Monthly Archives: September 2012

La Vie sans Principe (Dyut Meng Gam)

In a nutshell: Is greed good? Johnnie To’s answer to Oliver Stone’s Wall Street or today’s economic crisis might surprise you. It’s been a while since I saw this one, but it was such an excellent movie that it’d be a shame not to briefly talk about it. 

Toujours prolifique, toujours habile, mieux élégant, Johnnie To revient avec peut-être son meilleur film depuis son diptyque, Election 1 et 2,que vous trouverez facilement en DVD si, inattentif, vous l’aviez manqué il y a quelques années. Moins ouvertement violent qu’à son habitude, To range les flingues pour préférer les calculettes, plus silencieuses et dangereuses. Virtuose, il mêle trois histoires alors que Hong-Kong est frappée par la crise financière “grecque”. Celle d’un couple composé d’un policier stoïque (Richie Ren), plus confortable face aux triades qu’à sa femme (Myolie Wu), qui voudrait acheter un appartement avant que les prix ne grimpent trop. Celle de gangsters, en particulier Panthère (Ching-Wan Lau), qui découvrent que la haute finance est plus rentable que le traditionnel racket. Enfin, celle d’une employée de banque sous pression (Denise Ho), obligée de se compromettre si elle souhaite garder son poste ; sa directrice veut du résultat.

Une fois encore, le cinéma hong-kongais frappe un grand coup

“Je voulais montrer la banque de l’intérieur, explique le réalisateur hong-kongais à propos de La Vie sans Principe, en filmant une de ses employés. Car le plus grand problème de la crise économique mondiale, ce sont les banques. Elles ont perdu leurs identités. Quand j’étais enfant c’était des endroits sûrs qui protégeaient votre argent…. Désormais les banques sont dangereuses (…) Nous vivons dans un monde turbulent. Pour survivre, les gens n’ont pas d’autres choix que de jouer. Peu importe combien de temps vous parvenez à suivre les règles, tôt ou tard, une partie d’entre vous seront perdus”.

Dans ce style fluide et prenant qui est sa marque de fabrique, aidé d’acteurs que M. To affectionne (M. Lau par exemple en est à son 8ème film avec lui), le réalisateur joue en maître avec nos attentes. Dynamisme, brillance technique, humour noir, pertinence de l’étude sociale, il n’y a (presque – c’est un peu démonstratif -) rien à jeter. Alors fans de polars et milieux mafieux, observateurs de bulles financières et immobilières, ou dénonciateurs du secteur bancaire, mais surtout cinéphiles, précipitez-vous !

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Ruby Sparks – Elle s’appelle Ruby

In a nutshell: If Ruby Sparks, Mlle L. – our own Little Miss Sunshine – explodes. One could say she didn’t like the movie, it’d be kind. Calvin (Paul Dano) creates out of his writing the perfect girlfriend (and no it’s not Hobbes, it’s Zoe Kazan). Problems and happiness ensue. It seems than rather than being Stranger Than Fiction with insightful gender politics, Dayton and Faris’s movie is more a hipster La fille de papier by Guillaume Musso or a posh episode of Weird Science, John Hughes’ movie being definitely out of Ruby’s reach. Harsh!

Nous avions des places de cinéma gratuites; une amie (que je ne nommerai pas et à qui je promets qu’elle reste malgré tout une amie) avait aimé Little Miss Sunshine et nous fit part de son envie d’aller par conséquent voir Ruby Sparks. Cela semblait être une bonne idée, nous avons donc suivi le mouvement.

Nous sommes venues.

Nous avons vu.

Nous avons toutes cru crever tellement c’était nul.

Mlle L. et ses amies sont désormais un rien colère. Autrement dit, ça va faire mal!

Unanimité totale à la sortie: Elle s’appelle Ruby est une telle daube que malgré nos différences de goût parfois prononcées, nous avons toutes conclu que nous aurions mille fois, cent mille fois mieux fait d’aller voir American Pie 8 – Concours de pets dans les dortoirs, plutôt que ce film ni fait ni à faire, bâclé d’un bout à l’autre, et qui transpire la prétention branchouille par tous les pores.

Ruby Sparks, ça pourrait être le court métrage de fin de première année d’un des élèves les moins doués et les plus arrogants de la FEMIS – malheureusement ça dure 1h40. Tout y est prévisible, téléphoné, ridicule à force d’auto-satisfaction et d’onanisme pitoyable. Accablant.

J’explique: le film s’ouvre sur une image qui rappelle les plus grandes heures de la pub pour parfum ringarde – contre jour, couleurs dorées, musique nulle. A la différence qu’au lieu de Charlize Theron ou Laetitia Casta, la fille au centre de l’écran a l’air d’être un vilain boudin, et qu’elle est en prime dotée d’une des voix les plus insupportables de l’univers (dans le genre Mira Sorvino dans Mighty Aphrodite). Voix avec laquelle, je vous le dis tout de suite, elle va faire résonner son vocabulaire de 40 mots maximum: “What? Oh my God! That’s so cool. You’re such a loser. It’s amazing! I love it so much. I can’t believe you. Darn! You’re too much. I feel like I’m trapped. You know?” Voilà, vous avez ici l’intégralité des dialogues de Ruby – répétez à volonté pendant 105 minutes et traduisez parfois en français ; bravo, vous êtes désormais scénariste, que dis-je, écrivain.

Un calvaire s’annonce au fur et à mesure que le scénario se fait jour et que les acteurs apparaissent à l’écran.

