, du moins payantes.

Néanmoins… Contrairement à The Queen, ce n’est pas Stephen Frears qui est aux commandes, mais Phyllida Lloyd. Malheureusement. Reconnaissons à la brave Phyllida qu’elle a souvent eu la modestie de laisser faire ceux qui savent, à savoir les technos (chef op, monteur, cadreur, acteurs…); dans ces cas-là, le résultat est subtil, brillant.

Mais ne serait-ce que pour justifier sa fiche de paie, Totoche s’est sentie obligée d’intervenir par-ci par-là, sans doute aussi pour assouvir ce désir très Hollywoodien et parfaitement insupportable de “réaliser sa vision” en tant que metteur en scène.

La Grande Bretagne réagit avec mesure à la "vision" de Totoche.

Le résultat plombe le film avec une efficacité systématique et redoutable. Phyllida Lloyd procède, malheureusement avec régularité, à américaniser ce film, qui eut été sans elle élégant et fin. Ainsi, Super Gourdasse vient nous pourrir la vue et les oreilles avec des fondus enchainés totalement minables (dans le plus pur style des “documentaires du vécu” produits par Antenne 2 dans les années 80) pour nous annoncer l’arrivée d’un flash back – plus lourdaud que ça, il y a l’écran traversé de vaguelettes, comme dans les dessins animés; effet que Phyllida s’est en outre sentie obligée de souligner (car ce n’était sans doute pas assez bourrin comme ça) avec une musique d’accompagnement (je ne parle pas de la bande son elle-même, essentiellement faite d’opéra et d’opérette, fort tolérable, mais des effets additionnels) à s’arracher les cheveux de lourdeur pataude.

En conclusion, je vous recommanderai donc très vivement de vous rendre au cinéma, à Wellington ou ailleurs, pour y voir The Iron Lady – vous y admirerez l’immense et désormais, pour moi, incontestable talent de Meryl Streep, ainsi que la très grande qualité de l’intégralité de l’équipe du film (Carl Lyons aux vieillissement en maquillage a fait, entre autres, un travail d’orfèvre). Et les efforts, pourtant assidus, de Phyllida Lloyd pour planter le film ne parviendront pas à vous gâcher la séance, même si vous ne pourrez vous empêcher de penser, en sortant de la salle, que certains producteurs mériteraient d’être pendus pour avoir osé confier ce projet délicat aux pattes malhabiles de cette grosse nouille, qui n’aurait jamais dû être sortie de son domaine de compétence, à savoir Mamma Mia en vidéo.

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A Dangerous Method

In a nutshell: A young Jung finds out about Freud’s thesis, Freud himself, and forbidden love. A cerebral, rather quietly perverse and erotic play not quite transformed into a movie by an astute and often clever director, the always interesting Cronenberg.

Nous n’allions pas manquer le dernier opus de David Cronenberg, d’autant moins que son sujet d’élection était l’adaptation de la pièce de Christopher Hampton et du livre éponyme de John Kerr, A Most Dangerous Method, narrant les 6 années d’échanges des deux pères de la psychanalyse, Freud (Viggo Mortensen) et Jung (Michael Fassbender), d’un lien méconnu entre eux, la Russe Sabina Spielrein (Keira Knightley), patiente et amante du second, puis collègue et confidente du premier, avant de devenir la Françoise Dolto de son époque.

Mais où est la main gauche du Dr. Jung?

Cronenberg ne surprend pas par le choix de ses  thèmes, logiques dans sa filmographie (la sexualité, la maladie, la science, la figure du père, la rivalité entre frère), mais bien plus par le style de son film. En rien viscérale, il propose au contraire une oeuvre cérébrale, académique, parfois empesée, rappelant bien plus James Ivory que La Mouche ou eXistenZ. La violence est morale plutôt que physique et les mutations, les transformations par lesquelles passent le Dr. Jung tordent l’âme plus qu’elles ne déforment le corps. Le spectateur s’attache au jeune et brillant psychiatre suisse, le voit adopter cette nouvelle méthode autrichienne et suit les transformations que cette analyse de la psyché amène dans sa vie et celle de sa patiente. Leur relations évoluent, une douce perversion et un érotisme latent envahissent la vie intègre et protestante du médecin tandis qu’il partage avec son mentor viennois les progrès indéniables de sa belle hystérique, aux pulsions sadomasochistes.

