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La Vie d’Adèle

originalIn a nutshell: Last but definitely not least: the Palme d’Or of the 2013 Cannes film festival. Inspired by a French graphic novel by Julie Maroh, Abdellatif Kechiche made a very touching love story between two young women his own. Raw and moving – the film has stired a fair bit of controversy due among others to its reportedly explicit sex scenes, this rather long film (almost 3 hours) left the jury and most of the press spellbound as well as our own Mlle Clara.

Première Palme d'or tirée d'une BD!

Première Palme d’or tirée d’une BD!

Le dernier vendredi de cette édition cannoise 2013, la queue était dense devant la « Salle du Soixantième » pour voir le film en sélection de Kechiche. C’est que le bouche-à-oreille était excellent, le film ayant été projeté la veille dans l’immense salle Lumière. Une de mes amies, qui n’est hélas pas pourvue du badge sésame « Presse », reste en rade dans sa ligne à elle, tandis qu’après une heure et demi de patience, j’entre enfin dans le saint des saints pour découvrir ce film monté dans l’urgence pour être à temps sur la Croisette — si bien que le générique en est encore absent.

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L’esquive d’une Marianne moderne ?

Les premiers plans du film ne laissent pas de doutes : on est bien dans l’univers de Kechiche. L’actrice qui incarne le rôle-titre est de quasiment tous les plans, la caméra s’attachant à son visage, ses gestes, sa démarche, dans une quête attentive et passionnée de l’être humain, dans ses trivialités comme dans ses fulgurances. Cette « vie d’Adèle » fait d’emblée référence à Marianne, le personnage de Marivaux du roman picaresque (la Vie de Marianne), manifestement un auteur cher à Kechiche si l’on en croit déjà L’Esquive. Le réalisateur prend au sérieux la façon dont les écrivains découverts à l’aube de la vie d’adulte nourrissent l’imaginaire, donnent à penser, influent sur les impulsions et les choix. Les professeurs sont dépeints par Kechiche avec un respect empathique pour le travail de passeur et d’accoucheur qu’ils peuvent avoir lorsqu’ils s’attachent à leur métier. C’est le cas des enseignants de la lycéenne Adèle. Et l’on peut penser que sa propre vocation de professeur des écoles (« institutrice » est le mot utilisé dans le film) n’est pas étrangère au plaisir qu’elle a éprouvé en classe de français. C’est au cours d’une de ces lectures à l’oral de La Vie de Marianne que le sujet du film est lancé : « «Je m’en allais avec un cœur à qui il manquait quelque chose, et qui ne savait pas ce que c’était…» Les lycéens sont interrogés sur le sens de ce « manque au cœur ». Prélude aux tâtonnements amoureux d’Adèle avec un garçon de son âge, avant de croiser dans la rue, comme dans un rêve, la fille aux cheveux bleus qui lui laissera un manque au cœur, sans qu’elle ne sache encore ce que c’est…

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La pièce manquante (allégorie en 3 heures)

La Vie d’Adèle s’attache à ce moment si particulier qu’est le passage de l’adolescence à l’âge adulte, cette tranche de vie entre 16 ans et disons 23 ans, où tout est nouveau, infiniment intense, dangereux, crucial, comme irréversible. Ce moment où se vivent les premières vraies histoires d’amour, la découverte de la sexualité. Et où se décident les choix professionnels qui engageront souvent toute une vie. Si le film de Kechiche a su remuer tant de spectateurs cannois conquis, c’est évidemment pour la force de sa mise en scène, la radicalité naturaliste de sa direction d’acteurs, l’audace inédite dans le cinéma d’auteur des scènes charnelles entre deux femmes, mais aussi certainement pour le sujet universel qu’il traite : pas seulement la naissance puis la décadence de la passion amoureuse et charnelle, mais aussi, il me semble, ce moment transitoire et absolument bouleversant de notre existence au sortir de l’adolescence.

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Premiers baisers des filles d’à côté

Kechiche, il l’a redit au moment de recevoir sa palme d’or, a voulu mettre en scène l’amour entre deux êtres au-delà de la question de l’orientation sexuelle. Et c’est comme cela que l’ont reçu aussi les membres du jury présidé par Spielberg, qui, soit dit en passant, a montré pas mal de hardiesse à primer ce film qui risque de ne pas sortir aux Etats-Unis dans des réseaux de salles lambda. Disons que la force de La Vie d’Adèle c’est de ne pas occulter la question de l’hétérosexualité vs l’homosexualité, avec les interrogations du Sujet sur ses orientations personnelles, les réactions diverses de son entourage (amis, parents…), les combats à mener pour l’égalité des droits… Tout en réussissant à banaliser l’homosexualité en dépassant ce « particularisme » pour traiter de la passion amoureuse dans son absolu humain. La palme conjointe attribuée aux deux actrices du film apparaît ici parfaitement justifiée : Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux (alias Emma) livrent une interprétation ébouriffante de justesse, de vérité, à tel point que l’on croit assister à un pur documentaire.

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Est-elle pensive ou, de fatigue, est-elle morte Adèle?

La méthode de direction d’acteurs de Kechiche avait certes déjà prouvé son efficacité depuis son génial premier film, La Faute à Voltaire. On s’interroge sur la rudesse du tournage pour les actrices (laissons de côté les polémiques actuelles qui déchaînent les gazettes), qui ont payé de leur personne à un point qui, avouons-le, nous a à la fois subjugué et embarrassé. Les scènes de sexe sont d’une frontalité si criante de vérité, les longs plans-séquences laissant peu de possibilité à la simulation, que l’on hésite entre l’admiration médusée pour la captation de ce mystère du plaisir charnel, et la gêne d’entrer par effraction dans la chambre à coucher de voisines. A fortiori par l’entremise de l’œil d’un réalisateur, d’un homme mûr de surcroît. Eternelle question du cinéma comme dispositif voyeuriste/fétichiste phallocentré (cf. Laura Mulvey)… La dignité donnée au plaisir dans sa beauté nue et le respect empathique pour ses personnages tout au long du film font toutefois pencher le spectateur (la spectatrice ?) en faveur de Kechiche, qu’on a du mal à considérer comme un agent avilissant du patriarcat archaïque ! Dommage cependant qu’une vieille lune soit proférée vers le dernier tiers du film par un personnage de galeriste sympathique et qui pourrait passer comme un porte-parole du réalisateur : le plaisir féminin serait plus mystique que le plaisir masculin, plus cosmique, etc.  Ah bon ?

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Un bleu cométique plus que cosmique?

Le film de Kechiche fait près de trois heures, ce qui lui permet d’étudier, après la naissance et le déploiement d’une passion amoureuse, son érosion, son dénouement funeste, puis son épilogue après la séparation et les trajets de vie disjoints. Et c’est là l’autre sujet central de La Vie d’Adèle qui ne manque pas de force : si les deux jeunes femmes finissent par s’éloigner, c’est que le sentiment amoureux et la passion physique ne suffisent pas à dépasser les antagonismes sociaux. Le film montre en effet comment l’origine sociale des êtres les emprisonne dans l’imaginaire de leur classe. L’artiste, la fille aux cheveux bleus, a des parents qu’on imagine post-soixantuitards, hyper ouverts, cultivés, qui mangent des fruits de mer lorsqu’ils invitent la copine de leur fille, et offrent un vin blanc sélectionné avec la connaissance du gastronome. L’institutrice, fille de prolétaires, ne peut avouer à ses parents son homosexualité, et mange goulûment à table les spaghettis bolognaises que les parents cuisinent le jour où Emma est invitée. Une des observations très justes du film est le léger mépris qu’Emma et ses amis artistes et thésards éprouvent pour le métier d’institutrice d’Adèle. Il faudrait qu’Adèle devienne l’écrivaine qu’elle est en puissance, qu’elle s’exprime, bref, qu’elle réussisse sa vie, ce qui ne semble pas concevable si elle se cantonne à exercer son métier d’instit bien sympathique, mais… Kechiche épingle ce préjugé social, en donnant à voir la dignité, l’importance et la difficulté du métier d’enseignant pour les plus petits à l’orée de la vie.