Le héros, Calvin, est un écrivain trop méga sensible, genre il écrit des trucs qui sont trop cool, tu vois, genre trop bien (ai-je besoin de le préciser, Ruby Sparks s’adresse à un public qui aura plutôt tendance à lire Cosmopolitan et Fifty Shades of Grey que Tolstoï et Victor Hugo). Et en plus, genre c’est trop incroyable tellement c’est un génie le mec, il est à peine sorti de l’adolescence et il est grave trop pas sûr de lui, tu vois, genre timide choupinou trop cool. Très clairement, toute personne normale aura très rapidement envie de lui taper dessus à coup de barre de métal et de lui faire boire de l’élixir Eau Précieuse jusqu’à ce que mort s’ensuive, à cet insupportable abruti – joué avec le talent d’une brique par Paul Dano, qui pendant tout le film oblige ses sourcils à pointer vers le haut, ce qui lui confère une expression de niais souffreteux et surpris qui vous transformera à coup sûr en tueur sanguinaire.

“Mlle L. est après moi et … j’ai peur!”

Or, cet écrivain post-adolescent talentueux et peu sûr de lui ne parvient pas à se trouver de petite copine. Oui, car c’est bien connu: tous les grands auteurs de la littérature contemporaine à la sensibilité exacerbée se torturent avec des angoisses existentielles de poids, telles que “quand est ce que je vais pécho de la meuf ?”.

Rassurez-vous, notre sympathique héros va rapidement parvenir à pécho de la gazelle, justement en la personne de Ruby, jeune fille en fleur née de sa plume (non, d’ailleurs, de son insupportable machine-à-écrire-vintage-pour-faire-rétro-vachement-cool-tu-vois) et que son esprit et son désir finissent par concrétiser.

“Moi, dans la vie, j’aime les culottes rayées, les céréales et être concrète”

Oui, ça rappelle tellement La Rose Pourpre du Caire que ça pue le plagiat, mais on ne peut en vouloir à Zoé Kazan, auteur et interprète de cette grosse daube pourriecette bluette pour crétins, ce film. Car lorsqu’on la voit, on comprend immédiatement que Zoé Kazan n’est rien d’autre qu’une gourde décérébrée, et les accusations de plagiat en deviennent tristement risibles: car pour plagier quelque chose il faut d’abord l’avoir lu ou vu, c’est à dire avoir un minimum de culture, et ça, cette pauvre fille en est bien incapable. Ah, oui, précisons : Zoé Kazan joue Ruby, cette jeune fille idéale dont chacun tombe trop méga grave amoureux au premier regard – autrement dit, un boudin pleurnichard et inculte.

Femmes de tous les horizons, au lieu d’essayer d’être pleines d’esprit, marrantes, indépendantes, pas chiantes, modestes, cultivées mais pas pédantes, etc etc etc, écoutez Zoé Kazan: sachez que pour être irrésistible il suffit en fait de pleurnicher sur votre sort avec une voix de clarinette souffreteuse, d’avoir un gros pif rougeaud et des ongles rongés, et d’affirmer haut et fort que vous n’avez jamais ouvert un livre de votre vie.

Mais pourtant j’aime La Fille de Papier de Guillaume Musso

Je pense que vous avez saisi les grandes lignes de cette torture cinématographique, je m’autorise donc désormais à abréger: cadrages minables, montage scandaleux d’amateurisme, photo sans intérêt, le tout gorgé d’une prétention démonstrative qui rappelle les meilleurs moments des bobos s’essayant à la “photographie lifestyle avec instagram”. La bande originale vous donne envie de vous crever les tympans avec une aiguille à tricoter, car afin de bien montrer qu’il est maxi branché trop cool, les réalisateurs (oui, ils sont deux) ont fait le choix de passer un nombre parfaitement odieux et superfétatoire de chansons pop françaises rétro ou des années 1980 (que j’aurais plutôt tendance à affectionner au départ, mais dans ce contexte, ça vous donne envie de lapider Plastic Bertrand).

Les dialogues sont d’une pauvreté intolérable, les situations sont aussi prévisibles que répétitives et caricaturales, les personnages sont creux … On atteint les affres de la colère face au gâchis qui est fait des apparitions de Steve Coogan – l’acteur livre, comme à son habitude, une excellent performance, mais son personnage est inexistant, inutile, pas exploité. C’est d’ailleurs le cas d’à peu près tous les rôles de cette horripilante catastrophe cinématographique : si aberrant que cela paraisse, il n’y a jamais aucune interaction entre les protagonistes de Ruby Sparks ; chacun joue (mal) pour lui-même et les personnages n’ont, jamais, aucune réalité ni aucun intérêt. Pareil pour Eliott Gould dans le rôle du psychiatre. On est certes content de revoir l’ami Eliott, mais son personnage n’a aucune raison d’être. Et on réalise ainsi avec une bonne dose d’accablement que chacun des caractères de ce film, des rôles principaux jusqu’au chien très laid en passant par les personnages secondaires et les figurants, pourrait être aisément remplacé par un légume de votre choix (courgette, potiron, topinambours, vous êtes libres), le film en serait inchangé.

“… et Ruby sera désormais une tomate dans ce navet … mmm, I’m onto something”

Spéciale dédicace également à Annette Bening et Antonio Banderas pour leur participation à la séquence-hommage à Mon Beau Père, mes parents et moi (je sais, c’est inattendu, mais leurs personnages sont directement pompés sur ceux de Dustin Hoffman et Barbra Streisand dans cette grosse comédie bébête). Une catastrophe, vous dis-je – on a l’impression de s’être fait kidnapper par les post-ados d’un couple de hipsters prétentieux, et d’être forcés d’assister à leurs discussions logorrhéiques, creuses et arrogantes sur le sens de la vie. Un avant-goût de l’enfer. Il y a même la scène “placement de produit Apple“, que seul l’emploi de gyrophares et de cornes de brume aurait pu rendre plus hippopotamesque.

