Category Archives: Thriller

Gravity

Gravity 1In a nutshell: Awesome visual effects, very thin storyline, Gravity is spectacular, yet not as thrilling or deep as promised by the raving blurbs and most professional critics.

Et vous ? Vous sentez-vous plutôt attiré par la dernière Palme d’Or ou le meilleur film catastrophe de l’année ? Nous, ce fut l’immensité de l’espace et la virtuosité d’Alfonso Cuaròn qui nous séduisirent. Gravity narre de façon très linéaire, par petites touches et grands bonds spatiaux, les tentatives de survie d’une équipe d’astronautes, réduite très vite à peau de chagrin (George Clooney et Sandra Bullock), perdue dans l’orbite de notre planète tandis qu’une pluie de débris les menacent avec régularité. Images renversantes, plans-séquence grandioses, Cuaròn démontre une fois de plus ses capacités à mettre en scène et faire ressentir l’espace et le temps en un ballet en apesenteur inspirant. Spectaculaire et maîtrisé, Gravity impressionne.

Selon James Cameron, le plus beau film sur l'espace tout de même!

Selon James Cameron, le plus beau film sur l’espace tout de même!

Mais peut-être parce que précédé d’une rumeur dithyrambique, le film n’emporte pas autant que ce que l’emballement des critiques aurait pu faire penser. Le scénario, bien mince, est attendu et sans surprise, si ce n’est celle de voir que la NASA envoit, semble-t-il sans y songer à deux fois, une scientifique mal préparée et dépressive dans les profondeurs de notre univers. La métaphore filée du cordon ombilical et derrière d’une renaissance de cette héroïne retrouvant l’envie de vivre ou la volonté de survivre apparaît maladroite en dépit du charme de Sandra Bullock, et la dernière demi-heure de ce film nous fait revivre les mêmes scènes en boucle en subissant une bande son tonitruante désireuse de guider nos émotions, voire de dicter ce que nous devons ressentir.

Subtilité de la métaphore! Ou pas.

Subtilité de la métaphore! Ou pas.

Notons aussi que plus que la 3D, c’est la construction d’une grande partie de l’histoire directement sur ordinateur qui marque l’histoire du cinéma. Ainsi la magnifique scène d’ouverture n’est pas tournée sur écran vert mais créée sur ordinateur, les visages des astronautes filmés ailleurs, étant ensuite ajoutés. On constatera la crédibilité des images et la difficulté de plus en plus importante pour le spectateur à définir la réalité ou non de ce qu’il observe.

Entre histoire chétive, technique éblouissante et images sublimes chacun fera son choix.

247813id1h_Ver1_Gravity_2ndLook_27x40_1Sheet.inddEn résumé : Vous connaissez des jeunes qui souhaitent devenir astronautes quand ils seront grands? Amenez-les voir ce film, ça les calmera. Ce film se regarde avec plaisir mais en fin de compte, les critiques me semblent avoir été un peu hyperboliques …

I must admit, I’m not entirely sure what all the extra-extravagant swooning has all been about for this one. Someone seems to have sent out the memo that Gravity is a work of awe-inspiring genius, and even Les Cahiers du Cinéma has been toeing the line. Les Cahiers! That’s not to say that Gravity is not an extremely decent watch. But it’s also so… formulaic and box-ticking! For anyone who’s been living in outer space cut off from the world lately (other than the cast of Gravity, huhu), the premise here is that poor Sandra Bullock, hastily-trained NASA technician, finds herself caught in an unfortunate chain reaction whereby bits of flying satellite (the Soviets’ fault) destroy her craft and most functional space stations within a thousand mile radius. She’s left stranded in her spacesuit with only George Clooney for company, and anyone can tell that he has been given far too jocular, reassuring a personality to have much chance of lasting long. Can she get back to earth in the face of all the odds, armed with only about 200 ml of oxygen and a wavering will to live?

uh-oh

uh-oh

The film’s beautifully shot and clearly knows its Space Odyssey. Second-to-none technology is doing its thing with brio here. The narrative arc is perfectly solid and the tension is kept up throughout – but not as spectacularly high as I’d been led to believe it might. Meanwhile its 3D elements felt pretty cursory and limp, other than for the very odd bit of flying debris that felt like it might be going to take your eye out. Bullock’s character has quite the time of it, and learns some important stuff about herself in the midst of being given the fright – and fight – of her life in zero gravity. She plays very well and it was all highly professional and well oiled. But I really think the people crying genius have lost the plot – there’s something quite crude and clunky about the whole thing that just makes the lavish praise a bit startling.

1 Comment

Filed under Action, Sci-fi, Thriller

Prisoners

PRISONERSIn a nutshell: If your daughter were to disappear, what would be going too far? And is this even far enough? As Prisoners lets you wonder bleakly about this question, you can focus on the stellar performances of the cast and forget about the lows of this uneven weary movie, or you can regret that Villeneuve can’t seem to do better than your average (fairly smart) adult thriller from the seventies.

Des amis se réunissent, leurs deux petites filles vont gentiment jouer dehors et disparaissent … Tandis que certains s’abîment dans le désespoir ou se tétanisent Keller (Hugh Jackman intense et menaçant) n’est plus que fureur et brutalité. Le suspect numéro 1 (Paul Dano assez insupportable), bénard vagabond, relâché fautes de preuves par le très compétent détective chargé de l’affaire (Jake Gyllenhaal soucieux, consciencieux et concentré) l’apprendra à ses dépends.

Bla

Attention, il va couper …

Denis Villeneuve, après Incendies, poursuit son exploration des blessures à vif et des passions instrumentalisées par le destin avec la même patte lourde, prétentieuse et languide qui semble lui tenir de style. La solennité du propos et l’image sombre et glacée veulent souligner le sérieux du projet, et, sans doute, la profondeur de celui-ci: deux réflexions classiques sont proposées, savoir si la fin justifie les moyens, et découvrir que chacun d’entre nous a en lui secrets et ténèbres. L’intrigue hésite entre critique sociale, ambiguïté dramatique et camelote racoleuse vaguement horrifique. On est sur le territoire d’un Cortès (Buried) et surtout d’un Fincher tant le spectateur songe à la rencontre de Zodiac et Seven, mais jamais le réalisateur et son scénariste ne réussissent à régater avec leurs modèles.