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And the winners are …

Le film de Kechiche était donné par beaucoup gagnant dimanche avant la proclamation du palmarès, mais des hésitations  légitimes se faisaient entendre : Spielberg et son jury vont-ils oser ? Nous avons nous-même soupesé les personnalités supposées des membres du jury, en évaluant les chances que le réalisateur de Brokeback mountain (Ang Lee), que celui de Au-delà des collines (Cristian Miungiu), que les réalisatrices Lynn Ramsay et Naomie Kawase donneraient leurs suffrages, tout comme le feraient Daniel Auteuil et Christoph Walz. Et Nicole Kidman, sera-t-elle trop prude ? Mais elle a joué jadis dans Dogville, tout de même ! Et dans Eyes wide shut ! On aimerait bien être une petite souris pour assister aux débats de ces jurys cannois… En tous cas, en couronnant La Vie d’Adèle, Cannes a su s’affirmer comme un festival fidèle à une réputation qu’on espère perdurer : politique dans le meilleur sens du terme, artistique, audacieux.

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L’Inconnu du Lac

lacIn a nutshell: Third review from our Special Envoy to the Cannes film festival, Mlle Clara. This year: two major themes Money and Homosexuality, it’s the latter that Guiraudie explores in a very frontal yet very sensitive and relaxed way. One of the must see of 2013 according to both our talented reviewer and Thomas Vinterberg, Un certain regard‘s president of the jury.

A l’heure où l’on écrit, ce film cannois qui a fait le buzz (du ramdam !, note de M. D.), selon l’expression désormais consacrée, a reçu le prix de la mise en scène du jury d’Un certain regard, présidé cette année par Thomas Vinterberg. Ce n’est que justice, tant Alain Guiraudie confirme avec cet Inconnu du lac l’immense talent qu’il avait su démontrer dans Ce vieux rêve qui bouge (2001) et Le Roi de l’évasion (2009).

Je ne sais ps

Après la dame, l’homme du lac?

Un plan fixe sur un parking improvisé dans un bois à proximité d’un lac. Le bruit du vent dans les arbres. Le ciel bleu. Après-midi d’un mois d’août paisible. Un homme, silhouette svelte, se déshabille pour piquer une tête dans le lac limpide, où l’eau, lui dit un autre vacancier, est délicieuse. Plaisir de la nage crawlée : le corps fend l’onde avec aisance et énergie. Sur la grève, des hommes — que des hommes. Souvent entièrement nus. Ils bronzent allongés nonchalamment sur leur serviette, et parfois discutent. Les testicules et le sexe à l’air, filmés frontalement, dans une totale décontraction. Autour de ce lac, dans les bois avoisinants, ce sont des chassés croisés incessants, des étreintes fiévreuses ou lasses… Un voyeur à l’air niais se masturbe mollement en essayant d’apercevoir entre les buissons les couples éphémères. Le sexe est filmé avec honnêteté, réalisme, naturel : pénis branlés, sucés, éjaculant ; tout cela tranquillement, si l’on peut dire, comme l’évidence d’un verre d’eau glacé qu’on boit pour se désaltérer lors d’une chaude après-midi d’août. Et ainsi, jour après jour, le plan fixe sur le parking avec le vent dans les arbres scandant le passage des jours.

Je ne sais pas

Des hommes de l’ombre, plein soleil …

On apprend à mieux connaître Franck, le beau crawler, et Henri, un quadra attendrissant esseulé et bedonnant, seul ascète du lac. On se laisse saisir par la beauté de la nature, filmée avec sensualité ; on pense à Jean Renoir, à Partie de campagne, au Déjeuner sur l’herbe. On retrouve une certaine façon commune aussi de filmer avec justesse les gens simples, la classe ouvrière de Ce vieux rêve qui bouge, les gens du peuple du Roi de l’évasion — à l’instar de cet Henri, bûcheron de son état, ou de ce Franck, vendeur précaire sur des marchés… On a toutefois un peu du mal à s’habituer à ces organes génitaux filmés de face, crânement ! Et puis, quelque chose bascule. Un meurtre. Ce pourrait-être la Bête humaine (toujours Renoir), mais non, pas de psychologie, pas d’explication, de chaînes causales. Celui qui est témoin de ce meurtre apparemment de sang froid, meurtre par lassitude d’un amant trop collant, est troublé. Est-ce son trouble qui le pousse dans les bras du criminel, obscur objet du désir de danger, de mort? Ou bien son attirance pour le ténébreux bel étalon est-elle plus forte que les scrupules, et que la crainte d’être à son tour la victime ? On ne sait.  Le dénouement, en suspens, laisse planer le doute sur l’issue de sa destinée.

Eros et Thanatos

Noires amours et Renoir

Alain Guiraudie nous avait déjà éblouis dans ses précédents films par son sens du cadre, sa science de la lumière, ses plans qui durent, silencieux. Avec son Inconnu du lac, il offre un film radical dans ses partis pris de mise en scène à la fois rigoureux et audacieux. L’audace réside dans la répétition de certains plans, créant un léger effet d’hypnose ; dans les béances du scénario anti psychologisant ; dans ces séquences nocturnes à la lumière hyper réaliste, épousant le point de vue des personnages qui n’y voient pas plus que les spectateurs (contrairement à ces fausses nuits auxquelles le cinéma classique nous a habitués). L’audace gît aussi évidemment dans la franchise des scènes de sexe, coït homosexuel qu’on n’a pas souvent vu filmé aussi frontalement dans un film d’auteur.

Un film de face et de fesse?

Un film de face et de fesse?

Si le film touche à une certaine métaphysique du désir et du plaisir (l’éternel eros et thanatos), il n’est jamais poseur, et on retrouve même ça et là l’humour que Guiraudie avait exprimé à plein dans son loufoque et déjà très chaud Roi de l’évasion. Le réalisateur, à travers le commissaire de police qui enquête sur le meurtre mystérieux, semble aussi discrètement lancer quelques questions éthiques sur l’égoïsme de ces hommes qui se rencontrent charnellement dans l’anonymat, sans se soucier qu’un des leurs ait pu être assassiné. Comme si de communauté, il n’y en avait pas, mais juste des égoïsmes qui se frôlent et s’entendent uniquement pour jouir le temps d’une étreinte passagère… Enfin, vous l’aurez compris, L’inconnu du lac n’est pas un brûlot en faveur de Madame Boutin, hein !

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Les Salauds

salaudsIn a nutshell: A défaut du soleil, Mlle Clara revient!  Elle nous parle de Cannes et du film de l’habituellement très talentueuse Claire Denis. Mlle Clara went to Cannes and reports back. Claire Denis’ latest murky movie Les Salauds (Bastards) seems more ingloriously thin than fulfilling and elaborate. To sum up “There is something rotten in the kingdom of the riches!”