Je sens que ma pression artérielle est en train d’atteindre son seuil d’alerte pour cause d’agacement, je vais donc arrêter de m’énerver et conclure cette critique avant de faire une rupture d’anévrisme. Clairement, je vous enjoins à ne pas aller voir cette lamentable fiente qu’est Ruby Sparks. Je conseille également aux réalisateurs Jonathan Dayton et Valérie Faris ainsi qu’à l’actrice Zoé Kazan de ne pas se promener seuls dans les parkings sous terrains, car je risque à tout moment de surgir et de leur péter les genoux (métaphoriquement au moins). Et enfin, je vous recommande cette petite vidéo, qui vous donnera une idée de ce à quoi ressemblent les membres de l’équipe de Ruby Sparks : moches, mal sapés, bouffis d’orgueil, ignorants. Mais au moins, cette vidéo ne dure que huit minutes et fait sourire – ce qui n’est vraiment, vraiment pas le cas de Ruby Sparks.

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Le Magasin des Suicides

In a nutshell: Fans of animations will enjoy the artwork and the black and politically incorrect humour, but most moviegoers will probably regret the too numerous morose songs, the flat storyline after wonderful premisses, and weaker last third of this quirky film, clearly not made for the entire family.

Ma lectrice francophone se souvient sans doute du livre de Jean Teulé, l’un de ses plus importants succès de librairie et comprend en conséquence que son univers d’humour noir, de dérision et d’une fantaisie qui n’aurait peut-être pas déplu à Marcel Aymé ait pu séduire Patrice Leconte. L’histoire de cette petite entreprise familiale, les Tuvache, qui prospère sur le malheur des gens et la sinistrose jusqu’à la naissance d’Alan, trop optimiste et joyeux pour ne pas bouleverser la tradition et ses parents Mishima et Lucrèce, permet à notre réalisateur touche-à-tout de revenir à ces premières amours, la bande dessinée (ici en mouvement) et la comédie.

Un nouveau né, normalement, c’est un gigot braillard qui vous pousse à regretter que l’avortement ne soit plus possible. Et bien là, même pas, un ange au sourire redoutable …

Si le premier tiers du film n’est ni trop lourd dans l’humour, ni trop léger dans le propos, les deux tiers suivants marquent le pas et font preuve d’un manque d’inventivité et d’originalité qui pourtant manquent rarement à Leconte. Les morceaux musicaux s’essoufflent ou plutôt se répètent moroses, l’animation s’enraye en proposant notamment quelques images trop fixes, des moments bien saccadés et une répétition de plans dignes des dessins animés japonais de mon enfance et je pense plus Ulysse 31 que Miyazaki. En choisissant en plus une fin heureuse assez molle, Patrice Leconte trahit Teulé mais surtout déçoit car la conclusion mièvre qu’il propose parait très faible en comparaison du monde qu’il évoquait jusqu’alors.

On admirera donc le dessin macabre, aux traits aigus et à la laideur revendiquée, dans la lignée d’un Sylvain Chomet, et l’attention souriante aux détails, parfois délicieusement cocasses, et à l’ambiance douillettement morbide, un peu à la Tim Burton, en regrettant que ce réalisateur quelquefois très inspiré n’ait ici pas réussi à transformer ses personnages caricaturaux en protagonistes complexes et attachants.

En résumé : Vraiment ? Le Magasin des Suicides ne donne pas envie de mourir mais est loin d’être requinquant. Ce film méritait la grâce ou la déchéance, il n’est que moyen, ce qui, en ce cas, est largement insuffisant.

It’s been hard to find anything making for less than grueling viewing lately. You know it’s getting bad when out of three options for the evening, you end up plumping for the one called The Suicide Shop because it actually sounds the least bleak. How so? Well, the trailer for this BD animation promises an irrepressibly joyful kid, who manages to shake up a dystopian Paris so grim that all they do when people take their own lives is to fine them if it’s in a public place.

I decided to trust these premises, expecting that yes, suicide would feature quite heavily, but that it would be couched in  well crafted black humour and as such wind up a pleasantly cathartic watch. It was not. Despite the odd flash of decent comedy, it isn’t up to its own aspirations. The emphasis on suicide was even heavier than anticipated, the characterisation two dimensional, and the plot often weak and lazy in the execution (for want of a better word).

Have a nice day

Worse still, there’s an underlying cloying nostalgia for a mothball-infested, rose-tinted good-old-days France (accordions at the ready), which candidly spurts forth by the end and left me gnawing at the carpet for something a bit more original… please?! It’s some kind of ‘avaricious petit-bourgeois shopkeepers turn almost-good while we chuckle/sneer at them’ scenario rolled out for the umpteenth time, complete with croaky songs, semi-grotesque titillation, and a sense of unfounded pride in the daring explicitness of its handling of the myriad of methods out there to end one’s days. To which I can only offer a slow handclap.

Highly unrecommended, although I’m sure it’ll marinate happily in its own mediocrity, to be followed by more of the same thing just as soon as they can crank it off the conveyor belt, complete with regional sponsorship of some sort or another.

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Starbuck

In a nutshell: A very lovely comedy about fatherhood fueled by the youthful energy of the cast, the talent of Patrick Huard and sweet and poignant moments at the right places. A fertile ground for a film!