De manière très théâtrale – le cinéaste perd de son rythme dans quelques échanges de lettres ou quelques discussions longuettes -, Cronenberg expose à la fois le trouble qui lie thérapeute et malade et celui qui se créée entre Freud, figure tutélaire et père de la psychanalyse, et Jung, héritier trop brillant et trop novateur. Le réalisateur montre le coup de foudre intellectuel que Carl Gustav Jung subit et sa déception grandissante, devant le refus de Freud à se remettre en cause, son intolérance aux initiatives théoriques de son protégé, sa volonté à n’utiliser exclusivement que le sexe comme étalon. La fracture qui, s’élargissant, finira par les séparer prend plusieurs formes, dont celle notable du très libertaire Otto Gross (Vincent Cassel), mais l’un de ses visages fondamentaux est celui de Mlle Spielrein.

Parfois un cigare n'est qu'un cigare.

Le film, par la densité de ses thématiques, par le talent de ses interprètes et celui de son réalisateur offre de nombreuses pistes de réflexion et pour quelqu’un qui s’intéresse un peu à la psychanalyse et à son histoire, il peut même devenir tout à fait fascinant. Ce n’est pourtant pas totalement emballé que je suis sorti de la salle de cinéma. Cronenberg ne réussit pas aussi parfaitement que dans ses derniers films à maintenir une tension dramatique suffisante pour que l’esprit ne vagabonde pas çà ou là, et quelques scènes superbes ne font pas oublier quelques autres de moindre intérêt, conventionnelles et bavardes. La femme de Jung est par exemple traitée de manière bien mécanique et superficielle.

Ajoutons que Mlle Knightley n’est peut-être pas l’actrice la plus adéquate pour incarner Mlle Spielrein. Son interprétation de l’hystérie, dont elle n’a en rien à rougir, est si classique que l’on ne peut s’empêcher de voir l’actrice derrière le personnage, de plus, lorsque dans la deuxième partie du film elle finit par séduire son thérapeute, on ne peut s’empêcher de tiquer car si ses charmes physiques vont de soi, elle n’incarne pas le brio intellectuel, la puissance d’innovation et de perception qu’a eu par la suite la vraie Dr. Spielrein. Ayant la chance de partager mon quotidien avec plus d’un docteur, Miss J. – pardon ! Dr. J. – peut en témoigner, il faut plus qu’une jolie plastique pour convaincre un jury de thèse, même si cela peut aider.

La fameuse relation privilégiée entre patient et thérapeute

Enfin, et là, M. Cronenberg n’y peut rien, nous avions notre propre hystérique dans la salle. Il fut en conséquence complexe de se laisser pleinement emporter par le film, quand après une vingtaine de minute, un homme s’est levé du premier rang a remonté les rangées du cinéma, s’est arrêté au dernier rang et s’est mis à insulter ce film “bouffon, de bouffons, pour les bouffons”, avant d’aller tenter, en vain, de se disputer avec un couple assis trois rangs plus bas, pour s’asseoir ensuite en milieu de salle attendre une vingtaine de minute se mettre à maugréer et vitupérer comme s’il avait un chat possédé dans la gorge et que l’exorcisme prenait effet, pour finalement aller se repositionner au premier rang et attendre la fin du film pour reprendre son délire.

Ce peut être troublant.

Mais, somme toute, malgré toutes ces imperfections, intérieures ou externes au film, A Dangerous Method intéresse, stimule et, comme l’écrivait M. J.M. dans son top 10, offre des émotions intenses, en rien négligeables. La partition est classique, mais elle belle, puissiez-vous y être sensible.

En résumé : Quand Jung se met à la psychanalyse d’une jeune russe hystérique, la tension sexuelle est palpable. Un drame très visible sur les difficultés de se lancer dans la psychothérapie. 

I had been really looking forward to watching David Cronenberg’s latest production, A Dangerous Method. It’s a sleek drama tracing six years of Carl Jung’s early psychoanalytic career (Michael Fassbender), his doomed correspondences with his father figure Freud (Viggo Mortensen) and, most spectacularly, his affair with his own patient, Sabina Spielrein (Keira Knightley), a classically hysterical, brilliant Russian chosen by Jung as a guinea pig for psychoanalysis. Her treatment goes splendidly, if by splendidly one means a dramatic reduction in hysteria accompanied by explosive patient-doctor sexual tension.