Lorsqu’on va voir un film de Claire Denis, on sait a priori qu’on ne verra pas un film confortable. Mais on a aussi a priori l’assurance qu’on verra du cinéma, dans le sens le plus pur : vrai travail sur la photographie et la bande son, attention aux acteurs dans ce qu’ils ont de plus charnel… Mise en scène, donc, avec des partis pris forts. En entrant dans la Salle Bazin du Palais des festivals, après une heure patiente de queue — la moyenne à Cannes ­— on s’interroge aussi un peu sur le titre du nouveau Claire Denis : « Les Salauds » ; un titre qui claque comme une gifle, promesse d’un univers sombre. Et l’on n’est pas déçu de ce côté-là !

Sombres héros (et on n'est même pas au Mexique)

Sombres héros (et on n’est même pas au Mexique)

Tout commence par une soirée de pluie torrentielle : lumière ténébreuse, suicide d’un homme. Une jeune fille marche dans une rue déserte, esseulée, entièrement nue. Difficile au début de faire le lien entre ces deux images, mais on comprend assez tôt qu’il est question d’inceste, de cérémonie trash, de vengeance. Un homme à la cinquantaine virile, Vincent Lindon (toujours aussi dense) est contraint par sa sœur de quitter son métier de capitaine de bateau pour venir en aide à sa nièce en perdition (la jeune fille nue). Il s’installe dans un appartement vide d’un quartier bourgeois de Paris, au-dessus d’un foyer composé d’un homme déjà âgé (Michel Subor, inquiétant à souhait), de son épouse d’au moins trente de moins (Chiara Mastroianni, juste et sensuelle) et de leur jeune fils. Entre le nouveau voisin solitaire et la mère de famille oisive, l’attirance physique est immédiate. Et la rencontre charnelle fera des étincelles.

Lindon

Et on aura besoin d’étincelles dans ces profonds ténèbres

On pourrait avoir affaire à une histoire banale d’adultère bourgeois, avec ce couple désassorti formé par un septuagénaire fortuné et une jeune quadragénaire qui s’ennuie dans son grand appartement haussmannien. Mais Lindon n’a pas choisi cette femme pour rien. Il semble enquêter pour comprendre ce qui est arrivé à sa nièce enfermée dans une clinique psychiatrique, mal éduquée par une mère qu’on devine vite indigne.

Mère amère (de nuit)

Mère amère (de nuit)

Dans les méandres de cette histoire glauque, très glauque, on croise des seconds rôles incarnés par des figures fortes : Hélène Filière en conseillère de banque, le chanteur Miossec en acheteur de voitures de collection, Alex Descas en psychiatre, Grégoire Colin en petite frappe organisateur de partouze incestueuse… On est un temps séduit par l’histoire qui se noue entre Chiara Mastroiani et Vincent Lindon (que Claire Denis filme si bien). Mais on en vient finalement à se demander ce que la réalisatrice veut nous dire : que la grande bourgeoisie industrielle française est en décadence (voir l’usine de chaussures désaffectée en liquidation et qui produit désormais, selon Lindon, des produits cheap) ? Que cette décadence qui l’affecte se traduit par des dérèglements familiaux poussés à leurs extrêmes limites ? Epouse désoeuvrée, réduite au rôle de « pute » (dixit Lindon à Mastroiani) … Mère d’une adolescente désaxée, consentante face aux crimes barbares de son mari, celui-ci finissant tout de même par se suicider, saisi apparemment de remords…

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Salauds de riches ?

Mais pourquoi le malaise nous gagne-t-il ? Est-ce seulement parce que toute cette histoire est trop glauque ? Ou est-ce parce que cette fange est filmée avec une certaine fascination : transe morbide, ouverture et dénouement macabres esthétisants, bande sonore « hype » des Tindersticks nappant le tout ? Et surtout, si le psychiatre décide in fine d’obliger la mère indigne à regarder ce qu’elle n’a pu ni su empêcher — cérémonie abjecte — pourquoi contraindre le spectateur à VOIR lui aussi cette abjection ? Quel est le motif de cette punition ? Serions-nous tous, selon Claire Denis, complices consentants d’une abjection qu’il faudrait voir de face pour l’expier ?

A quoi bon

Stupéfaction et accablement ?

L’univers sombre auquel nous a habitué Claire Denis était souvent traversé de fulgurances sensuelles tempérant une âpreté faisant sens. Les Salauds ne nous offre guère d’échappatoire, et la nécessité du propos nous échappe.

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L’écume des jours

EDJCe n’est plus un hiatus, c’est presque une retraite. Miss J. et moi-même avons une vie trépidante et, à notre grand dam, n’avons réussi à faire vivre ce blog dont nous sommes si fiers et que vous avez la gentillesse de suivre en dépit de nos absences. Mlle Amber, une grande dame, vient à notre secours et partage son scepticisme devant le dernier opus de Michel Gondry. L’écume des jours, plutôt L’écume du snore (des ronflements) selon ses mots. Adapter Boris Vian … une gageure !

Il va falloir s'accrocher.

Il va falloir s’accrocher.

I had my doubts about this film before it even started. A wild haired woman accosted us as we waited for the INCREDIBLY SLOW staff and the lovely new Louxor cinema to serve us a drink. « this book had a most lasting affect on my life » she sighed.  Upon finding that I had not read it she gasped, looked visibly shocked and instructed me to not go in until I had. I did not take her advice. I should have. I can only presume that the book is full of wonderful and creative madness, where anything is possible in a surreal Paris, where a piano can make you a cocktail and people drive in transparent cars while anthropomorphic mice live in a parallel world.

One way to Cloud 9. Not!

One way to Cloud 9. Not!

Sadly the only truly magical thing about this film was the budget – ‘wow’ you felt yourself thinking how much did it cost to have Roman Duris, Audrey Tautou, Gad Elmaleh and Omar Sy all in the same film? And they filmed in Paris, and they have loads of special effects!  If you liked the Science of Sleep then you might like Gondry’s particular brand of faux naïve, cutesy effects. Or not.

Faux romanticism ... shudder with Tautou

Faux romanticism … shudder with Tautou

Anyway the film – wealthy playboy Colin (Duris) meets kooky girl Chloé (Tautou), they fall in love and literally fly over Paris in a goddamn cloud. Meanwhile their gang: Nicolas, chef /butler/sex symbol (Sy) and Duris’ best friend Chick (Elmaleh) who embodies the meaningless of work and is addicted, literally, to the written word, gad about on killer ice-rinks or dog parties or other absurd things. Poor Audrey simpers and coughs, she has caught a flower (don’t ask), Duris splashes the cash until it runs out and their magic world literally decays and crumbles around them. He is even forced to get a job. He tries to save his love, but testimony to this being a French film he shags her best friend Alice (Aïssa Maïga) while she is putting on some mascara (sadly and badly). How sad. Thankfully Tautou dies in the end and her body is unceremoniously thrown into a mass grave. Phew.

Chick but not elegant

Chick but not elegant

Luckily while all this goes on you can distract yourself by playing spot that spot – “Oooh the communist building at Colonel Fabien”, I stage whisper to my boyfriend, “that herb place on rue d’Amsterdam” he shoots back, is that the Buttes Chaumont? We continue like this for the rest of the film.

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The Scarface Mob – Les incorruptibles défient Al Capone

In a nutshell: Hitchcock and De Palma as disciples of Phil Karlson’s The Scarface Mob? This daring theory is defended by our own Mlle L. Never afraid of a good controversy. Whether she convinces you or not, remains an interesting take on the Untouchables’ fight against Capone.