Presque un péché que de ne parler qu’aujourd’hui de la pétillante comédie québécoise Starbuck qui évoquera plus pour un Français la chaîne américaine de café que le taureau canadien père de centaine de milliers de veaux grâce aux programmes de reproduction artificielle, pseudonyme choisi par David Wozniak (Patrice Huard) qui, dans sa jeunesse, donnait abondamment son sperme contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Vingt ans plus tard, il apprend à sa grande surprise que sa compagne est enceinte mais surtout qu’il s’avère être le géniteur de 533 enfants dont 142 exigent de le connaître. Peu habitué à assumer grand chose, mais décidé à prendre sa vie en main (à défaut d’autre chose) pour la première fois, Wozniak refuse de révéler son identité mais choisit de devenir l’ange gardien de sa considérable progéniture. Celle-ci voit ainsi surgir un étranger leur manifestant un soutien très inattendu. L’absurdité, voire le ridicule de cette mission est contrebalancée par de très jolis moments tendres qui permettent au réalisateur, Ken Scott, de ne pas perdre la bienveillance de son public.

Et pourquoi la chanson d’Yves Duteil n’explique pas comment prendre 533 enfants par la main?

Servi par une distribution solide, énergique et drôle (Antoine Bertrand … merci!), le film tient toutes ses promesses grâce à Patrick Huard dont l’abattage et le talent permettent de tout défendre jusques aux scènes les moins convaincantes ou les plus machistes. Starbuck, en effet, est une comédie très masculine puisque les personnages féminins n’y apparaissent que de manière secondaire, l’avant-scène étant réservé aux hommes et à leurs réflexions sur la paternité. Wozniak est entouré de modèles paternels variés, de son meilleur ami avocat dépassé, à ses frères en passant par son propre père. Le scénario s’y perd (sans jeu de mot) un peu, confond père et géniteur, et en voulant traiter de nombreux sujets simultanément n’est pas toujours aussi percutant qu’il le pourrait. La fin, presque sirupeuse, pourra en décevoir quelques uns.

Ces maladresses ne comptent guère face aux qualités du film, car l’ensemble est malin, original, ponctué de dialogues astucieux et de scènes très amusantes tirant leur drôlerie de tous les registres de l’humour. Refusant la satire, une trop grande causticité ou un réel sentimentalisme, Ken Scott gomme la plupart des aspérités de son film, ses admirateurs, dont je suis, y verront de la générosité et une volonté de faire une oeuvre populaire de qualité, ses contempteurs y verront une coupable anémie. A vous de juger, mais plutôt que d’attendre l’incontournable remake produit par Spielberg avec Vince Vaughn en vedette, profitez de l’original …

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Wrong

In a nutshell: Is Wrong wrong? Wrong ! Right … A weird story in a very absurd world, “Hipster Extraordinaire” Quentin Dupieux’s latest movie is strangely both infectious and startlingly boring. Odd.

Que faire quand on est un musicien cinéphile doué, amateur de Bunuel et David Lynch (et peut-être Kaufman et Resnais), on s’attelle à Wrong. Après Steak, une parodie déconcertante d’Orange Mécanique (de loin), où le “dernier arrivé est fan de Phil Collins”, et les aventures absurdes d’un pneu amoureux tueur et télépathe dans Rubber, rien de plus logique que de s’attacher au destin contrarié de Dolph dont le chien Paul a disparu. Cette absence oblige le malheureux Dolph (Jack Plotnick) à se confronter à ses étranges voisins et collègues, et à faire la connaissance de personnes plus excentriques encore parmi lesquels Maître Chang (William Fichtner), gourou et auteur de “Ma vie, mon chien, ma force” dont la lecture m’est apparue indispensable à tous les cynophiles.

Dolph et son casoar: à la fois génial et rasoir

Décalé et original, Wrong amuse et séduit par son ton. Volontairement étrange et comiquement absurde le spectateur est par exemple ravi de découvrir que chaque jour Dolph se rend à son bureau, lieu couvert où pourtant il pleut incessamment, et dont il a été renvoyé trois mois auparavant. Chaque événement banal du quotidien (commander une pizza, s’occuper de son jardin) devient un aller simple vers une excentricité souriante ou inquiète. L’inconvénient est que Dupieux n’est pas aussi amusant et étrange que cela. La farce est gentillette, l’argument est mince et le film s’égare souvent quand il ne s’enlise pas. Choisissant une esthétique très hype (film instagram terni, couleurs solaires passées …) et un rythme nonchalant, le réalisateur fait ressentir très vite l’ennui mélancolique des hipsters qui n’auraient pas déplu aux plus désabusés et blasés de nos poètes romantiques.

On se retrouve donc à la fois un peu violenté par une forme de vacuité snobinarde et simultanément enthousiasmé par l’intelligence et l’imagination de Dupieux et la glorieuse fantaisie de ses acteurs. Difficile en conséquence de conseiller vivement ce film, impossible en revanche de ne pas se réjouir qu’il ait été produit et présenté au grand public et ne pas espérer qu’il ait suffisamment de succès pour que Quentin Dupieux poursuive ses aventures dans l’aberrant. Pour les amateurs de farfelu.

En résumé : Un film étonnant, bizarre et souvent ennuyeux, mais pas désagréable.

Hm, this film had a strange effect. As soon as we left the cinema and started discussing Wrong, the details we found ourselves recalling made it sound superlatively amazing – which many critics have indeed claimed. And yet… I spent large chunks of it feeling bored due to its self-consciously slack pace – despite how interesting and original so much of it is.

Quentin Dupieux (Monsieur Oizo) is back with a film featuring a suburbanite, Dolph Springer (Jack Plotnick), who wakes up to find that his dog has gone missing. A catalogue of strange occurrences ensues: his gardener Victor, (French comedian Eric Judor) informs him that the palm tree in his garden has turned into a pine tree. At work, it is pouring with rain indoors, as it does every day. As he starts to gather clues as to the fate of his dog, a chance encounter sparked by a stray pizza shop flier brings the spectacularly sexually direct Emma (Alexis Dziena) into his life. And a particularly strange guru, Master Chang (William Fichtner), shows up and decides to share his pearls of wisdom – and self help books – with Dolph.