Fassbinder’s performance as Jung was somewhat mesmerizing, although perhaps I was just goggle-eyed with astonishment that this could be the same person who’d starred in Shame. While it feels as though some actors insert a similar persona into whatever film they star in, Fassbinder here was startlingly different and conveys Jung’s dilemmas and obsessions with panache. We see Jung struggle between admiration and frustration with Freud’s inflexibility regarding the limits of psychoanalysis. Jung grows a tad tired with Freud’s fixation on sexuality as the motor of the unconscious, while Freud grows exasperated with Jung’s preoccupations with synchronicity and the realm of the spiritual and the symbolic.

Just another Jungian psychoanalysis session

The film feels brittle at times, as if handled with kid gloves – there seems to be a reticence to step away from a clipped, almost antiseptic representation of the story. Its carefully stylised, costume drama elements feel overbearing at times. The violence of the characters’ emotions is kept hemmed back and largely ‘stuffed away’. In some ways this is quite fitting, as it allows for a sense of diffuse foreboding to seep into the whole fabric of the film, rather like a difficult-to-pin-down neurosis. Overall however I found it pretty riveting viewing, especially in terms of its explorations of two brilliant frontrunners of a new treatment philosophy feeling their way forward, all whilst grappling with their own desires, egos and delusions.

As Monsieur D. has already reported, we were also ‘treated’ to our very own nutter in the cinema where we saw the film – an appropriate film for it to happen – we got shouting, ranting, rambling about the cinema, strange gagging noises, and eventually, mercifully, relative periods of peace and quiet. It would have been good to see what Jung and company would have made of it.

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Une nuit

In a nutshell: A cop (Roschdy Zem), who might be corrupted, and his rookie partner/driver (Sara Forestier) spend the night going around Paris’ after-hour joints and nightclubs. A low key and modest yet engaging film noir.

C’est plutôt solitaire et triste une ville la nuit, en tout cas pour le taciturne commandant Weiss, un policier de la brigade mondaine (charismatique Roschdy Zem) faisant le tour de son territoire, Paris et ses bars, ses boîtes, ses lieux de perdition. D’autant plus que l’homme est sous la surveillance de l’IGS (l’inspection générale des services), et les boeufs carottes veulent le faire tomber pour corruption. L’est-il ou non, corrompu, le spectateur le découvre doucement en même temps que son chauffeur/partenaire d’une nuit, la brigadier débutante Laurence Deray (L. Deray pour nos amis gastronomes), interprétée par une Sara Forestier – Dieu merci – presque muette.

Le seul choix discutable de film sombre et félin, épais comme de la crème.

Pour jouer un instant au sémioticien, l’affiche ci-dessus vous décrit bien le film, les lumières festives du Paris nocturne sont extérieures à la concentration renfrognée de Weiss (dont le nom est également parlant, blancheur allemande à la lecture, devenant vice anglais une fois prononcé), statique malgré l’arrondi du pare-brise qui indique la voiture et donc le déplacement, ainsi que, peut-être, un rappel discret au scaphandre des astronautes et à leur solitude tandis qu’ils flottent dans l’espace glacé. Et cette balade séduit car le travail de Philippe Lefebvre refuse tout spectaculaire pour se concentrer sur la réalité d’un travail de police indispensable et peu évident.

Tandis que s’esquisse une guerre de territoire feutrée entre deux propriétaires de boîtes de nuit, l’ambigu n°1, Tony Garcia (Samuel Le Bihan), et son gourmand et peu honnête dauphin, Jo Linder (Jean-Pierre Martins), Weiss, chargé par sa fonction de décider qui ouvre et ferme tout établissement à Paris, se voit instrumentalisé par les deux clans. Un piège se referme tandis que l’on comprend que le dangereux métier de la Mondaine est de sans cesse flotter entre deux eaux, participant à un ballet d’échanges de services et renseignements qui construisent une réputation, préparent un coup ou défont une vie. Pas de coups de feu dans ce film, mais une chasse aux informations utiles, ce qui crée une tension discrète mais bien réelle, rappelant les plus belles heures du cinéma policier des années 1970.