Bla

Prisoners et Zodiac : beau nez blanc et  blanc bonnet ?

Soulignons néanmoins une cinématographie digne d’éloge et l’excellence de la distribution ( sauf Paul Dano que, vous avez pu comprendre, je ne porte pas dans mon coeur). Chaque acteur habite avec conviction son rôle et donne en conséquence à ce film inégal de très beaux moments  démontrant que Prisoners eut pu être un grand thriller oppressant et claustrophobe. La complexité des états émotionnels des protagonistes détonnant dans un paysage cinématographique nord-américain souvent plutôt simpliste voire manichéen en réjouira même quelques uns.

Leave a comment

Filed under Thriller

White House Down

White_House_DownIn a nutshell: We are back or are we? Gently coerced by friends and our bad conscience, we are trying to revive this blog one movie at a time. Our first stop, Washington D.C., where gun-toting lunatics financed by the weapon industry take over the White House and destroy the Capitol, proving to Al Qaeda that America does it better. Fortunately for the brash handsome Air Jordans wearing President (Jamie Foxx), a former military hothead (Channing Tatum), now simple security agent at the Capitol, will save the day. Ludicrous, but a guilty pleasure.

Bon, on prend son courage et son clavier à deux mains et on relance la machine ! Si nous n’avons pas cessé d’aller au cinéma, les six (huit ? dix ?) derniers mois ont été si fertiles en événements que la chronique de nos expériences cinématographiques en a été oubliée. Miss J. est devenue Mrs. J. (on la félicite, on l’embrasse, on … on va s’arrêter là), M. D. s’est engagé dans des projets variés, et la vie s’est montrée tumultueuse avec tous, mais pas autant qu’avec le président des Etats-Unis – Jamie Foxx plus Obama que le vrai – et son garde du corps d’un jour, le sympathique et grognon Cale alias Channing Tatum, Bruce Willis du pauvre. Un groupe de vilains terroristes s’empare de la Maison Blanche et souhaite lancer une attaque nucléaire contre l’Iran de manière proactive et régler son compte à un président bien trop colombe pour leur goût. Ils avaient pensé à tout (enfin, il faut le dire vite, le scénario a des béances qu’il serait sans doute impoli de fixer trop intensément) sauf au fait que Cale et sa fille serait en visite organisée et bien décidés à se défendre avec alacrité. Vous connaissez déjà la fin.

Un grand saut

Un grand saut

Que dire en conséquence de ce film carbone d’un carbone, mélange souriant de deux classiques du cinéma d’action The Rock (souvenez-vous de ce remake de “Twilight’s last gleaming” -1976- avec Nicolas Cage, Sean Connery et un grand Ed Harris prenant Alcatraz en otage) et Die Hard (rappelez-vous Bruce Willis rendant la vie du magnifique Alan Rickman très difficile)? Qu’il n’est pas à la hauteur de ses modèles? Certes – même si l’on peut sourire aux reprises plan par plan des scènes d’introduction du méchant (James Woods ici moins convaincant qu’Ed Harris) ou de conclusion, la fille – très tête à claques – de Cale reprenant avec un drapeau la même chorégraphie que Nicolas Cage avec des fusées éclairantes. Mais la mécanique est plutôt bien huilée et l’alchimie des deux acteurs principaux fait suivre sans déplaisir leurs abracadabrantesques aventures.

Alchimie explosive

Alchimie explosive, semble-t-il

On peut ajouter à l’instar de Mr. J.A., qui eut la gentillesse de m’accompagner et qui vous parle de son expérience ci-dessous , que les références multiples à l’actualité et à la politique américaine feront sourire les amateurs. On remarquera enfin qu’il devient de plus en plus compliqué pour Hollywood de trouver des méchants crédibles par peur de vexer ou de subir d’orageuses répercussions économiques. Les vilains sont ainsi de plus en plus locaux ou apatrides, même si l’on peut penser que la Corée du Nord et peut-être l’Iran ont un potentiel intéressant.

En dépit d’un scénario étique, l’art de Roland Emmerich, grand faiseur de film popcorn devant l’Eternel, la qualité des interprètes et la bonne humeur évidente qui accompagne ce projet aux ambitions restreintes permettent de sortir du cinéma avec le sourire et la certitude que tout sera oublié dès le lendemain.

white-house-downLe résumé de Mr. J.A. : La Maison Blanche a été attaquée par un groupe de terroristes locaux ivres de vengeance. Un agent de sécurité du Capitole doit sauver le président pour  se faire engager par le Secret Service et prouver à sa fille adolescente qu’il n’est pas un père inepte. Un moment divertissant, surtout si on l’interprète comme un commentaire peu subtile de la scène politique américaine actuelle.

OK, so this is not a particularly original plot, given it’s the second offering from Hollywood in the same season in which terrorists attack the White House. Unlike its predecessor, the bad guys here are not from an evil, foreign regime trying to wage nuclear war on the US, but rather are a group of American mercenaries hired by US government administration insiders to sideline the President (played by Jamie Foxx) and wage nuclear war on a foreign regime. The good guys are, of course, the President and the guy trying to save him, Cale (played by Channing Tatum). Both actors give good, sometimes funny performances, as do all the other actors, including James Woods, Richard Jenkins and Maggie Gyllenhaal. But that’s not what makes this movie interesting.

Yes he can

Yes, it can be an interesting movie

What’s more interesting is that White House Down is a Hollywood caricature of current US politics, and that’s what makes this movie both funny and a bit scary. Jamie Foxx’s character of President Sawyer is of course a stand-in for President Obama, as he espouses his desire for world peace and negotiating with US rivals like Iran when in front of a camera, but we learn later has also ordered secret military strikes on that country. Other references to Obama are overt, from his attempts to quit smoking, to his choice of basketball sneakers.

A president giving up his gun, but still winning at the end: what wil the NRA make of this?

A president giving up his gun, but still winning at the end: what will the NRA make of this?

Some references to U.S. politicians are hilarious, like the rather tanned congressman who seems to be crying for no particular reason, because it’s clearly aiming to depict John Boehner. The notion of a group of right-wing radical mercenaries trying to take over the White House would be funny too, if not for this, as would be the notion of someone thinking that the whole Middle East was just too much trouble, might as well nuke ‘em, if not for this (that’s right, 50% said “yes”).