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En résumé : Peut-être influencée par l’arrivée sur nos écrans du Gangster Squad de Ruben Fleischer dont elle a admiré le Zombieland, Mlle L. retourne à l’une des sources méconnues de ce genre pléthorique : les Incorruptibles ceux de Phil Karlson, pas de Brian De Palma, qui discute toujours d’ailleurs de faire un prequel à son célèbre opus de 1987. Ca va canarder sec dans le 3 Buck DVD corner.

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Zero Dark Thirty

Zero-Dark-Thirty-Affiche-FranceEn résumé : Mr. J.A. remplace Miss J. le temps d’une critique. Zero Dark Thirty propose une représentation saisissante des côtés les moins glamour du travail de renseignement et de collecte d’information. Résultat? Peut-être une discussion plus fouillée que le film lui-même sur l’usage de la torture et la force de la foi.

How does one make a compelling film depicting the hunt for Osama Bin Laden? We all know why this started, and we all know how it’s going to end. But Katherine Bigelow’s Zero Dark Thirty manages to do that, I think, by laying out a series of events, “based on” first-hand accounts of the hunt for the world’s most-wanted terrorist. I won’t go through a plot summary here, but just point out that Bigelow lays out events in a  blow-by-blow, us-versus-them way: 9/11 happened, then the CIA tortured some people (almost like payback, no?), then an attack happened, then the CIA tortured some more, then a bombing happened, then more torture happened, and so on. Bigelow doesn’t provide much more structure than this, which seems to invite the viewer to project that structure onto the film, much like an Rorschach ink blot–give someone an ambiguous form and ask them what it looks like and it might tell you something about how that person thinks (because a blob of ink isn’t actually meant to look like anything).

Look at all that ink. Obscene!

Look at all that ink. Obscene!

Having said that, it seems to me that there are two main themes running through this film. The first is the controversy we’ve all heard about: torture. And as I’ve said above, I think some criticisms that are being leveled at this film related to the portrayal of torture says more about the critic than it does the film. Some people are upset because the film suggests that torture provided useful information that did eventually lead to the location and killing of Bin Laden, and they would like to claim that this is inaccurate: torture of detainees could have played no part in it, because torture doesn’t work, which is why torture is morally wrong. By this reasoning, one cannot even question whether torture might ever be an effective means of getting information, because that would remove the moral argument against it. But this is clearly wrong. There are many things that are effective in getting a desired outcome, but are also clearly immoral. I think it was Chris Rock, great moral philosopher that he is, who said (and I’m paraphrasing), “You can get a cat out of a tree with a shotgun. That don’t mean it’s a good f**king idea!” For those who don’t care for cats, I suggest that a crying baby can be quieted by placing duct tape over their nose and mouth, but such a heinous act could never be considered moral.

In the case of torture, I think we can grant that in the case where someone does possess information and does not want to provide that information, sufficient application of pain and suffering can and does reliably result in that person providing the information. However, it also results in the case of people making up stories just to make the torture stop, and we can never know with certainty what case we’re in. Further, it seems to me that there are plenty of methods of questioning suspects that do not involve torture. Police officers do this all the time and seem to be able to extract confessions just fine. What’s more, there exists decades of research in psychology involving things like questioning techniques, persuasion, sensory deprivation, sleep deprivation, as well as things like stress, emotional cues, lie detection, motivation, obedience, groupthink, and behaviour change, not to mention neuroscience, interpersonal, family and cultural factors, all of which can be expected to impact a person’s behaviour (in this case, willingness to provide information to an interrogator). It seems to me that one ought to be able to bring these factors to bear on an individual, case by case, in a way that increases the likelihood of obtaining useful information in a way that does not involve torture.

Don't try it at home, kids - actually, just don't.

Don’t try it at home, kids – actually, just don’t.

Other people (mostly U.S. Republican politicians) are upset with the film because they think that the scenes of torture that result in getting a lead that eventually results in Bin Laden’s death indicate that the Obama administration might have given the filmmakers improper access to classified information about such a chain of events. But then, if that was true and the film was in fact portraying events accurately, doesn’t that also undermine the notion about the use of torture never being effective?

The other theme that I see woven throughout the film is the impact of faith, and by this, I don’t mean faith in the sense of well-deserved trust. Rather, I mean it in the sense of a willingness to claim certainty about a thing where all one truly has are hope, rumor and guesses. The role of faith on the part of Al Qaeda is more assumed than shown in this film—a willingness to fly a plane into a building, or blow oneself up in a crowd of infidels, may be many things, but it is not an act of cowardice. It rather better resembles the kind of bravery born of the certainty of heavenly reward that can only be the product of religious faith, indeed, perfect faith. We all know that these kinds of people have faith. What Bigelow does however, is show the impact of this kind of faith possessed by the CIA operatives. Sometimes this unwarranted certainty has disastrous consequences, as when one operative, Jessica (Jennifer Ehle), lets her guard down because she really wants to believe that a possible informant is trustworthy—she even baked him a cake, certain that he’d love it—before she’d ever met him. He blew himself up, Jessica and several others along with him.

I don't know about the cake, but Jessica's cooked

I don’t know about the cake, but Jessica’s cooked

Other times, such unwarranted certainty sustains one’s morale, as when Maya (Jessica Chastain), the protagonist, confides to a colleague that she believes that she was ‘spared’, while others were not, for the purpose of finding Bin Laden. But over the course of the film, one sees that faith becoming more and more extreme, beginning in a sense, to mirror her Al Qaeda opponents. This is not just because she becomes comfortable with the use of torture, but rather because she becomes completely obsessed with following up on the lead involving Bin Laden’s courier. She reveals herself a true believer, when she declares to Seal Team Six members as well as the CIA director and those advising the U.S. President that she’s “100%” certain that Bin Laden is hiding in the compound in Abbottabad. She had no evidence, but at that point, it was not even a gamble for her anymore. She was a study in perfect faith. We all know that, in the end, she was also right—Bin Laden was actually hiding in the compound.

It seems then to me that the key questions raised by this film are not whether torture was used by the U.S. (it was), or whether torture can be effective (it can), or whether that makes it moral (it doesn’t). Rather it’s a matter of values: Was it all worth it? What kind of society do you want to live in? What kind of person do you want to be?

How’s that for a blob of ink?

zero-dark-thirtyIn a nutshell: Is Zero Dark Thirty a fascist movie? I’d be tempted to say yes. Is it an interesting movie? Probably. Should you go and see it? Unless you are interested by the subject, no.

Une fois n’est pas coutume, ne résumons rien, car l’actualité nous renseigne sur ce film et si il vous venait un doute car vous revenez de plus d’une décennie de retraite érémitique, la bande annonce vous révélera tout : les Etats-Unis finissent toujours par retrouver leur homme, et Ben Laden après avoir vécu par le djihad est tombé grâce aux efforts continus de Maya, une agente de la CIA (Jessica Chastain) obsessionnelle et tout aussi radicale que lui. Comme l’indique Mr J.A. dans son excellent article ci-dessus, c’est le choc de deux fois et la victoire de l’Etat sur le réseau.

Rien de plus agaçant dans les longs commentaires qui parfois suivent les articles des journaux et magasines que de rapidement tomber dans les comparaisons avec l’Allemagne nazie et autres sinistres épisodes d’un vingtième siècle régulièrement raciste et meurtrier. La fameuse reductio ad Hitlerum (ou loi de Godwin) n’a pour l’instant je crois jamais atteint ce site … mais, pardon d’avance, on va frôler le carton rouge.