“Chapter Three: Whatever”

This is an intricately crafted, surrealistic, yet ultra-leaden piece of cinema. The slack pace and nihilistic tone are clearly deliberate, and its poised layers of creative irony are enough to put anyone’s inner hipster into a state of (discreet) ecstasy. It’s practically an art installation. Sorry though, I really like more narrative momentum and desperately need a brisker pace. I was practically sliding down my seat half the time: events were hovering resplendently in mid air, being ironic all over the place far too much for my unreconstructed story-hound mind. I’d still go and see his next production though. There was so much going on, so much creativity at work that it just had to be watched, dullness and all.

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Monsieur Lazhar

In a nutshell: Though very familiar – maybe slightly too familiar – Monsieur Lazhar never pretends to be anything but a modest grown-up fable, and is indeed a very good one at that. The film respects the complexities and contradictions of grief and raises interesting questions about mentorship and multiculturalism. Sweet and gentle.

Monsieur Lazhar permet à Mohammed Fellag d’interpréter avec sensibilité, générosité et profondeur le rôle d’un immigrant algérien devenant instituteur de remplacement dans une classe montréalaise touchée par le deuil. L’enseignante précédente, aimée de tous, s’est pendue au dessus des bureaux des enfants dont elle avait la charge. Le geste est inexplicable, la directrice dépassée, les parents angoissés, les enfants décontenancés, l’arrivée de Bachir Lazhar, homme calme et modeste, aux méthodes désuètes sera providentielle.

“Et après cet exercice, on jouera au Pendu …”

Récompensé par une pluie de Genies (6), les Césars canadiens, Monsieur Lazhar est une classique comédie dramatique ou plutôt une dramédie humaniste en milieu scolaire. Le réalisateur, Philippe Falardeau a cependant l’intelligence de ne pas (trop) s’appesantir sur une psychologie de comptoir ou des symboles faciles et à se fier à sa distribution où chacun, enfants ou adultes, joue avec sobriété et tact. Fellag en particulier impressionne tant il construit par touche discrète un personnage complexe loin de l’archétype du professeur modèle auquel initialement le film fait songer.

Réflexion intéressante sur le deuil, l’exil, la communication et, paradoxalement dans une moindre mesure, sur l’éducation et l’instruction, Monsieur Lazhar enseigne plus qu’il ne prêche et sait souvent être plus délicat que pathétique. Cette simplicité et ce joli équilibre entre gravité et légèreté permettent de donner une résonance plus forte à un film qui sinon serait trop riche tant la multiplicité des thèmes en impose, voire déborde, très prévisible et presque bien-pensant car les situations sont plus exemplaires que “normales”. Moins naturel qu’Entre les Murs, dans un style plus classique et conventionnel que Detachment, Monsieur Lazhar n’émerveille pas mais touche et affriande comme son gentil héros.

En résumé : Un film sincère, touchant et parfois un poil ennuyeux sur la vie d’un Algérien à Montréal. Il reprend la classe d’une professeure qui s’est pendue dans sa salle de classe. Le travail de reconstruction sera complexe.

Monsieur Lazhar is a Franco-Canadian production set in Montréal, with the accent to go with it. I can therefore only do my best to report back on it – there were various chunks of the French that whooshed straight over my head. It follows an Algerian immigrant, Bashir Lazhar, who deftly replaces a teacher who had hung herself in her own classroom, leaving her pupils more than a tad rattled.

Obviously there are a raft of emotional reactions to work through, and Lazhar takes a far stricter, old school approach to teaching than the rest of his colleagues. And of course, we are treated to the failsafe message that it’s less how you teach, and more how you convey that you care to your students, that matters. There’s more to Lazhar than meets the eye, however, and it’s as much a film about loss and adaptation through forced migration than another Entre les murs, or even Detachment.

Chalking it up

The pace slackens quite frequently and there’s something of a made-for-TV feel to the proceedings. But there’s also a dignity and elegance that echoes the film’s origins in the theatre. And any film that explores teaching and the role of education from a sympathetic and sensible perspective is already is already well on its way into my good books.

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Le Capital

In a nutshell: Mme BP comes back for seconds. She’s seen a preview of Costa Gavras latest movie, Le Capital, that we should be able to see mid-November. Adapted from Stéphane Osmont’s book, the movie follows the fall of a youngish CEO (think Jean-Marie Messier) of a major European investment bank, cynically clinging to power, as an American hedge fund company tries to buy them out. It should have been biting, raw and cruel, but is unfortunately only mostly disappointing.

Une avant première du dernier film de Costa Gavras, en présence du réalisateur, c’est plutôt excitant surtout quand je me rappelle ses premiers films, que je porte au pinacle d’un cinéma puissant et politiquement engagé. Mais c’était une autre époque, la façon dont il racontait les histoires en prise avec la réalité était nouvelle. Il défendait des causes qui m’étaient chères  et même si les caractères étaient un peu trop manichéens, cela marchait bien. Autant dire que je me réjouissais de la chance que nous allions avoir de découvrir ce film, que, selon le réalisateur lui même, bien peu de gens avaient vu en dehors de quelques festivals.

Un festival Elmaleh … malheureusement peu convaincant

Le scénario est tiré d’un livre homonyme, Le Capital, écrit sous pseudonyme par un énarque caustique, Stéphane Osmont. Clin d’oeil à Marx, tout à l’intérieur de l’ouvrage tourne autour du pouvoir de l’argent. Le conseiller (Gad Elmaleh) du président (Daniel Mesguisch) de la grande banque d’investissement Phénix, est nommée C.E.O. à la place de son patron quand un AVC prive ce dernier de certaines capacités. Il est choisi malgré les réticences du conseil d’administration, parce qu’il est l’assistant du président qui pense pouvoir en faire une marionnette.  Mais ce nouveau dirigeant se révèle bientôt beaucoup moins potiche que souhaité et, bien sûr, est alors en butte à l’hostilité générale cachée de tous les membres du conseil. Il n’obtient d’aide que de l’actionnaire américain qui a une minorité de blocage (Gabriel Byrne), aide qui n’est qu’une stratégie de conquête de la banque.