All in all, White House Down is an entertaining action flick that doesn’t take itself too seriously.

Leave a comment

Filed under Action, Comedy, Thriller

L’Inconnu du Lac

lacIn a nutshell: Third review from our Special Envoy to the Cannes film festival, Mlle Clara. This year: two major themes Money and Homosexuality, it’s the latter that Guiraudie explores in a very frontal yet very sensitive and relaxed way. One of the must see of 2013 according to both our talented reviewer and Thomas Vinterberg, Un certain regard‘s president of the jury.

A l’heure où l’on écrit, ce film cannois qui a fait le buzz (du ramdam !, note de M. D.), selon l’expression désormais consacrée, a reçu le prix de la mise en scène du jury d’Un certain regard, présidé cette année par Thomas Vinterberg. Ce n’est que justice, tant Alain Guiraudie confirme avec cet Inconnu du lac l’immense talent qu’il avait su démontrer dans Ce vieux rêve qui bouge (2001) et Le Roi de l’évasion (2009).

Je ne sais ps

Après la dame, l’homme du lac?

Un plan fixe sur un parking improvisé dans un bois à proximité d’un lac. Le bruit du vent dans les arbres. Le ciel bleu. Après-midi d’un mois d’août paisible. Un homme, silhouette svelte, se déshabille pour piquer une tête dans le lac limpide, où l’eau, lui dit un autre vacancier, est délicieuse. Plaisir de la nage crawlée : le corps fend l’onde avec aisance et énergie. Sur la grève, des hommes — que des hommes. Souvent entièrement nus. Ils bronzent allongés nonchalamment sur leur serviette, et parfois discutent. Les testicules et le sexe à l’air, filmés frontalement, dans une totale décontraction. Autour de ce lac, dans les bois avoisinants, ce sont des chassés croisés incessants, des étreintes fiévreuses ou lasses… Un voyeur à l’air niais se masturbe mollement en essayant d’apercevoir entre les buissons les couples éphémères. Le sexe est filmé avec honnêteté, réalisme, naturel : pénis branlés, sucés, éjaculant ; tout cela tranquillement, si l’on peut dire, comme l’évidence d’un verre d’eau glacé qu’on boit pour se désaltérer lors d’une chaude après-midi d’août. Et ainsi, jour après jour, le plan fixe sur le parking avec le vent dans les arbres scandant le passage des jours.

Je ne sais pas

Des hommes de l’ombre, plein soleil …

On apprend à mieux connaître Franck, le beau crawler, et Henri, un quadra attendrissant esseulé et bedonnant, seul ascète du lac. On se laisse saisir par la beauté de la nature, filmée avec sensualité ; on pense à Jean Renoir, à Partie de campagne, au Déjeuner sur l’herbe. On retrouve une certaine façon commune aussi de filmer avec justesse les gens simples, la classe ouvrière de Ce vieux rêve qui bouge, les gens du peuple du Roi de l’évasion — à l’instar de cet Henri, bûcheron de son état, ou de ce Franck, vendeur précaire sur des marchés… On a toutefois un peu du mal à s’habituer à ces organes génitaux filmés de face, crânement ! Et puis, quelque chose bascule. Un meurtre. Ce pourrait-être la Bête humaine (toujours Renoir), mais non, pas de psychologie, pas d’explication, de chaînes causales. Celui qui est témoin de ce meurtre apparemment de sang froid, meurtre par lassitude d’un amant trop collant, est troublé. Est-ce son trouble qui le pousse dans les bras du criminel, obscur objet du désir de danger, de mort? Ou bien son attirance pour le ténébreux bel étalon est-elle plus forte que les scrupules, et que la crainte d’être à son tour la victime ? On ne sait.  Le dénouement, en suspens, laisse planer le doute sur l’issue de sa destinée.

Eros et Thanatos

Noires amours et Renoir

Alain Guiraudie nous avait déjà éblouis dans ses précédents films par son sens du cadre, sa science de la lumière, ses plans qui durent, silencieux. Avec son Inconnu du lac, il offre un film radical dans ses partis pris de mise en scène à la fois rigoureux et audacieux. L’audace réside dans la répétition de certains plans, créant un léger effet d’hypnose ; dans les béances du scénario anti psychologisant ; dans ces séquences nocturnes à la lumière hyper réaliste, épousant le point de vue des personnages qui n’y voient pas plus que les spectateurs (contrairement à ces fausses nuits auxquelles le cinéma classique nous a habitués). L’audace gît aussi évidemment dans la franchise des scènes de sexe, coït homosexuel qu’on n’a pas souvent vu filmé aussi frontalement dans un film d’auteur.

Un film de face et de fesse?

Un film de face et de fesse?

Si le film touche à une certaine métaphysique du désir et du plaisir (l’éternel eros et thanatos), il n’est jamais poseur, et on retrouve même ça et là l’humour que Guiraudie avait exprimé à plein dans son loufoque et déjà très chaud Roi de l’évasion. Le réalisateur, à travers le commissaire de police qui enquête sur le meurtre mystérieux, semble aussi discrètement lancer quelques questions éthiques sur l’égoïsme de ces hommes qui se rencontrent charnellement dans l’anonymat, sans se soucier qu’un des leurs ait pu être assassiné. Comme si de communauté, il n’y en avait pas, mais juste des égoïsmes qui se frôlent et s’entendent uniquement pour jouir le temps d’une étreinte passagère… Enfin, vous l’aurez compris, L’inconnu du lac n’est pas un brûlot en faveur de Madame Boutin, hein !

1 Comment

Filed under Drama, Erotic, Thriller

Argo

In a nutshell: “Argo f*** yourself” is what Ben Affleck could have said to the Academy receiving his Oscar for best movie. The film is a bit like the formula: efficient, punchy, humourous, not as original as it wished to bit and a bit rough around the edges, but overall a very decent watch.