Flic de la vieille école, voyou "new school", va y avoir distribution de mandales francophiles

Même si les qualités de ce long métrage, hésitant entre téléfilm, documentaire et esthétique assumée de film de genre, sont moindres que leurs augustes modèles, on ne peut s’empêcher de penser à Melville et de manière plus contemporaine à Michael Mann et John Gray. Roschdy Zem est un admirable héros melvillien, (presque) aussi magnétique que Delon dans le Samouraï, le scénario évoque les tensions d’appartenance et la fatalité chères à Gray, et, sans sa maestria visuelle, ni sa force dramatique, Une nuit s’inscrit pleinement dans la lignée de Collateral. Néanmoins, cette modestie ne nuit pas au projet, et l’excitation et l’inquiétude sourdent de ce joli film d’atmosphère, rehaussé par la bande originale très lynchéenne d’Olivier Florio. Lefebvre propose un très intéressant portrait-métaphore d’un service de police dans un état transitoire, à la limite de l’anxiogène, au travers de son héros, témoin privilégié d’un milieu vénéneux, aux frontières poreuses.

Il y a donc de quoi se réjouir, car, s’ajoutant à d’autres succès, nombre d’entre eux chroniqués ces derniers mois sur ce site, Une Nuit participe à la renaissance d’un cinéma français de qualité, populaire et varié. 2012 s’annonce bien.

En résumé :  Un polar de qualité sur les difficultés d’éviter la corruption au sein de la brigade mondaine.

I don’t know if I was just having a bad day, but I had a really terrible time with the French in this film – in fact, the worst time I can remember having with it since about 2001! Truly baffling. Short, clipped dialogue kept machine-gunning out of the characters’ mouths, and I was left perplexed, replaying the gargled series of noises I’d just heard over and over in my mind,  getting no closer to understanding what on earth was happening. If it had not been for Monsieur D. kindly whispering a synopsis update into my ear every few minutes or so, I would have been completely, utterly lost throughout the entire sorry affair.

Luckily, though, I was lucky enough to have a decent summary and after about half an hour, I was finally on my way to working things out for myself – or at least, enough to have half a chance at enjoying myself. Une nuit is a very decent thriller starring Roschdy Zem as Weiss, a member of the Parisian vice squad who is himself under scrutiny for corruption. We get to follow Weiss  as he does his rounds through the night, driven by a wide-eyed Laurence Deray (Sara Forestier), who is new to the assignment.

Insert edgy and utterly incomprehensible dialogue here

For an ‘alternative’ tour of Paris by night, you could do a lot worse than this film, which zips around just about every area of Paris as Weiss tries to extract information, call in favours, and has the odd shot or three. Although we find out that his close friendship with Paris’ number one nightclub owner has brought about more than a few conflicts of interest,  the overall impression is that he has little choice but to operate as he does – the job simply isn’t doable without concocting a web of favours and obligations with the main players in the Parisian nightlife scene. Overall it makes for an edgy, rewarding watch, although I must admit I would have killed for some subtitles.

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The Tree of Life

In a nutshell: Some movies of 2011 have been seen and are still awaiting their reviews. Brace yourself, here comes the Palme d’or, no less, the both sublime and embarrassing latest work of the legendary Terrence Malick: The Tree of Life.

Le temps passe, le temps passe et on ne sait quand écrire. Certains films nous ont échappé avant le 1er janvier, shame on us, mais nous allons essayer de rattraper notre retard. A l’instar des deux ou trois précédentes critiques de votre serviteur, il va y avoir du mou dans la corde mais n’écrit-on pas dans les saints hadiths que selon le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) les actions doivent être d’abord jugés par leurs intentions. Alors, Terrence, cher Maître, accroche-toi à ta palme, pas sûr que tu reconnaisses ton film, l’un des plus saillants, des plus médiatisés de l’année tout juste passée.

La grâce ! (La volonté de puissance viendra plus tard).

Deux proches dont je respecte l’opinion et le goût, bref des êtres d’élite tout comme vous chère lectrice (et vous un peu aussi ami lecteur) ressortirent chacun de leur côté tellement enchantés de The Tree of Life qu’il eût fallu être bien sot pour ne pas se sentir intrigué. C’est accompagné de la première d’entre eux, partante pour une nouvelle séance, que nous allâmes, Miss J. et moi, nous confronter à la Palme d’or cannoise de l’année 2011.