Le motif du film s’effiloche rapidement et la déception croit à mesure que l’histoire se déroule. Le film collectionne tellement d’invraisemblances de caractères et de défauts de structures qu’on en vient très vite à regretter Margin Call, remarquable film sur un sujet similaire. La distribution est inconstante et le rôle principal mal tenu. Gad Elmaleh n’est pas vraiment crédible en contre emploi qui pourtant pouvait paraître à sa mesure. Autoritaire, même impérieux, il se fait pourtant manœuvrer comme le dernier des niais. Ajoutons à cette bizarrerie une énigme, Costa Gavras introduit une mannequin et prostituée (ravissante), qui séduit l’homme d’affaire et le rackette sans qu’un rapport quelconque avec l’intrigue n’apparaisse. Quelques scènes violentes de sexes y compris un viol ne nous rendent pas la situation plus claire.

Avoir le front d’être critique, c’est tout l’art de Mme BP

La démonstration sur le pouvoir de l’argent et l’attraction que celui-ci représente est extrêmement caricaturale. Tous les personnages sont au mieux manichéens et le plus souvent grotesques tant leurs traits sont grossiers. Les personnages féminins font de la figuration à l’exception notable de la jeune analyste (Céline Sallette superbe) qui, gentillle dea ex machina, finira par comprendre et expliquer la machination à son patron, ce qui lui permettra de s’en sortir. Cette dernière scène, triomphe de Gad Elmaleh, est d’ailleurs puérile et détruit sans retour les impressions  positives qu’on pouvait avoir sauvées de ce naufrage.

La salle était pleine d’amoureux de Costa Gavras, mais malgré leur admiration et le verre de champagne à la sortie, les commentaires n’étaient pas très élogieux. Du “film de trop” au “si seulement il avait eu un scénario”, on entendait surtout des commentaires navrés. Les premiers films de Costa Gavras nous incitaient à la résistance et à l’action pour un monde meilleur. Celui-ci nous fait comprendre qu’il n’y a rien à faire, que nous sommes aux mains de gens qui jouent entre eux à un jeu auquel nous ne pouvons participer quels que soient nos efforts. Jeu mortel pour nous et, finalement, pour eux aussi, celui-ci nous laisse dans l’attente désespérée  que “tout pète”, mot final énoncé par ce cynique C.E.O. dans la dernière image de ce film décevant. Triste.

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The Bourne Legacy (Jason Bourne: L’Héritage)

In a nutshell: The Bourne Legacy is watchable, but it doesn’t dazzle. Far from it. The movie’s last hour or so squanders rich narrative possibilities in an incoherently plotted, generically action-packed pile of ineptitude.

Un drôle d’héritage qu’un film qui tente par tous les moyens de lier son arc narratif à celui de la plaisante trilogie portée par Matt Damon. Tony Gilroy, co-scénariste de tous les épisodes et pour la première fois dans la série réalisateur du film, trace sans cesse des parallèles et prend comme référence les aventures de Jason Bourne sans jamais pleinement persuader de la pertinence de ceux-ci. La faute n’est pas à ses acteurs qui interprètent avec conviction leur rôle, Jeremy Renner notamment est un très convenable super-espion, mais bien plus à une incapacité à filmer avec intensité les scènes d’action et à un scénario manquant d’enjeux. Il ne s’agit après tout que d’un junkie en quête de sa dose.

Sans sa dose, c’est le grand sot …

En effet, Aaron Cross (Renner), soldat modifié génétiquement pour accentuer ses dons physiques et intellectuels, se doit de prendre avec régularité des pilules qui lui permettent de préserver ces changements. Malheureusement pour lui le programme secret dont il fait partie, Outcome, est supprimé au sens propre et figuré par un colonel paranoïaque, Eric Byer (Edward Norton), effrayé que l’affaire Jason Bourne n’amène trop d’attention sur les tentatives amorales des services secrets américains à créer des surhommes. En découle une course poursuite entre le vilain et faussement pragmatique Byer, dont la politique de terre brûlée apparaît inique et contre-productive, et Cross qui veut à la fois sauver sa peau et trouver les médicaments qui lui permettront de garder ses dons. Il trouvera très vite sur son chemin la charmante docteure Martha Shearing (Rachel Weisz), quota féminin dont la fonction est surtout d’avoir des yeux de biche effrayée et la lèvre tremblante et pulpeuse. Mlle Weisz s’acquitte avec fraîcheur de cette tâche ingrate.

Knight and Day sans humour, Terminator 2 sans tension, The Bourne Legacy est un film d’action sérieux, énergique mais plutôt froid et assez bancal. Le spectateur se lasse devant une trop bavarde première partie et une conclusion à moto longuette, car il faut un talent que Gilroy n’a pas pour rendre une course poursuite haletante. Les scènes d’action étonnamment éparses sont d’ailleurs peu intéressantes tant Cross est supérieur à ses adversaires simplement humains, et jamais le réalisateur ne réussit à faire croire qu’un risque quelconque ne pèse sur les épaules musculeuses de son héros.