Ne parler qu’aujourd’hui d’un film vu il y a bien deux ou trois mois tend à prouver la difficulté à tenir un blog, avoir un métier, des amis, une vie familiale … alors que Franglaisreview s’approche tranquillement des 100’000 visites, mon respect pour les blogs constants et nourris ne cesse d’augmenter. Respect qui a dû grandir parallèlement à Hollywood ou l’une des activités favorites des journalistes étaient de se moquer de Ben Affleck et lui préférer son compère Matt Damon. Le réalisateur a supplanté l’acteur sympathique mais aux capacités mesurées et le “socialite”, dix ans de mariages et trois films l’ont imposé comme un talent sur lequel l’industrie cinématographique peut compter.

Même si niveau lecture, ce n'est pas encore ça, niveau caméra, il se débrouille ...

Même si niveau lecture, ce n’est pas encore ça, niveau caméra, il se débrouille …

Argo raconte l’étonnante histoire de ce groupe d’Etats-Uniens, diplomates à Téhéran, qui s’enfuirent de l’ambassade lors de sa prise en 1979 et allèrent se réfugier chez un très courageux ambassadeur canadien. Mythe national oblige, c’est un agent de la CIA, Tony Mendez, qui alla les chercher utilisant comme couverture la production d’un film de sciences-fiction. Pour ne pas se faire repérer, il construit avec l’aide d’amis hollywoodiens patriotes une coquille présentant une façade officielle à ce projet factice. Mark Twain le disait déjà: “La seule différence entre la réalité et la fiction, c’est que la fiction doit être crédible”. Mendez pourra donc ensuite aller sauver les 6 diplomates en les faisant passer pour l’équipe du film. Le président Carter, encore récemment, soulignait à quel point il avait apprécié Argo, mais que l’interprétation de Ben Affleck ne rendait pas justice au travail et à l’action du Canada, pour lui acteur bien plus important que les Etats-Unis en l’occasion. Peu importe, l’histoire au cinéma est belle et l’absurdité de la situation face à l’ampleur des enjeux interpelle et passionne.

Construit sur un rythme sec, Affleck réussit à trouver l’équilibre approprié entre sourire et tension et fait preuve d’une grande maîtrise dans le montage. La narration est haletante et la distribution solide et distrayante. Goodman ou Arkin (presque) sans cabotiner offrent des moments d’anthologie à une caméra classique mais attentive et aimante. C’est cette énergie qui sauve le film d’un académisme parfois pesant et d’un didactisme manquant parfois de nuances, car ces quelques aspérités sont gommées par l’habileté du réalisateur à nous faire revivre un événement de l’intérieur. Très influencé par Michael Mann, Spielberg et probablement Pollack, Affleck fait preuve d’aplomb, peut-être trop, mais démontre qu’il maîtrise solidement les règles et les standards hollywoodiens. Rien de plus normal qu’il soit alors reconnu et récompensé. Le film est consensuel, mais il est de très belle facture, on comprend le choix de l’académie.

En résumé : Un polar diplomatique qui rappelle que la réalité est souvent bien plus bizarre que la fiction. Ben Affleck se montre un réalisateur doué, et les Oscars le récompensent à raison. 

Ben Affleck’s Argo is based on a real life rescue mission from the 1979 Iranian revolution, when the American embassy in Teheran found itself besieged by furious protesters. Desperate attempts were made to shred the embassy’s documents before it was breached,  but time ran out, and the vast majority of the embassy workers was taken hostage. A lucky few, however, managed to flee the chaos engulfing the premises.

These quivering escapees were given refuge in the Residence of the Canadian ambassador, steadily brewing up a severe case of cabin fever while the CIA wracked its brains as to how to get them out of the country, and the Canadians proved the most stalwart of allies under severely pressing circumstances. The Americans eventually hit on a remarkably left-field approach: to try and smuggle the embassy workers out by passing them off as a science fiction film crew scouting out Iran, of all places, for some decent desert footage.

"Please don't take me to your leader".

“Please don’t take me to your leader”.

The science fiction project is named Argo, and it acquires its own script and press releases with all the professional shizazzle you’d expect from a kosher Hollywood movie project. Once the props are in place, it’s time to get into Teheran and to get the Americans out. Ben Affleck plays operation leader Tony Mendez, the CIA ‘film director’ behind this surreally intricate ruse. Strong performances all round help to keep you on bemused tenterhooks throughout this well crafted portrayal of one of the more astonishing sides of a Middle Eastern diplomatic crisis.

It all makes for an exhilarating watch and its 2013 Oscar success is well deserved – Franglaisreview is indeed grateful to the Oscars for finally giving us the kick up the backside we needed to write our review – for shame, it was on our Top Ten of 2012 and we hadn’t even managed to sit down and explain why we put it on the list. But now, with big props to Monsieur D for leading the fight against this inertia, everything is put to rights. Argo: a film that confirms Ben Affleck’s directorial talents and versatility, and which leaves you hungry for further tales of the unexpected.

2 Comments

Filed under Espionnage, Historique, Thriller

Top 10 – 2012

In a nutshell: For a fourth consecutive year, this blog lives! I can hardly believe it as I am writing these words. So, if you follow us, you know the drill, we shall look back on 2012 and celebrate the movies we enjoyed the most with our contributors, dear friends that they are. They shall start with their Top 5, the  film(s) they wished they’d found the time to see, and the one(s) they really rather wish they hadn’t, we will then follow.

Clap – Action – and once more happy New Year to you, dear reader!

Vous connaissez la presque routine, puisque depuis déjà quatre ans nous avons la chance de nous essayer à l’exercice … Nos contributeurs amis nous ont fourni le palmarès de leurs films préférés pour 2012, ainsi que le film qui, sans être forcément le plus mauvais, les a le plus déçus, et le(s) film(s) qu’ils ont raté en salle mais ne rateront pas en DVD. Nos voix concluront l’exercice.

Moonrise-Kingdom-de-Wes-AndersonMlle Clara’s Top 5 : Rather discreet this past year, Mlle Clara didn’t forget the path towards Franglaisreview.

1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
Pas toujours convaincue par les films d’Anderson (trop décoratifs), ce Moonrise Kingdom m’a enchantée: profondeur du scénario, beauté sans niaiserie du regard sur l’enfance et sur les adultes désarmés. Admirable maîtrise de son “système” de mise en scène, avec ce traitement si particulier de l’espace…

2. Le Policier de Nadav Lapid
Sorti en France en mars 2012, il semble oublié des palmarès des meilleurs films de l’année. Pourtant, ce film israélien est un gros coup de poing, par sa forme (un diptyque étonnant) et par son propos. Une autopsie sans concession de la société israélienne et du dysfonctionnement plus général de nos sociétés capitalistes aux inégalités toujours moins tolérables.