Jessica Chastain expulsée?

Nos héros se rapprochent-ils du point Godwin ?

En effet, Zero Dark Thirty m’a mis mal à l’aise, non que les 45 premières minutes de tortures aient été si douloureuses – malheureusement les milliers d’heures passées à voir des films ou des séries de qualités diverses m’ont petit à petit désensibilisé -, mais l’ensemble m’est apparu flirtant dangereusement avec le fascisme. Pas le nazisme, le fascisme au sens large. Je n’indique pas ceci pour disqualifier d’office l’oeuvre de Kathryn Bigelow, mais plutôt pour explorer la fascination que ce film a su faire naître à la fois chez les critiques et dans les publics américains et européens.

Si l’on se souvient Mussolini résumait son idéologie par cette formule : “tout par l’Etat, rien en dehors de l’Etat, rien contre l’Etat”, et Bigelow nous expose un monde qui obéit à ce dogme. Ses protagonistes sont sans reliefs, leur psychologie est sommaire et grandement manichéenne (eux contre nous). En nous rappelant la définition proposée par Guillemin, Berstein ou Milza (ah souvenirs d’études) : “une organisation fasciste, au sens large, s’appuie sur un pouvoir fort au service d’une classe humaine dominante, la persécution d’une classe ennemie chargée de tous les maux, l’exaltation du sentiment nationaliste, le rejet des institutions démocratiques et libérales, la répression de l’opposition et un contrôle politique extensif de la société civile”, on constate de fortes convergences avec l’univers présenté par Bigelow. Certes, l’individualisme de Maya, son obsession, est célébré, mais hors de cette singularité tout s’articule autour de l’efficacité de la machine dont elle est à la fois un rouage, mais surtout une incarnation.

Subtile illustration.

Subtile illustration

Les nombreuses erreurs factuelles très évidentes dans la description de la société pakistanaise ( je ne jugerai pas la réalité de la traque secrète de la CIA, me permettant uniquement de douter qu’une agente, aussi talentueuse soit-elle, travaille plus de dix ans sur un dossier unique) font ressortir celle-ci comme exotique, homogène, hostile voire traîtresse, et lointaine (en plus d’être bizarrement arabophone). Maya déconseille même de s’essayer à la gastronomie locale qu’elle confond d’ailleurs avec celle moyenne-orientale au moment où elle offre un repas à l’un des malheureux qu’elle a vu torturé. Le repas n’est pas pour le réconforter, Maya ne perçoit pas l’humain chez son adversaire, mais pour le manipuler et le faire parler ; littéralement, la carotte après le bâton. Intéressant aussi de constater que la réalisatrice fait apparaître “l’ennemi” plutôt comme une silhouette fanatisée, éventuellement un corps, jamais plus. Et quand celui-ci cède, car il finit toujours par céder, c’est pour soutenir l’idée que la torture est efficace ou que la mission est accomplie.

Ce manichéisme est d’ailleurs intéressant car ce refus d’empathie que la réalisatrice tente lourdement de nous faire partager en mènera, je pense, quelques uns à se dire que les actions des terroristes en deviennent justifiables.

Ironie.

Certains verront cet argument comme preuve de la droiture de la réalisatrice, de sa volonté de faire ressortir froidement la réalité de la lutte contre le terrorisme, cela ne me convainc guère. Il y a très nettement des héros et de vilains antagonistes et on ne trouvera trace de nul Hector parmi ces nouveaux Troyens.

Elle ce serait plutôt Achilles. Et c'est à coups de talon qu'elle te fera parler

Elle ce serait plutôt Achilles. Et c’est à coups de talon qu’elle te fera parler

Comme Bigelow n’est pas Riefenstahl, les efforts esthétiques de Zero Dark Thirty ne vont pas vers une volonté de magnifier une beauté plastique ou même une organisation, mais plutôt d’exposer dans un univers de violences et souffrances, la force d’une volonté et la volonté d’une force. Sa capacité à mettre en scène un univers brut que certains trouveront haletant offre quelques moments saisissants mais ce faux documentaire pèche par sa longueur et le côté profondément attendu de toutes les scènes. Homeland ou 24 heures offrent bien plus de tension et le même genre de réflexion à savoir si la fin justifie les moyens.

Dernière critique, celle-ci adressée à la presse, ce n’est pas une leçon d’histoire, cessez de tout confondre. Ou alors c’est une leçon sur la manière dont on peut écrire l’histoire et l’importance de croiser les sources. L’oeuvre de fiction très inspirée par l’histoire ne correspond évidemment pas à un documentaire, sinon c’est ce que la réalisatrice aurait choisi de faire. Il est problématique de voir qu’après ce film pour de nombreux spectateurs et, semble-t-il, de nombreux critiques, la réalité soit l’histoire racontée par Mme Bigelow. Un hommage à la force du cinéma … une défaite de la pensée critique.

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Happiness Therapy – The Silver Linings Playbook


Happiness-Therapy-Affiche-FranceIn a nutshell:
Little Miss Sunshine is all grown up now (Lawrence) and meets an angry yet charming troubled young bipolar man (Cooper). Will they end up together?
The suspense is killing me. A rather conventional rom-com with a hint of drama served beautifully by a stellar cast.

La comédie dramatique américaine qui fait du bruit est l’adaptation du livre de Matthew Quick, The Silver Linings Playbook, dont Sydney Pollack avait initialement acquis les droits avant que David O Russel ne reprenne le gouvernail. Heureusement Russel suit plutôt la ligne énergique, parfois non conventionnelle, aperçue dans Les Rois du Désert ou même Fighter que celle de l’atterrant I ♥ Huckabees, film qui mérite une vision ne serait-ce que pour savoir à quoi ressemble un foutoir existentiel boursouflé avec Isabelle Huppert et Dustin Hofmann. Happiness Therapy est en conséquence un cocktail plutôt vitaminé hésitant entre comédie et drame, servi par des acteurs au mieux de leur forme.

Ca guinche

Et la forme, ça se maintient.

Pat Soletano (Bradley Cooper très juste porte le film sur ses épaules) sort d’un hôpital psychiatrique où il a dû passer huit mois après avoir tabassé très brutalement l’amant de sa femme, et sans surprise celle-ci ne souhaite désormais plus le voir. Sous l’illusion qu’elle ne veut que lui, il bout de n’avoir pas le droit de communiquer avec elle, d’être coincé chez ses parents (Robert De Niro et Jacki Weaver), de ne savoir que faire de ses dix doigts. Une rencontre inopinée avec une très jeune veuve voisine (Jennifer Lawrence), dont l’état mental est aussi tumultueux que le sien, va les faire avancer et les aider à surmonter leurs crises respectives.

Après un prologue assez original, dénonçant avec une légère complaisance la culture du succès et les antiennes de la vie amoureuse états-unienne, le film finit par se précipiter dans le modèle des plus conventionnelles comédies romantiques américaines, ce qui n’est pas, en soi, désagréable, mais qui transforme une oeuvre qui promettait d’être marquante en une aimable distraction pour samedi soir pluvieux.

