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Les Garçons et Guillaume à table !

guillaume2In a nutshell: Mlle Clara’s second review from the Croisette at Cannes. After the gloom and doom of Claire Denis, a more sunny and funny flick, Guillaume Gallienne’s first movie, the autobiographic Les Garçons et Guillaume, à table !, adapted from his successful one man show. Some like it hot says Mlle Clara, hot and hilarious …

Guillaume Gallienne est un garçon à la mode depuis quelques temps maintenant: on peut l’entendre sur France Inter lire des textes choisis (« Ca ne peut pas faire de mal »), le voir sur Canal plus dans des bonus comiques où son goût pour le travestissement s’assouvit à plein. Sur grand écran, l’acteur s’illustre toujours avec bonheur dans un certain nombre de seconds rôles comiques ou dramatiques (sa prestation d’homme d’église dans Confessions d’un enfant du siècle permettait de découvrir son impeccable accent anglais). Et enfin, les plus chanceux ont pu voir le sociétaire de la Comédie française sur les planches, ou l’admirer dans sa pièce de théâtre à succès : Les Garçons et Guillaume à table ! Ce dernier spectacle, dont il est aussi l’auteur, s’inscrit dans une veine autobiographique un peu particulière et que d’aucuns ont nommé : le « coming out hétérosexuel » ! C’est ce spectacle que Gallienne a entrepris d’adapter lui-même pour le cinéma : pari risqué, car tomber dans l’écueil du théâtre filmé eut été facile. Mais Guillaume Gallienne avoue être un cinéphile averti, et son passage à la réalisation se révèle parfaitement maîtrisée. Dans la salle du Palais Stéphanie où le film était projeté (Quinzaine des réalisateurs), une standing ovation de près de quinze minutes à l’issue du film atteste que mon avis est largement partagé.

Ovation debout pour Guillaume

Ovation debout pour Guillaume avec Mlle Clara (à gauche) et ses amis.

Enfin, disons-le d’emblée, les toutes premières minutes nous ont fait craindre le ratage : on y voit en effet Gallienne se préparer dans sa loge de théâtre, quelques instants avant son entrée en scène, se regardant avec gravité dans le miroir, en pleine concentration anxieuse. Ce début un peu convenu est surtout rendu assez insupportable par une musique sirupeuse, semblant dire aux spectateurs : « Attention, émotion ! ». On n’a pu d’ailleurs s’empêcher de songer à un film récent très réussi, Le Temps de l’aventure, dans un registre différent, qui commençait aussi par une pré-entrée en scène de l’héroïne, dans ce moment si tendu pour le comédien, sorte de saut dans le vide périlleux et grisant. Dans ce film, ce prologue fonctionnait à merveille, notamment car il n’était pas lesté d’une bande sonore lourdingue. Bref.

Passons à table avec Guillaume

Passons à table avec Guillaume

Ce moment de doute fut heureusement vite balayé par la suite qui nous fit découvrir le dispositif choisi par Gallienne : l’ancrage initial sur les planches, le comédien faisant face à un public hors champ (miroir de nous-mêmes spectateurs), et le passage insensible et fluide à l’illusion réaliste du cinéma. Un dispositif payant qu’utilisait jadis Autant-Lara dans son adaptation géniale d’Occupe-toi d’Amélie ! Et d’emblée, on découvre une des grandes trouvailles du film de Gallienne : s’autoriser à incarner à la fois le personnage de Guillaume (lui-même, donc) adolescent, sans transformation physique particulière, en dehors de sa puissance de jeu pour retrouver les accents d’un garçon de douze ans, et le personnage de sa mère, perruque blonde, lunettes et vêtements ad hoc ! Les deux personnages apparaissant dans les mêmes plans, se donnant le réplique, dans une folle logique imparable du scénario : puisque l’adolescent Guillaume admire sa mère au point de céder au mimétisme et de troubler son entourage (sa grand-mère, son père) qui prennent Guillaume, lorsqu’ils ont le dos tourné et ne font que l’entendre, pour la mère de celui-ci ! Il y a une grande jubilation à contempler Guillaume Gallienne jouer cette femme, grande bourgeoise hyper sûre d’elle et quelque peu excentrique, que le garçon, puis le jeune homme, ont contemplé passionnément comme l’incarnation ultime de la féminité, d’une féminité fascinante, comme l’explique Guillaume-ado : « Elle est géniale, ma mère ! Elle est encore plus belle quand elle parle espagnol. » C’est d’ailleurs d’abord en Espagne que le film nous mène, Guillaume ayant découvert au cours d’un voyage linguistique à quel point tout le monde le prenait pour une fille quand il dansait la sévillane ­ — ce qui commence par le perturber un peu, puis ce qu’il accepte comme un compliment.