3. Au-delà des collines de Cristian Mungiu et Amour de Michael Haneke
Ex-aequo à mon sens, peut-être parce que ce sont deux films de Cannes. Deux films durs pour leurs sujets (la mort au bout, implacable) et d’une âpreté formelle qui éblouit.

5. Télégaucho de Michel Leclerc
J’avais adoré Le Nom des gens, le film précédent de Michel Leclerc. Je croyais que Télégaucho serait une resucée moins enlevée, eh bien, non! quelle pêche! quel amour de la vie et des gens, quel humour! Comme un goût d’une époque plus légère, celle de mon enfance…

Et pour le plaisir 6. Tabou de Miguel Gomes
Ce film, j’y suis allée en me disant: “Attention, chef d’oeuvre!”. Résultat, la première partie m’a ennuyée au point de me faire douter des critiques et de moi-même… Puis miracle, la seconde partie m’a emportée dans ses rets, par son charme durassien si singulier; si bien que la première partie a pris rétrospectivement une autre épaisseur, densité, beauté. La surprise de 2012.

Quelle fut votre plus grosse déception (ou le film le plus mauvais de l’année): Cosmopolis (de David Cronenberg) ! Que des critiques aient pu se pâmer devant ce machin logorrhéique bouffi de prétention reste un mystère.

Votre regret: Camille redouble de Noémie Lvovsky, Take shelter de Jeff Nichols, Lawrence anyways de Xavier Dolan …

moonrise-kingdom-balabanMme BP’s Top 5: A brand new contributor in 2012, Mme BP liked the experience and already signed on for 2013 with a review of Anna Karenina.

1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
2. Margin Call de J.C. Chandor
3. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson
4. Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab
5. Le magasin des suicides de Patrice Leconte
.
Quelle fut votre plus grosse déception :  Le Capital de Costa-Gavras, voyez plutôt !
.
Votre regret : Amour de Michael Haneke
.
Argo-afficheLe Top 5 de Mr. J.A. : De nombreux lecteurs apprécient l’ironie et l’humour de Mr. J.A., nous aussi, il nous fait l’amitié de partager ses choix pour 2012.
1. Argo by Ben Affleck
2. The Hobbit by Peter Jackson
3. Skyfall by Sam Mendès
4. Looper by Rian Johnson
5. Avengers by Joss Whedon

Biggest disappointment
is a tie between Prometheus by Ridley Scott and The Dark Knight Rises by Christopher Nolan. I had such high hopes for both of them …

Separately, the worst film of the year has to be Underworld: Evolution by Len Wiseman, for which I did not have high hopes. I’m a bit embarrassed to admit I even began watching it (my excuse is that I was on a plane). It was as if Kate Beckinsale was channeling Milla Jovovich, that’s how bad the first half was. Can’t speak for the second half.

moonrise-kingdom-poster1M. JM’s Top 5 : This year M. JM was kind enough to write a few review for us, but also to, very kindly, convince both his wife and one of his lovely children, to participate to Franglaisreview. Thanks!
.
1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
2. 4:44 Last Day on Earth de Abel Ferrara
3. War Horse de Steven Spielberg
4. La vie sans principe de Johnnie To
5. Twixt de Francis Ford Coppola.
.
Un classement apparent, mais pas forcément si fixé : une année avec peu de bons films, quelques replis auteuristes européens forts (Léos Carax ou Miguel Gomes) mais qui ne m’ont pas tant ému que cela – et malheureusement trop de films estampillés auteurs dans ma liste.
.

Le cinéma américain reste encore très fort, et j’aime la façon dont il investit la télévision ou plutôt dont la télévision est devenue un îlot d’expérimentations qui me fait pas mal penser à ce qu’était le cinéma américain dans les années 70, comme dans ces séries si célèbres et si célébrées que sont Homeland ou Breaking Bad ;  je n’ai pas vu Amour de Michael Haneke, et je ne le regrette pas du tout ; je crois qu’il y avait pas mal de films italiens intéressants et cachés, j’aimerais en découvrir quelques uns.

.

killerjoe1Mlle L.’s Top 5: Last but not least Mlle L.! She is our most faithful reviewer and the proud author of the 3 Buck DVD corner, go check it! Never afraid of a good polemics, here she is in her unmistakable style:

J’allais dire comme d’habitude qu’il n’y a eu cette année que des daubes au cinéma, et vanter une fois encore les mérites du lecteur DVD. En fait, je suis pour une fois vraiment enthousiasmée par toutes les entrées de mon top 5, et j’ai même eu bien du mal à ne pas en faire un top 10. Comme quoi, l’année 2012 n’a pas été cinématographiquement si vaine, en fin de compte.

1. Killer Joe de William Friedkin
2. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
3. Argo de Ben Affleck
4. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson
5. The Best Exotic Marygold Hotel de John Madden

Et puis, dans le genre “pas recommandable mais quand même qu’est ce que j’ai pu rigoler”, j’ajouterai

The Expendables 2 de Simon West (si, si)

En revanche, 2012 fut aussi l’année de sortie d’un film pour lequel je conserverai ad vitam aeternam une haine aussi tenace que sanguinaire, l’atroce Ruby Sparks de Valerie Faris et Jonathan Dayton

Pour finir, je regrette (un peu) de n’avoir vu ni Margin Call de J.C. Chandor, ni The Dictator de Larry Charles.