Une mise au point énergique s'impose

Aimable, distrayant et parfois ébouriffé

Très belle illustration de ce qu’une distribution affutée peut faire d’un scénario sans génie, et une mise-en scène un rien pataude (les scènes de danse sont filmées à la truelle) Happiness Therapy fait ressortir le talent, et parfois même la grâce des premiers et seconds rôles, certains, tel Robert De Niro, réussissant à émouvoir et convaincre pour la première fois depuis bien longtemps. On s’attache aux personnages car le charisme de Cooper et l’énergie mutine de Lawrence séduisent en dépit de situations de plus en plus factices. On retiendra qu’aujourd’hui aux Etats-Unis, le mal-être est désormais qualifié de “troubles bipolaires”, que la douleur d’un veuvage excuse les liaisons multiples et un parfum de bisexualité, et enfin que le sac poubelle peut être un jogging seyant. Bref, Happiness Therapy est inoffensif et gentiment plaisant.

affiche-Happiness-Therapy-Silver-Linings-Playbook-2012-3En résumé : Une comédie romantique avec des aspects très réussis, qui traite de la maladie mentale sans trop se casser la figure, mais qui n’ose pas réellement prendre son envol non plus. 

The Silver Linings Playbook, an adaptation of the novel by Matthew Quick, gets off to a punchy start. Pat Soletano (Bradley Cooper), a former teacher in his mid-thirties, is about to be discharged from a long-haul stint in a psychiatric hospital, where he’s been in treatment after the sudden breakdown of his marriage. It’s lucky, albeit embarrassing, for him to be taken back to his family home, to his old childhood bedroom, and the care of his parents, Pat Sr (Robert de Niro) and Delores (Jackie Weaver). His sole obsession is to get his wife Nikki back, but as he’s regularly reminded, the outcome of him having severely battered the man he’d discovered canoodling with his wife in the shower to the dulcet tones of their wedding song, is that he is now under a restraining order.

Keeping nervous watch

Keeping nervous watch

Pat is then introduced to Tiffany (Jennifer Lawrence), a very young widow who promises that she can get a message to his wife despite the restraining order and whatnot. This proves the only way to get through to Pat in that delusional-obsessional mode of his which so troubles his family, who just want to do all they can to keep him out of hospital, with the help of his amiable psychiatrist, Cliff Patel (Anupam Kher). This is a tough call, as Pat is often inappropriate and aggressive while in the throes of his obsession, with tragi-comic outcomes. This is all kept within pretty mellow limits however, which helps to keep the rom com vibe going, as well as the audience’s sympathy for Cooper’s character. One of the most talked-about moments is a scene where he comes to blows with his father, who is trying to restrain him. De Niro’s subsequent tears are evidently real, as with the interviews he’s given where he has said he understands only too well what the character he plays is going through.

Scissors, paper, STONE!!

Scissors, paper, STONE!!

Such sincerity is undoubtedly one of the film’s strengths. It tackles the issue of workaday mental illness in open, playful yet sympathetic ways that just wouldn’t have been possible until recently. This is perhaps a side-effect of the tendency of bipolar order to be liberally diagnosed nowadays, not least in the States, in all shapes and sizes ranging from ‘my child likes to run around a lot screaming’ to ‘this person thinks he is the Son of God and won’t stop dashing around the shopping mall naked trying to bless people’. Taboos are getting pushed back (although it’s still pretty delicate). One of the ways this is happening is through the condition’s association with a certain moody romantic poet persona, which is incidentally not unreasonable: did you know (yes, of course you did) that greatly talented individuals over history are widely cited as having suffered from manic depression, sorry, bipolar disorder: Virginia Wolf, Winston Churchill et al. The film props this one up, associating Pat with the complex, troubled, artistic, rebellious Tiffany.

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Sturm und Drang suburban style

The warm fuzzy factor equally derives from its insistence on community and on taking people as you find them, providing an environment where recovery can best come about. Such things are often catastrophically lacking in society with the break-up of communities in this global capitalist set up we are currently labouring under. So I give props to the message, albeit while reeling from the sentimental overload that emerges, as the rom com cookie cutter slices down. More provocative comedy would have been welcome – more use could have been made of absurdity – it is there, not least thanks to Chris Tucker who keeps popping up as a fellow psychiatric patient.  Sadly as the film progresses, the punch factor starts to wilt somewhat, and the film gradually subsides into a tamer rom-com template, albeit with excellent comic touches.But it should have gone further, been braver still. Oh well.

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Top 10 – 2012

In a nutshell: For a fourth consecutive year, this blog lives! I can hardly believe it as I am writing these words. So, if you follow us, you know the drill, we shall look back on 2012 and celebrate the movies we enjoyed the most with our contributors, dear friends that they are. They shall start with their Top 5, the  film(s) they wished they’d found the time to see, and the one(s) they really rather wish they hadn’t, we will then follow.

Clap – Action – and once more happy New Year to you, dear reader!

Vous connaissez la presque routine, puisque depuis déjà quatre ans nous avons la chance de nous essayer à l’exercice … Nos contributeurs amis nous ont fourni le palmarès de leurs films préférés pour 2012, ainsi que le film qui, sans être forcément le plus mauvais, les a le plus déçus, et le(s) film(s) qu’ils ont raté en salle mais ne rateront pas en DVD. Nos voix concluront l’exercice.

Moonrise-Kingdom-de-Wes-AndersonMlle Clara’s Top 5 : Rather discreet this past year, Mlle Clara didn’t forget the path towards Franglaisreview.

1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
Pas toujours convaincue par les films d’Anderson (trop décoratifs), ce Moonrise Kingdom m’a enchantée: profondeur du scénario, beauté sans niaiserie du regard sur l’enfance et sur les adultes désarmés. Admirable maîtrise de son “système” de mise en scène, avec ce traitement si particulier de l’espace…

2. Le Policier de Nadav Lapid
Sorti en France en mars 2012, il semble oublié des palmarès des meilleurs films de l’année. Pourtant, ce film israélien est un gros coup de poing, par sa forme (un diptyque étonnant) et par son propos. Une autopsie sans concession de la société israélienne et du dysfonctionnement plus général de nos sociétés capitalistes aux inégalités toujours moins tolérables.

3. Au-delà des collines de Cristian Mungiu et Amour de Michael Haneke
Ex-aequo à mon sens, peut-être parce que ce sont deux films de Cannes. Deux films durs pour leurs sujets (la mort au bout, implacable) et d’une âpreté formelle qui éblouit.

5. Télégaucho de Michel Leclerc
J’avais adoré Le Nom des gens, le film précédent de Michel Leclerc. Je croyais que Télégaucho serait une resucée moins enlevée, eh bien, non! quelle pêche! quel amour de la vie et des gens, quel humour! Comme un goût d’une époque plus légère, celle de mon enfance…

Et pour le plaisir 6. Tabou de Miguel Gomes
Ce film, j’y suis allée en me disant: “Attention, chef d’oeuvre!”. Résultat, la première partie m’a ennuyée au point de me faire douter des critiques et de moi-même… Puis miracle, la seconde partie m’a emportée dans ses rets, par son charme durassien si singulier; si bien que la première partie a pris rétrospectivement une autre épaisseur, densité, beauté. La surprise de 2012.

Quelle fut votre plus grosse déception (ou le film le plus mauvais de l’année): Cosmopolis (de David Cronenberg) ! Que des critiques aient pu se pâmer devant ce machin logorrhéique bouffi de prétention reste un mystère.

Votre regret: Camille redouble de Noémie Lvovsky, Take shelter de Jeff Nichols, Lawrence anyways de Xavier Dolan …

moonrise-kingdom-balabanMme BP’s Top 5: A brand new contributor in 2012, Mme BP liked the experience and already signed on for 2013 with a review of Anna Karenina.