Emerveillement et déception devant cette imposante (ronflante?) fresque familiale et universelle aux accents grandioses. Malick, virtuose de l’image, propose des séquences époustouflantes de beauté, mais en choisissant un récit éclaté et un ton de prêcheur susurrant. Il dilue sa poésie dans un mysticisme alambiqué et une non-narration terriblement longue. J’ai donc été tout d’abord renversé par sa sublime ouverture, si magique, si magnifique que j’ai tout aimé jusqu’aux dinosaures – car il y a brièvement des dinosaures, dont un magnanime -, pour ensuite être assez agacé par les chuchotements pénibles de Sean Penn et la lourdeur philosophique un rien absconse de la métaphore malickienne.

Etre Sean Penn : un destin

L’homme (ici un jeune garçon qui deviendra Sean Penn, il y a pire destin) y doit, après la mort de l’un de ses deux frères, trouver le juste milieu entre nature et culture, grâce et volonté de puissance, paix et violence, mère (Jessica Chastain à tomber de beauté) et père (Brad Pitt, intense et magnétique) sur une musique classique tonitruante (dont le Lacrimosa de Preisner). Le réalisateur pour ce faire revient à la création du monde afin de nous aider à mieux comprendre que ces deux forces s’affrontent depuis toujours. Et je vous rappelle que dans la tradition judéo-chrétienne, ce genre de création prend bien six jours, et c’est ce que vous ressentez dans votre fauteuil. C’est monumental, entre les hauteurs de l’Everest et le pompier d’un buste mussolinien.

Toute réaction est compréhensible pour ce film, de l’enthousiasme le plus absolu (sans doute lié à la déshydratation tant c’est long) jusqu’à la détestation la plus totale (peut-être lié au bail qu’on vous oblige à signer à l’entrée) car on y trouve de tout, moments embarrassants comme instants glorieux. Panache d’un projet original et ennui devant une baudruche métaphysique esthétisante … déception et émerveillement. Pour moi le premier sentiment prima sur le second, je le déplore mais espère, espère, sans doute un peu en vain, d’autres Moissons du Ciel et que Malick le funambule reste sur sa Thin Red Line plutôt que de chuter dans le Nouveau Monde d’un Thoreau pour les snobs ou d’un Heidegger pour les nuls.

En résumé :  Ce film de Terrence Malick m’a laissée complètement froide.

Terrence Malick’s Tree of Life pretty much polarized critics at Cannes last year, where it won the Palme d’or. There were boos and cheers in equal measure after the screening, and we were certainly intrigued to go and find out what all the fuss was about. I’m afraid I was one of the people who really couldn’t understand what the point of the whole ridiculously long venture was. Some kind of overarching metaphysical directorial ambition was at stake apparently, but all I can (vaguely) remember was a grating narratorial whisper, some spectacular but gradually tiresome cinematography, and some characters (Brad Pitt et al) struggling to come to terms with small to giant sized disappointments in their lives. I’m happy for anyone who did find it momentous and stirring cinema, however.

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Sherlock Holmes, a game of shadows

In a nutshell: Mlle L. is now in New Zealand and she found the close to perfect movie theatre. In it, she had the immense joy of watching an entertaining popcorn movie, which has not so much to do with Sherlock Holmes, but a lot with a fun time. To enjoy with a slice of your favorite quiche.

Depuis la Nouvelle Zélande, où poussent conjointement le rigolo kiwi poilu, les arbres bizarres et les insupportables films, pleins d’effets numériques qui me collent la migraine, du fatiguant Peter Jackson, voici la critique de Sherlock Holmes, a game of shadows – laudative je vous le dis d’avance, car les conditions de visionnage ayant été absolument délicieuses, les qualités intrinsèques du film me sont apparues décuplées.

Et pourtant je suis en règle générale hostile d’avance aux suites – pièges à nigauds et réchauffage fadasse d’un succès passé; je suis également, et par nature, irrémédiablement hostile à Jude Law, qui m’agace, m’agace, m’agace, sans raisons car il est plutôt bon, cet acteur, c’est du délit de faciès, je l’admets mais ça ne change rien, Jude Law, il m’agace, voilà.

Bien. Et puis il y eut ma découverte récente et accablante que Robert Downey Junior, à qui, du fait de la qualité de son jeu d’acteur, je prêtais a priori un intellect supérieur et une culture exquise, la découverte, donc, que Robert Downey Junior s’avère en fait être un gros simplet, comme malheureusement tant d’excellents acteurs. Et puis sans blague, je ne suis pas non plus fan de Guy Ritchie, faut pas me prendre pour une quiche plus que de raison.