Amour posterMiss J.’s top ten

Ah, what an amazing year it’s been! Er, although slightly less so on the big screen – I had to scratch my head a little to put together this top ten, although it was worth the effort:

1. Amour by Michael Haneke –  almost punishing to watch – but Amour shimmers from start to finish.

2. Moonrise Kingdom by Wes Anderson  brilliantly engaging comic tale, bursting with wistfulness and whimsy.
3. Margin Call by J. C. Chandor – an enthralling dramatic close-up on economic and moral meltdown on Wall Street.
4. Skyfall
by Sam Mendes- one of the greatest James Bond films ever made (and we’ve checked).
5. A Dangerous Method 
by David Cronenberg – Russian hysteria and erotic transfer in psychotherapy doesn’t get any better than this.
6. Argo
 by Ben Affleck – real life is one of the best sources going for black comedy with US diplomats in the Middle East.
7. Camille Redouble
 by Noémie Lvovsky- phew – a French film at last! A  very decent smash hit comedy.
8. Killer Joe by William Friedkintroubling (to put it mildly) but darkly brilliant – chicken drumstick trauma scene and all.
9. Cosmopolis
 by David Cronenberg – a hypnotic, languid, classy watch.
10. Best Exotic Marygold Hotel
by John Madden – heartwarming and humorous, with a fantastic cast.
.
Three films I wished I hadn’t bothered seeing:
1. The We and the I  by Michel Gondry – truly abject viewing from a self-satisfied Gondry and a busload of obnoxious teenagers.
2. The Campaign by Jay Roach – Will Farrell disgraces himself by partaking in this drivel-ridden satirical flop.
3. Dépression et des potes by Arnaud Lemort – a dead dreary buddy movie which should have gone straight to bad cable TV.
.
I am sad to have missed Kenn Scott’s Starbuck and Léos Carax’s Holy Motors, and hope to track them down on DVD.

Le top ten de M. D.

tinker-tailer-poster1. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson. Tout me plait dans ce film, du scénario très intelligemment adapté du livre de Le Carré, aux acteurs britanniques démontrant une qualité et une constance presque éprouvantes pour la concurrence, en passant par une cinématographie léchée, réfléchie et un montage au cordeau. J’ai tant aimé que j’ai même revu, puis revu encore.
2. Moonrise Kingdom de Wes Anderson – Un film enchanteur, merveilleusement doux-amer et léger, Mlle Clara en a déjà bien parlé. Ce fut une déception de ne pas le voir récompensé d’une manière ou d’une autre à Cannes. Toujours difficile pour une comédie de recevoir les hommages qu’elle mérite.
3. Compliance de Craig Zobel – Un film presque documentaire, ce qui fait toute sa force. Glaçant, gênant et très stimulant.
4. Killer Joe de William Friedkin – Une leçon de cinéma, des acteurs en état de grâce (Matthew McConaughey!), la scène du pilon, la plus choquante de mon année dans les salles obscures.
5. Margin Call de J.C. Chandor – Pour un premier film, un coup de maître, et un vrai beau film sur la crise financière sans diabolisation ni recours au spectaculaire … et pourtant ce huis-clos est exceptionnellement spectaculaire.

Skyfall16. Skyfall de Sam Mendès – Un James Bond magnifique ; l’un des plus impressionnants, j’ai vérifié.
7. Starbuck de Ken Scott – Une très belle comédie, ce serait dommage de bouder son plaisir.
8. La Vie sans principe de Johnnie To – L’élégance de Johnnie To et des acteurs percutants.
9. Holy Motors de Leos Carax – Des images me restent, me reviennent et me plaisent.
10. Argo de Ben Affleck – Tendu et amusant, un film intéressant, solide quoiqu’un peu scolaire.

Notons que les deux films de Cronenberg, celui de Lvovsky et Une Nuit de Philippe Lefebvre ne sont pas loin derrière.

The-Dark-Knight-RisesLes trois déceptions : Dark Knight Rises de Christopher Nolan, je l’attendais avec impatience et fus déçu par cette enclume de film au scénario absurde, un gachis ; Looper de Rian Johnson que j’aurais tendance à renommer Loupé ; Associés contre le crime de Pascal Thomas, si mauvais qu’on en vient à voir sa colère se transformer en abattement (38 témoins, c’est plutôt le contraire) .

Les trois films (bon, j’admets il y en a plus) qui me tentent mais, ma foi, tant pis … Bullhead de Michaël R. Roskam, Tabou de Miguel Gomes, Like Someone in Love de Abbas Kiarostami.

Leave a comment

Filed under Action, Animation, Aventure, Biopic, Cinema, Comedy, Drama, Espionnage, Fantasy, Guerre, Historique, Policier, Road movie, Romance, Sci-fi, Superhero, Thriller

Dans la maison

In a nutshell: A treat for you guys as we try new things on Franglaisreview. Monsieur J.M. and his wife, Madame Mimi, discuss François Ozon’s latest movie. The famous French director adapted the screenplay from the Spanish writer Juan Mayorga’s play The Boy in the Last Row. As the production states “a sixteen-year-old boy insinuates himself into the house of a fellow student from his literature class and writes about it in essays for his French teacher. Faced with this gifted and unusual pupil, the teacher rediscovers his enthusiasm for his work, but the boy’s intrusion will unleash a series of uncontrollable events.”

Monsieur J.M. et Madame Mimi – Fabrice Luchini et Kristin Scott-Thomas … un débat spéculaire sur l’oreiller.

Monsieur J.M. : Madame Mimi et moi-même avons donc vu le dernier film de François Ozon.

Madame Mimi : – Enfin, il fallait te forcer un peu. Toi qui dis adorer Luchini, ça te gênait de le voir jouer un prof.

Monsieur J.M. : – Pas exactement. Très vite, je me suis aperçu dans mon immense sagacité qu’on quitterait peu l’univers du lycée et de l’éducation nationale ; et bizarrement, j’ai vu assez peu des films réussis sur ce sujet.

– Verdict ?

– Luchini est peut-être très bon en prof, mais c’est une couverture, Ozon filmé Luchini au plus près et se moque avec son consentement de sa posture de vulgarisation littéraire. Luchini moraliste, désabusé, excessif, hyper théâtral, cabotin, fabuliste, pour finir assommé par un volume du Voyage au bout de la nuit.

Madame Mimi et Monsieur J.M. – Scott-Thomas et Luchini … une discussion en miroir avec ou sans lunettes.

– Mais tu lui reproché d’être Luchini ?

– Pas du tout. Mais Ozon intègre à son scénario le personnage de Luchini, et avec malice il décadre un peu de ce qu’on attend de Kristin Scott-Thomas, toujours bourgeoise, pas drôle, pas du tout froide, piquante. Quand Luchini est hyper français, il cherche un ressort de comédie américaine.