1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
2. Margin Call de J.C. Chandor
3. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson
4. Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab
5. Le magasin des suicides de Patrice Leconte
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Quelle fut votre plus grosse déception :  Le Capital de Costa-Gavras, voyez plutôt !
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Votre regret : Amour de Michael Haneke
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Argo-afficheLe Top 5 de Mr. J.A. : De nombreux lecteurs apprécient l’ironie et l’humour de Mr. J.A., nous aussi, il nous fait l’amitié de partager ses choix pour 2012.
1. Argo by Ben Affleck
2. The Hobbit by Peter Jackson
3. Skyfall by Sam Mendès
4. Looper by Rian Johnson
5. Avengers by Joss Whedon

Biggest disappointment
is a tie between Prometheus by Ridley Scott and The Dark Knight Rises by Christopher Nolan. I had such high hopes for both of them …

Separately, the worst film of the year has to be Underworld: Evolution by Len Wiseman, for which I did not have high hopes. I’m a bit embarrassed to admit I even began watching it (my excuse is that I was on a plane). It was as if Kate Beckinsale was channeling Milla Jovovich, that’s how bad the first half was. Can’t speak for the second half.

moonrise-kingdom-poster1M. JM’s Top 5 : This year M. JM was kind enough to write a few review for us, but also to, very kindly, convince both his wife and one of his lovely children, to participate to Franglaisreview. Thanks!
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1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
2. 4:44 Last Day on Earth de Abel Ferrara
3. War Horse de Steven Spielberg
4. La vie sans principe de Johnnie To
5. Twixt de Francis Ford Coppola.
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Un classement apparent, mais pas forcément si fixé : une année avec peu de bons films, quelques replis auteuristes européens forts (Léos Carax ou Miguel Gomes) mais qui ne m’ont pas tant ému que cela – et malheureusement trop de films estampillés auteurs dans ma liste.
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Le cinéma américain reste encore très fort, et j’aime la façon dont il investit la télévision ou plutôt dont la télévision est devenue un îlot d’expérimentations qui me fait pas mal penser à ce qu’était le cinéma américain dans les années 70, comme dans ces séries si célèbres et si célébrées que sont Homeland ou Breaking Bad ;  je n’ai pas vu Amour de Michael Haneke, et je ne le regrette pas du tout ; je crois qu’il y avait pas mal de films italiens intéressants et cachés, j’aimerais en découvrir quelques uns.

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killerjoe1Mlle L.’s Top 5: Last but not least Mlle L.! She is our most faithful reviewer and the proud author of the 3 Buck DVD corner, go check it! Never afraid of a good polemics, here she is in her unmistakable style:

J’allais dire comme d’habitude qu’il n’y a eu cette année que des daubes au cinéma, et vanter une fois encore les mérites du lecteur DVD. En fait, je suis pour une fois vraiment enthousiasmée par toutes les entrées de mon top 5, et j’ai même eu bien du mal à ne pas en faire un top 10. Comme quoi, l’année 2012 n’a pas été cinématographiquement si vaine, en fin de compte.

1. Killer Joe de William Friedkin
2. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
3. Argo de Ben Affleck
4. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson
5. The Best Exotic Marygold Hotel de John Madden

Et puis, dans le genre “pas recommandable mais quand même qu’est ce que j’ai pu rigoler”, j’ajouterai

The Expendables 2 de Simon West (si, si)

En revanche, 2012 fut aussi l’année de sortie d’un film pour lequel je conserverai ad vitam aeternam une haine aussi tenace que sanguinaire, l’atroce Ruby Sparks de Valerie Faris et Jonathan Dayton

Pour finir, je regrette (un peu) de n’avoir vu ni Margin Call de J.C. Chandor, ni The Dictator de Larry Charles.

Amour posterMiss J.’s top ten

Ah, what an amazing year it’s been! Er, although slightly less so on the big screen – I had to scratch my head a little to put together this top ten, although it was worth the effort:

1. Amour by Michael Haneke –  almost punishing to watch – but Amour shimmers from start to finish.

2. Moonrise Kingdom by Wes Anderson  brilliantly engaging comic tale, bursting with wistfulness and whimsy.
3. Margin Call by J. C. Chandor – an enthralling dramatic close-up on economic and moral meltdown on Wall Street.
4. Skyfall
by Sam Mendes- one of the greatest James Bond films ever made (and we’ve checked).
5. A Dangerous Method 
by David Cronenberg – Russian hysteria and erotic transfer in psychotherapy doesn’t get any better than this.
6. Argo
 by Ben Affleck – real life is one of the best sources going for black comedy with US diplomats in the Middle East.
7. Camille Redouble
 by Noémie Lvovsky- phew – a French film at last! A  very decent smash hit comedy.
8. Killer Joe by William Friedkintroubling (to put it mildly) but darkly brilliant – chicken drumstick trauma scene and all.
9. Cosmopolis
 by David Cronenberg – a hypnotic, languid, classy watch.
10. Best Exotic Marygold Hotel
by John Madden – heartwarming and humorous, with a fantastic cast.
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Three films I wished I hadn’t bothered seeing:
1. The We and the I  by Michel Gondry – truly abject viewing from a self-satisfied Gondry and a busload of obnoxious teenagers.
2. The Campaign by Jay Roach – Will Farrell disgraces himself by partaking in this drivel-ridden satirical flop.
3. Dépression et des potes by Arnaud Lemort – a dead dreary buddy movie which should have gone straight to bad cable TV.
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I am sad to have missed Kenn Scott’s Starbuck and Léos Carax’s Holy Motors, and hope to track them down on DVD.

Le top ten de M. D.

tinker-tailer-poster1. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson. Tout me plait dans ce film, du scénario très intelligemment adapté du livre de Le Carré, aux acteurs britanniques démontrant une qualité et une constance presque éprouvantes pour la concurrence, en passant par une cinématographie léchée, réfléchie et un montage au cordeau. J’ai tant aimé que j’ai même revu, puis revu encore.
2. Moonrise Kingdom de Wes Anderson – Un film enchanteur, merveilleusement doux-amer et léger, Mlle Clara en a déjà bien parlé. Ce fut une déception de ne pas le voir récompensé d’une manière ou d’une autre à Cannes. Toujours difficile pour une comédie de recevoir les hommages qu’elle mérite.
3. Compliance de Craig Zobel – Un film presque documentaire, ce qui fait toute sa force. Glaçant, gênant et très stimulant.
4. Killer Joe de William Friedkin – Une leçon de cinéma, des acteurs en état de grâce (Matthew McConaughey!), la scène du pilon, la plus choquante de mon année dans les salles obscures.
5. Margin Call de J.C. Chandor – Pour un premier film, un coup de maître, et un vrai beau film sur la crise financière sans diabolisation ni recours au spectaculaire … et pourtant ce huis-clos est exceptionnellement spectaculaire.

Skyfall16. Skyfall de Sam Mendès – Un James Bond magnifique ; l’un des plus impressionnants, j’ai vérifié.
7. Starbuck de Ken Scott – Une très belle comédie, ce serait dommage de bouder son plaisir.
8. La Vie sans principe de Johnnie To – L’élégance de Johnnie To et des acteurs percutants.
9. Holy Motors de Leos Carax – Des images me restent, me reviennent et me plaisent.
10. Argo de Ben Affleck – Tendu et amusant, un film intéressant, solide quoiqu’un peu scolaire.