Un avant bras tout aussi musclé que ses épaules et une arrière-garde en marcel

De manière assez nette Gilroy semble s’intéresser bien plus à l’observation d’un monde glacé de secrets, manipulations et luttes intestines pour le pouvoir que la recherche de la vérité et la reconstruction d’un homme au coeur de la trilogie initiale. Aaron Cross connaît son histoire et comprend vite les tenants et aboutissants de la chasse à laquelle il participe malgré lui. Somme toute, le réalisateur concentre bien plus l’attention du spectateur sur la question de la responsabilité ou encore de l’amoralisme et du cynisme nécessaires des lieux de pouvoir soit au travers de personnages qui assument leur part d’ombre et refusent de faire du sentiment (Norton), ceux qui n’y arrivent plus (Renner), ou de ceux qui préfèrent s’abstenir d’y réfléchir (Weisz), que sur le destin de ses protagonistes dont la fin (heureuse) est déjà connue.

Jason Bourne : L’Héritage est en conséquence peut-être le plus maladroitement profond mais le moins marquant des opus de la tétralogie (qui promet de s’agrandir encore au vu de l’épilogue du film), mais grâce aux très beaux paysages, deux ou trois jolies scènes (celle face à un drone agressif par exemple) et à l’abattage des rôles principaux on ne passe, malgré tout, pas un mauvais moment. On se permettra cependant de regretter Paul Greengrass, Matt Damon et la série originelle.

En résumé : Au début je n’ai rien compris à ce film, puis j’ai fini par comprendre qu’il n’y avait pas grande chose à comprendre, et que ce n’était pas bien grave, sauf qu’un peu de scénario aurait quand même fait du bien, en fin de compte. 

The Bourne Legacy launches straight in with the breezy confidence that no one watching could possibly fail to have a clue what’s going on. Even if they had somehow missed the previous three installations, surely they would have taken the time to do a little research before the lights dimmed, right? I mean, even if they had failed to scour every prior detail on IMDB, they would at least have turned to someone else in their group while the previews endlessly rolled to ask, hey guys, can someone quickly bring me up to speed as to what this whole Bourne series has been about, now that they’re on their fourth outing ten years later and I’ve finally showed up for the party?

What do you mean, this is the first you’ve ever heard of us?

Yes, I sighed to myself, that would indeed have been a bright move. And now the music was pumping, Jeremy Renner was scuttling about in the Alaskan snow downing all sorts of dodgy pharmaceutical products, and some hagged FBI bigwigs were stroking their chins, making decisions so monumentally cynical that the weight of a thousand prior events was surely helping the audience to accept it all without throwing their popcorn down in disgust and stalking out the cinema.

I decided my best tactic was to relax, soak it up and hope that the passage of time would bring some clarity. Half an hour in, I decided that wasn’t working and tried to extract some information from Monsieur D in between the pumping music that had been relentlessly telling us since the start that Very Stressful Events were upon us and that really, really it was time to run, fast, in order to… uh, get some more blue pills? And anyway, where was Matt Damon? I’m all for holding back for a while in introducing the careworn hero of the proceedings, but this was getting ridiculous!

“Dear, I think we’re just going to have to accept that Matt has stood us up.”

Poor, woefully under-informed spectator that I was, it was only later that I concluded that there was far less I needed to understand than I’d initially thought, that it felt weird because it was unashamedly far-fetched, this new episode they’d decided to craft out of thin air in order to cash in a bit more, and that frankly, when you have visuals these bombastic, wolves that snarly, drones this whooshy and that crazed a soundtrack, you can’t really have that bad an evening. Luckily. All a bit confusing at times, though.

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Cherchez Hortense

In a nutshell: A light and respectable dramedy in which Damien (Bacri) has to start dealing with all the thing he’d rather not face from his stagnant marriage to his difficult relationship with his imperious self-centered father … If bittersweet charm and awkwardness are your thing, go forth and deal with this movie.

Cherchez Hortense commence comme un film de scénariste, surécrit, froid, cérébral, sans forcément une grande originalité dans la situation de départ. On sent les coutures, on hésite. Puis grâce au talent des acteurs, Jean-Pierre Bacri en tête, et le déroulement structuré et les contrepieds du scénario, on finit par plonger, on est séduit. Souriant mais imprégné d”humour noir, à l’ironie discrète mais constante (Bacri donne des cours de MBA sur l’Asie à de riches hommes d’affaires au siège du PCF, place du Colonel Fabien), Bonitzer s’amuse des décalages et des faux-semblants de ses protagonistes, au premier rang desquels Damien (Bacri), dont les atermoiements empruntés et les tergiversations familiales forment la moelle du film.

Une relation père-fils entre deux portes

Obligé par sa femme Iva (Kristin Scott Thomas) à aller quémander une faveur à son très condescendant père (Claude Rich merveilleux d’indifférence et de mépris), auguste membre du Conseil d’Etat, pour aider une immigrante dont il ignore tout, Zorica, à ne pas être expulsée, Damien jusqu’ici égaré se confrontera aux hypocrisies de son existence, à ses divers aveuglements. Elevant l’inconfort et la maladresse émotionnelle au rang des Beaux Arts, Bacri emporte l’adhésion tant il transforme presque malgré lui ses inquiétudes et ses humiliations en petites victoires, et son mal-être maugréant en touchante expérience universelle.

Servi par une distribution soignée (mention spéciale à Marin Orcand Tourres, parfait pré-adolescent) et des dialogues ciselés, Cherchez Hortense lie thèmes sombres et fantaisie boulevardière avec élégance et retenue pour présenter une plaisante comédie-dramatique sur les limites et les ambiguïtés de chacun. La trame pourra apparaître fatiguée à quelques uns, et les acteurs un peu trop âgés pour leur rôle (Damien devrait avoir autour de 45 ans …), leur talent fait oublier ces incohérences et le brio de Bonitzer transforme  en lustre l’émaillage abrasé de son scénario pour nantis angoissés. Laissez-vous tenter !