– Oui, mais tu noies le poisson. Tu ne dis pas que le ressort dramatique t’a gêné. La fascination du prof pour l’élève jouvenceau.

– Bof. Pour faire passer la pilule du récit, Ozon est surtout obligé d’inventer une classe de nuls avec un surdoué, et cela me gêne. La classe et la diversité des élèves n’existent pas. Tous nuls sauf un.

– Mais ce n’est pas un manifeste républicain ?!!

– Certes. Le récit de l’enfant pervers qui manipule tout le monde pour coucher avec les adultes plus ou moins frustrées, bof.

Monsieur J.M. et Madame Mimi – Luchini et Scott-Thomas … la controverse : critique de cinéma, une position assise ?

– Le film ne raconte pas ça.

– ???

– C’est le prof qui fantasme cette perversité. L’élève veut juste déployer ce qu’il a. Il joue un jeu, mais c’est le prof qui mène cette supercherie et se ment à lui-même. C’est le meilleur aspect du film. Tous ces personnages d’élite qui donnent des leçons et dissertent, cela ne leur sert à rien. Ils ne baisent pas et se font avoir.

– C’est pas démagogique ? Vive le sens du peuple

– Ozon en tout cas essaie de rendre les clichés très triviaux, et la culture contemporaine, si c’est la politique avec des poupées gonflables, cela reste peu subversif.

– C’est son projet ? Où est le subversif ? Dans ce scénario à la Henry James ?

– Presque. Il y a chez James la décadence de la culture et l’ambiguïté, mais il y a une grande complexité du sacrifice et des relations. Ce serait plutôt mettre à l’épreuve la grande corruption de XIXème siècle et les codes de la laideur d’aujourd’hui.

– La laideur des murs des salles de classe ?

– Qui rappelle les couleurs des décors des émissions de télévision. Comme les Z’Amours.

– Et ?

M. J.M. et Mme Mimi – F. Luchini et K. Scott-Thomas … Vivent les causeries au cinéma (Mais chut! Enfin!).

– C’est super moche. Le découpage délibéré de Julie Lescaut et clandestinement le désir comme une maladie secrète. Ou inversement. C’est la limite du film. Ce qui lui manque. Bêtise ou intelligence, culture ou ignorance, force ou subtilité. Tout est binaire. Bien construit, mais binaire. Il n’y a rien qui dépasse et emporté. On reste dans un univers de prof, de bon élevés et de cancres. Cela reste normé. Sauf la fin, mais l’ouverture hitchcockienne est bidon. Appliquée, encore, et superficielle. C’est cela l’amitié, le prof et l’élève dans la jouissance du spectacle de la vie, l’un bienveillant, l’autre cynique (l’élève est forcément cynique).

– Chabrol était très bon pour ça, car il montrait comment tout se déchirait sans peur du grotesque. Subversif mais allant au bout de sa pensée. Ici, les choses sont déchirées depuis longtemps, mais l’aveuglement est maintenu et rien ne se brise vraiment.

– J’ai un très mauvais calembour, Chabrol juste avant la nuit, Ozon juste avant la coupure pub.

– Passons …

Leave a comment

Filed under Thriller

Wasteland

In a nutshell: Aaaah, Dinard, its festival, its British movies, its lovely rain, helping immensely going from one movie to the next. A favourite of ours: Wasteland, a rather brisk, sleek and clearly on a tight budget heist movie. Not tremendous, but very entertaining.

Difficile cette année de couvrir l’admirable festival du film britannique de Dinard, nos agendas chargés ont permis à Miss J. et moi de nous y rendre pour la troisième année consécutive dans cette ravissante petite ville pour découvrir les meilleurs productions de nos voisins d’outre-Manche. La sélection était en demi-teinte mais Wasteland a su nous divertir.

Le film s’ouvre sur un Harvey (Luke Treadaway) amoché, faisant face à un inspecteur sceptique (Timothy Spall), curieux de savoir comment il pourra expliquer ce qu’il faisait pied-de-biche à la main devant un bar cambriolé, au dessus de Roper, un parrain local comateux, car sa tête avait très nettement rencontré brutalement un objet contondant.

Harvey sait donner de sa personne

Celui-ci raconte alors qu’il est récemment sorti de prison après avoir purgé une peine qu’il ne méritait pas pour possession et trafic de drogue, lui qui n’a jamais approché ce genre de produits. Mais ayant découvert le responsable de cette perfidie, l’infâme Roper bien sûr, il a préparé ses représailles épaulé par trois de ses amis. Ce sera un casse… chacun aura un rôle à jouer.

La mécanique, dynamique et suffisamment élaborée, liée à une excellente distribution où chacun à son moment de gloire, permet de s’attacher aux protagonistes et vibrer pour eux, car leur succès n’est pas forcément garanti. A l’instar de The Usual Suspects, la construction et, donc, le jeu entre le réalisateur et son public séduisent et même si la surprise finale n’est pas à la hauteur du film de Bryan Singer, Rowan Athale sait mener sa barque avec modestie, efficacité et humour, sans pasticher ou reprendre les figures désormais imposées par Guy Ritchie ou Tarantino. On passe donc un moment agréable et on espère que ce genre donnera quelques idées aux jeunes réalisateurs français, qui jusqu’à présent hésitent souvent à chasser sur ce genre de terres.

En résumé : un jeune homme sort de prison après avoir été condamné pour un crime qu’il n’a pas commis. Il cherche la vengeance, et un casse audacieux à souhait s’ensuit. 

Wasteland was definitely one of the stronger films on offer this year at the Dinard British Film Festival. It’s a classically structured heist flick starring Luke Treadaway as Harvey, a young man freshly released from prison who’s dead set on getting his own back on, and a sizable wad off cash off, the northern gangland bully who had set him up for drug possession. He has his work cut out trying to convince three friends on the outside to join him.

These clubs are made for hittin’ and that’s just what they’ll do…

The stakes are suitably daunting and the plot parameters dynamic enough to make you care, while the characterisation and dialogues are burnished with flair and evident relish. Misfit’s Iwan Rheon as Dempsey is a strong, off-beat intellectual counterpart to Harvey, who frequently fades into the background despite being the instigator. Great care is taken over all the characters, and it pays off.