Notons que les deux films de Cronenberg, celui de Lvovsky et Une Nuit de Philippe Lefebvre ne sont pas loin derrière.

The-Dark-Knight-RisesLes trois déceptions : Dark Knight Rises de Christopher Nolan, je l’attendais avec impatience et fus déçu par cette enclume de film au scénario absurde, un gachis ; Looper de Rian Johnson que j’aurais tendance à renommer Loupé ; Associés contre le crime de Pascal Thomas, si mauvais qu’on en vient à voir sa colère se transformer en abattement (38 témoins, c’est plutôt le contraire) .

Les trois films (bon, j’admets il y en a plus) qui me tentent mais, ma foi, tant pis … Bullhead de Michaël R. Roskam, Tabou de Miguel Gomes, Like Someone in Love de Abbas Kiarostami.

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Anna Karenine

Affiche AKIn a nutshell: Mme BP loves Anna Karenina. She was afraid to go and watch its latest adaptation as some critics found that Joe Wright’s movie is more about the look and image than it is about the substance behind all of that. But to her great relief, she found that it is a sumptuous work that reignites the passion that generations of readers have felt for Tolstoy’s book. Impressive.

Ce film de Joe Wright (réalisateur de Atonement et Pride and Prejudice) est la dernière adapation, par Tom Stoppard, du roman de Tolstoï paru en 1877. Il se trouve que je venais juste de relire ce chef d’œuvre de la littérature russe. Le foisonnement d’histoires d’égale importance à celle, romantique, d’Anna et la réflexion de Tolstoï sur le sens de la vie, du mariage, des engagements, de la politique et de la religion m’avaient marquée, comme de multiples lecteurs avant moi. Je n’espérais guère retrouver cette richesse et cette complexité à l’écran ; j’ai été, comme on dit en Suisse, déçue en bien.

Est-il besoin de rappeler qu’Anna (Keira Knightley), mariée à Alexis Karenine (Jude Law), a engendré un fils et fait parti de la meilleure société de Saint Petersbourg ? Son frère, Stéphane Oblonsky (Matthew MacFadyen) l’appelle à l’aide car il a trompé sa femme Daria (Kelly Macdonald) et il faut réconcilier le couple. Chez Oblonsky, Anna rencontre Kitty (Alicia Vikander), une des sœurs de Daria, qui l’invite à un grand bal qui devrait marquer ses fiançailles avec le comte Alexis Vronsky (Aaron Taylor-Johnson). A l’arrivée du train qui l’amène chez Daria, et ensuite au grand bal, Anna tombe sous le charme de Vronsky et rien ne se passe plus comme prévu.

La densité du roman, avec notamment l’histoire d’amour parallèle de Levine (Domhnall Gleeson) que je vous laisserai découvrir, est transposée assez fidèlement grâce à un artifice qui paraît plaqué les trois premières minutes de la projection mais qu’on oublie très vite, tant tout devient clair et magique. Tourné presque exclusivement dans un théâtre, le film grâce à une musique superbe de Dario Marianelli, et aux costumes de Jacqueline Durran ajoute à ses qualités cinématographiques, celles d’un opéra-ballet.

J’ai été sous le charme des acteurs, Jude Law en tête. Il endosse le personnage d’Alexis Karenine avec la raideur qui convient et les émotions qui le traversent n’en sont alors que plus remarquables. Keira Kneightley est une Anna plausible. Seul bémol, une erreur de casting, je ne peux imaginer qu’on puise tomber raide amoureuse de Aaron Taylor-Johnson (Vronsky).

Même si rien ne remplace la richesse de la lecture, la mise-en-scène superbe, élégante, gracieuse, rend bien le foisonnement qu’on trouve dans le roman. Le film durerait 130 minutes, il n’en n’est rien paru et j’ai retrouvé toute la mythologie de cette grande oeuvre, faite d’amour, de foi, de fidélité et infidélités, de maladie, de sentiments aigus, d’hypocrisie et de jalousie, de noblesse et de perversions (tout le monde trompe tout le monde et seule la loi de la société vous autorise ou vous rejette). Tout cela est magnifié par les choix esthétiques et le montage habile de Joe Wright. Ouvrez une porte, passez derrière une colonnade et joignez-vous au ballet!

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Robot and Frank

In a nutshell: A sweet story about old age and forgetfulness, also with a robot.

Pour un premier film, Jake Schreier réussit un joli exploit : composer un film amusant, intelligent et sensible, sans prétention particulière. Cette modestie de bon aloi permet d’éviter le mélodrame pourtant tentant, et de pardonner le manque de souffle d’une histoire très classique où un vieil acariâtre est gentiment apprivoisé par un chien/un chat/un enfant (vérifiez le catalogue Disney) qui lui redonnera le goût de vivre et de partager. L’originalité tient ici à ce que le protagoniste est un robot ce qui permet à Schreier (et son scénariste Christopher Ford) de développer en filigrane une réflexion sur la robotisation et l’informatisation de notre intimité tout en se concentrant sur la question de la mémoire et de la réalité des sentiments qui se retrouvent au coeur du film.

Il a encore oublié le chocolat …

En effet, Frank (Frank Langella superbe comme toujours), monte-en-l’air vieillissant, est atteint de la maladie d’Alzheimer ce qui pousse son fils (James Marsden) à lui offrir un robot (voix de Peter Sarsgaard) qui s’occupera de lui et de sa maison. Très rétif, Frank finira par apprécier, mieux, aimer son petit camarade travailleur (après tout, c’est ce que signifie “robot”) dont la franchise soulignée par le titre (Robot and Frank peut signifier “Robot et Frank” et “Robot et sincère” en anglais) le séduit.

Film attendrissant, à l’encontre des clichés américains sur une robotique menaçante (pensez Terminator ou même Moi, Robot), M. Schreier choisit une philosophie nippone où les robots sont plutôt de précieux soutiens. La fable, rafraichissante et charmante, et la solidité de la distribution (comment ai-je pu attendre jusqu’à ce dernier paragraphe pour citer Susan Sarandon ?) devrait vous offrir un moment passager, volatile mais plaisant de douceur souriante, un rien mélancolique.

En résumé : Un film original, doucement comique et un brin mélancolique sur les relations entre un patient d’Alzheimer et son robot aide-soignant. Ca aurait pu être casse-gueule, mais ça marche. 

First-time director Jake Schreier’s Robot and Frank is set in a near future where meticulously programmed robots offer top notch care for the elderly. Frank (Frank Langella) suffers from Alzheimers and is given just such a robot by his harried son Hunter (James Marsden). As a reluctantly retired lifelong heist-master, Frank is initially grumpy about his new companion, but brightens considerably when he realises a glitch in its programming makes it the perfect robbery accomplice. 

“This outing is clearly very good for your hand-eye motor coordination skills, Frank”.

The ensuing story is gently comical, touching and quite thought-provoking too. In many ways the robot is able to offer ‘pure love’ to Frank – its programing is such that its every action is designed to further his ward’s wellbeing. When Frank’s well intentioned daughter Madison (Liv Tyler) tries to step in and offer a ‘human’ touch, it’s quickly clear how much more flawed the care she has to offer is. Frank quickly relates to his robot in a way that outshines all his existing relationships.  As an audience you’re invited along with that identification process.

There are strong performances all round, and while there’s nothing quite earth shattering on offer, it had a very decent backbone to it, numerous twists of originality, and more than enough to leave a lump in your throat without having you heaving with nausea in the wake of an overdose of melodrama. More than worth a watch!

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