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Killer Joe

In a nutshell: Not for the faint of heart – it contains one of the most violent scenes I’ve seen in a while -, Killer Joe is a dark, very dark farce and a beautiful thriller. The cast is stellar, the scenario clever and Friedkin hasn’t lost his touch. Awesome !

Et le prix du meilleur film de la rentrée, voire de l’année, est attribué à Killer Joe. William Friedkin revient en grande forme en adaptant pour la seconde fois (après Bug) une pièce de théâtre de Tracy Letts. Selon le réalisateur : “C’est une version un peu tordue de l’histoire de Cendrillon. Juno Temple joue une jeune fille dont le frère et le père monnayent les charmes auprès d’un tueur à gages chargé d’assassiner leur mère. Cendrillon veut se libérer de cette famille, et la seule solution qui s’offre à elle pour y parvenir, c’est de tomber amoureuse de son prince, un flic qui est aussi tueur à gages”. Le résultat est grandiose, drôle et perturbant, assez loin de vos souvenirs Disney.

Servi par une distribution exceptionnelle au premier rang de laquelle Matthew McConaughey (dont c’est l’année, tant il émerveille de film en film), Killer Joe dresse avec férocité le portrait d’une famille prolétaire (“white trash”) d’un sud des Etats-Unis en perte de repère. Emile Hirsch (le fils indigne), Thomas Haden Church (le père “limité”), Gina Gershon (la belle-mère adultérine) et Juno Temple (la pure et étrange jeune fille) seront sortis du chaos moral dans lequel ils se trouvent par la présence dominante et la violence ordonnée du tueur et policier (McConaughey) qu’ils ont eu l’inconscience d’engager.

Une fable moderne et texane : le rat et le corbeau.

Peinture sociale tragique et sauvage – on sent dans les thèmes et l’écriture les influences de William Faulkner et Tenessee Williams – Friedkin en profite pour éclater, parfois avec outrance, toujours avec intelligence, tous les codes habituels de la morale américaine et ceux de la série B typique. Il me faut d’ailleurs vous prévenir que ce film n’est pas pour tout public – certains y seront très allergiques -, le réalisateur nous imposant par exemple, un peu avant la scène finale, l’une des scènes les plus choquantes aperçues au cinéma depuis longtemps.

Féroce, malsain, çà ou là libidineux, Friedkin insuffle pourtant de manière constante un humour noir qui peut réjouir, ou – comme ce fut, je crois, le cas pour Miss J. – horrifier plus encore. Son habileté derrière la caméra, sa capacité à créer de la belle image et la servir dans un rythme resserré, vif, adéquat sans volonté à être particulièrement démonstratif impressionnent, mieux enthousiasment. La noirceur et l’ignorance humaine ont un chantre, un exégète, rendons lui hommage et courons voir ce film.

En résumé : Un film superbe que j’ai trouvé insupportable. 

As the poster promises, Killer Joe is totally twisted. There’s no denying that it’s a well put-together piece of cinema, but it is not for the faint of heart. By the end, I was pretty sure I belong to the latter category, or at least was left craving an honorary membership. Mathew McConaughey plays Joe, an almost impeccably heroic, moral citizen in a world besmirched by feckless trailer trash. Apparently dissatisfied with his modest salary in the police force, he sidelines in contract killing.

His clients, for our viewing pleasure, are the Smith family. Thomas Hayden Church plays henpecked family father Ansel, whose ex wife is an abusive alcoholic in possession of a sizable life insurance policy. Their son, Chris, has been dabbling ineptly in drug trafficking and fallen into a ridiculous amount of debt with some local gangsters. When he brings up the idea of bumping off his mother in order to rustle up the cash to save himself from paraplegia or worse from irate men with baseball bats, no one objects. Not Ansel, nor his lewd live-in girlfriend Sharla (Gena Gershon), nor even the terrifyingly sweet and innocent younger sister Dottie (Juno Temple). Not least given that it sounds as though there’ll be a generous hunk of cash left to share out between all four of them.

A fine, upstanding family

As soon as Killer Joe arrives on the scene, it’s evident there’s a large amount of mincemeat about to be made out of the lot of them.  Joe is measured, precise and clinically true to his word – each promise he makes as to the punishments he has lined up for breach of contract is more chilling than the next, and conveyed with a credibility of steel. The Smith family meanwhile are as all-over-the-place and flaky as humanly possible, not least as far as the  instigator of the contract, Chris, is concerned. When events start to unravel, just as the stars indicate they must from the start, Joe oozes glacial resignation and serene, psychopathic assurance.

This is a tale of immense violence, both physical and verbal. The script is superb, but chilling. The actors are mesmerizing and the plot taut from beginning to end, with  claustrophobic unity of action and gracefully morbid fatality.  The family is laid bare, stripped of all dignity by Joe, save the ambiguity of the fate of ‘fairy tale princess’ Dottie, who hovers on the edge of a dream world of her own making in a form of escape from her sordid surroundings.

I’ve been playing with my dollies all day, lalala

It is not exactly a flattering social portrait. This is a pantomime trailer trash family, yet the quality of the performances somehow manages to squeeze it into credibility. Joe is anything but forgettable. As is the film. There are constant flashes of superb black humour throughout. It is intelligent, thoughtful stuff. Yet it is horrible. Truly boundary-violating, pungent stuff that I would never, ever sit through again under any circumstances. I had to start shutting down my senses at key stages in the film in order to numb myself from the intensity, which regularly ratcheted up to hurricane force, but with such elegance and poise that it took your breath away.

Which left me by the end with an ‘it’s complicated’ feeling. On one hand,  I can’t believe we can actually craft and partake in this stuff for entertainment as a species… But this is far from trashy sensationalism. I soaked in the enthusing all around me for this film cocooned in a numb little bubble of my own making to stave off as best I could the images that remain stuck in my head, far too long for comfort after the credits  rolled.

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