There’s a chipper confidence about the production and a decent pace is set, which ratchets up the tension, while throwing in humour and credible levels of violence, and a thoroughly British underdog-to-cheer-on dynamic. Extremely seasoned heist-viewers may  find the plot trajectory overly well worn, but I was perfectly happy and had a great time.

1 Comment

Filed under Thriller

Taken 2

En résumé : Si, comme Mr. J.A., vous avez aimé l’original, vous aimerez Taken 2. Car Liam Neeson sait admirablement incarner ce que Bryan Mills, héros récurrent bourru, fait de mieux : péter la gueule du plus grand nombre, avec style.

I admit to having felt a bit perplexed initially at the notion of Taken 2, given my memory of its 2008 predecessor, in which ex-CIA agent Bryan Mills single-handedly rescues his kidnapped daughter from human traffickers intent on selling her into sex-slavery, leaving a trail of shot, stabbed, drowned, bludgeoned and electrocuted bodies in his wake. The most pertinent question for me then was, “Why, oh why, do people keep taking things from this man? You know, I think he made it pretty clear last time that he does not like it when you take things from him. Stop that, bad guys!”

Then I watched the trailer.

Ohhhhhhhh. I see. The bad guys are taking him hostage. Well then. With that out of the way, it’s time to watch more old guy who’s really good at relentlessly kicking ass.

To summarize the plot, the bad guys in Taken 2 are a group of Albanians out to avenge the deaths of the people Mills killed in the first film. They determine that he will be in Istanbul soon, so hatch a plan to kidnap him there so they can take him back to their tiny mountain-top village in Albania and kill him (apparently, these kinds of bad guys can cross international borders with little more than a stern look at the border guard, so it totally makes sense). As luck would have it, Mills’ ex-wife and daughter have decided to join him in Istanbul for a holiday, so bonus–the bad guys decide to kidnap all of them. Without giving too many details away, that’s not quite the way things work out, and Mills spends the rest of the movie shooting, stabbing, and bludgeoning (but not electrocuting) these guys too. It’s awesome. Liam Neeson is convincing as both the over-protective father as well as the semi-retired freelance tough-guy.

Liam Neeson with a reviewer who didn’t enjoy “Taken 2”. Good for us, Mr. J.A. liked the movie.

There were some moments that strained credulity more than usual though. For example, I learned that:

  1. It always helps to have a mental map of the entire city of Istanbul so that you can relay directions to your ex-wife or daughter. Who knew?
  2. When kidnapped, blindfolded and dumped in the back of a van, make sure you have a really loud watch to help you count the seconds along with right and left turns out loud in order to estimate the distance travelled.
  3. People strung upside-down after having their throats slashed take exactly 30 minutes to bleed to death, so you’d better hurry—tick tick.
  4. Be sure to have an adequate supply of grenades on hand so that your daughter can throw one into a carpark (but only if no one seems to be there) so that you can triangulate your position by counting the lag between the boom on the super-spy cellular phone that you pulled out of your sock, and the boom outside. So, why doesn’t the super-cool spy-phone come with GPS?
  5. When you’re speeding a stolen taxi up the the front gates of the U.S. Embassy and the soldiers guarding it are now pelting you with a .50 cal anti-material machine gun, just duck your head behind the steering wheel. You’ll be fine. Really.

Nonetheless, Taken 2 was entertaining and worth the price of admission. Now I’m left wondering about the plot of Taken 3. What’s left for the bad guys to take? His dog? His TV remote? The last chocolate chip cookie?

Et de fait … Luc Besson, producteur, a annoncé que la série serait un diptyque. (Note de M. D.)

Leave a comment

Filed under Action, Thriller

La Vie sans Principe (Dyut Meng Gam)

In a nutshell: Is greed good? Johnnie To’s answer to Oliver Stone’s Wall Street or today’s economic crisis might surprise you. It’s been a while since I saw this one, but it was such an excellent movie that it’d be a shame not to briefly talk about it. 

Toujours prolifique, toujours habile, mieux élégant, Johnnie To revient avec peut-être son meilleur film depuis son diptyque, Election 1 et 2,que vous trouverez facilement en DVD si, inattentif, vous l’aviez manqué il y a quelques années. Moins ouvertement violent qu’à son habitude, To range les flingues pour préférer les calculettes, plus silencieuses et dangereuses. Virtuose, il mêle trois histoires alors que Hong-Kong est frappée par la crise financière “grecque”. Celle d’un couple composé d’un policier stoïque (Richie Ren), plus confortable face aux triades qu’à sa femme (Myolie Wu), qui voudrait acheter un appartement avant que les prix ne grimpent trop. Celle de gangsters, en particulier Panthère (Ching-Wan Lau), qui découvrent que la haute finance est plus rentable que le traditionnel racket. Enfin, celle d’une employée de banque sous pression (Denise Ho), obligée de se compromettre si elle souhaite garder son poste ; sa directrice veut du résultat.

Une fois encore, le cinéma hong-kongais frappe un grand coup

“Je voulais montrer la banque de l’intérieur, explique le réalisateur hong-kongais à propos de La Vie sans Principe, en filmant une de ses employés. Car le plus grand problème de la crise économique mondiale, ce sont les banques. Elles ont perdu leurs identités. Quand j’étais enfant c’était des endroits sûrs qui protégeaient votre argent…. Désormais les banques sont dangereuses (…) Nous vivons dans un monde turbulent. Pour survivre, les gens n’ont pas d’autres choix que de jouer. Peu importe combien de temps vous parvenez à suivre les règles, tôt ou tard, une partie d’entre vous seront perdus”.

Dans ce style fluide et prenant qui est sa marque de fabrique, aidé d’acteurs que M. To affectionne (M. Lau par exemple en est à son 8ème film avec lui), le réalisateur joue en maître avec nos attentes. Dynamisme, brillance technique, humour noir, pertinence de l’étude sociale, il n’y a (presque – c’est un peu démonstratif -) rien à jeter. Alors fans de polars et milieux mafieux, observateurs de bulles financières et immobilières, ou dénonciateurs du secteur bancaire, mais surtout cinéphiles, précipitez-vous !

1 Comment

Filed under Policier, Thriller, Uncategorized