Après la lecture de ces lignes sévères, Jude est agacé et Robert a commandé une collation.

Alors autant vous dire que les Nouvelles aventures de Sherlock Holmes, je n’y allais pas en me disant que ce serait le film de l’année 2012.

Et en fait… La chose est séduisante par bien des aspects, tant il devient rare de tomber de nos jours sur des grandes productions vraiment réussies.

Certes, le cinéma lui-même était absolument délicieux, rococo rétro et hallucinamment confortable, avec un café luxueux et une sélection de nourritures que je n’hésiterai pas à qualifier de célestes. Des fauteuils énormes, un écran neuf, pas de pubs (relisez: PAS DE PUBS), le prix des  billets très abordable et le son à un volume raisonnable, c’est à dire pas hurlant de toutes ses baffles pour couvrir le raffut ahurissant de post-ados accros à leurs iphones à la con en fond de salle. Un délice total. Ce cinéma s’appelle l’Empire Island Bay, et si un jour vous passez par Wellington, Nouvelle Zélande, allez-y, et prenez une tarte salée à leur café.

Un cinéma qui ne vous prend pas pour une quiche et vous offre de délicieuses tartes salées (ainsi qu'à Robert).

Donc l’expérience fut grandement améliorée. Reste que cette resucée Sherlockienne est en elle-même porteuse d’indéniables qualités, telles qu’un scénario qui, s’il ressemble à celui du premier volet dans les libertés prises vis-à-vis des personnages originaux, se révèle distrayant, surprenant de crédibilité (surtout comparé aux errements de Jonah Hex, rappelez vous, Malkovitch manufacturant de la destruction massive et me donnant envie de faire de même…) et efficace dans son habile dosage “surprises totalement inattendues / confortable routine prévisible”. Un équilibre difficile à achever, et pourtant atteint ici, je ne vous dirai rien de plus pour ne pas vendre la mèche, mais les personnages s’en prennent plein le nez, et certains se font même rayer de la carte sans ménagement. Hehehe.

Les images sont fort plaisantes, l’usage du numérique devient de plus en plus raisonnable, et mieux incorporé au reste du film que dans le volet précédent: ici les décors “tournés sur fond vert” se font habilement oublier, les plus extravagants, au lieu de vous jeter leur insupportable milliard de pixels à la face, ne rappelant au pire que les “matte paintings” des grandes décennies du cinema. Effort que j’apprécie au delà de toute expression. Ici, la débauche financière paie, et même se justifie, tant il est visible à l’écran que presque chaque dollar a été investi dans le concret au lieu de partir dans le vortex magique de Hollywood, où pour 30 millions de dollars vous obtenez en général une daube qui peinerait à justifier un budget total de 6000 euros.

Sherlock n'enquête pourtant pas ici sur une affaire de vol.

En un mot comme en 25 000 – ma résolution de nouvel an était d’être moins verbeuse, c’est un cinglant échec – Sherlock Holmes s’avère être un très agréable film, de belle et bonne facture, au dosage juste, pas dépourvu d’intelligence, certes commercial, mais parvenant à vous le faire agréablement oublier.

Alors rien que pour savourer un film sans placement de produit (“Wow, Captain America, you must be thirsty after winning the war! Would you care for a glass of Diet Pepsi?”), un film où le héros ne grimpe pas constamment le long de buildings de synthèse à 6 milliards de pixels / pouce, un film où vous aurez la joie immense d’entendre la musique de Two Mules for Sister Sara (Sierra Torride, Clint Eastwood et Shirley McLaine; réalisation Don Siegel) lors d’une séquence clin d’oeil éminemment jouissive, bref un film qui a su faire bon usage de son budget démesuré et qui parvient à vous offrir une grande production, au lieu d’une grosse daube, allez voir les aventures grandiloquentes de cet étrange Sherlock Holmes. Les défauts en sont minimes, et les qualités particulièrement nombreuses et précieuses, à notre époque; à condition de faire abstraction de ce que nos lectures de Sir Arthur Conan Doyle nous ont appris de Sherlock Holmes, le vrai – une licence cinématographique sur laquelle je ne trouve personnellement rien à redire, Peter Cushing à son époque incarnant déjà, dans un autre genre, un Sherlock qui n’avait que peu de rapport avec l’original.

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