galienne

Un film un brin perturbé mais très souriant

Le film nous raconte donc comment ce rejeton d’une fratrie de trois garçons, issu de la grande bourgeoisie très aisée, est désigné implicitement par sa mère comme un être à l’identité genrée à part. Le titre de la comédie n’étant que la citation de la phrase rituelle prononcée par la mère pour appeler ses enfants à dîner. Le jour où, jeune adulte, Guillaume s’invite à une « soirée de filles » organisée par une amie, et qu’il entend cette dernière appeler les convives par un « Les filles et Guillaume à table ! », le déclic se produira, celui-ci permettant au jeune homme de s’autoriser à tomber amoureux d’une femme. Avant cette issue que Guillaume Gallienne présente comme une délivrance, le jeune homme aura à subir les vexations de ses frères, les bizutages de ces copains machos, le regard sévère de son propre père, mais il aura aussi à vivre des tâtonnements sentimentaux et sexuels cruels. Cette histoire d’un itinéraire de vie compliqué par une identité genrée perturbée, Gallienne a choisi de la mettre en scène avec truculence et autodérision.

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Truculence et autodérision on vous dit!

Et ce parti pris donne lieu à des scènes hilarantes, dont on parie qu’elles seront bientôt d’anthologie, à l’instar de ces soirées dans les dortoirs d’une pension où les homologues de l’adolescent expérimentent leur sexualité masculine comme s’ils étaient enfermés dans une prison turque (dixit Guillaume). Ou de cette séquence ahurissante de drôlerie où l’adolescent s’imagine à la fois sous les traits de Sissi impératrice et de sa belle-mère l’archiduchesse ; ou bien encore de ces séquences en cure médicale en Allemagne où Gallienne se retrouve tour à tour entre les mains d’un Teuton géant peu délicat puis d’une Gretchen interprétée avec délice par Diane Kruger en roue libre! La force de Les Garçons et Guillaume à table !, c’est de réussir ces séquences loufoques, tout en évitant le film à sketchs, et en maintenant une profondeur psychologique et une délicatesse de touche jamais démentie. Gallienne est émouvant derrière son autodérision et sa moquerie pour sa mère qu’il réussit à ne pas éreinter, la tendresse affleurant toujours in fine. On pense un peu à Woody Allen, forcément, a fortiori pendant les séquences chez les psy, compatissants. Mais l’analogie s’arrête là, car Guillaume Gallienne a une personnalité totalement singulière.

Singulier et cravaté, A life aquatic with G. Gallienne

Singulier et cravaté, A life aquatic with G. Gallienne

Le film enfin résonne particulièrement en ces temps de débats sur le « Mariage pour tous », où les contempteurs de la nouvelle loi ne désarment toujours pas. Si le comédien-réalisateur s’est (re)trouvé en assumant son hétérosexualité, il ne faudrait surtout voir dans son propos une stigmatisation de l’homosexualité ! Gallienne semble d’ailleurs assumer aussi parfaitement sa part féminine, continuant à se travestir avec bonheur dans ses rôles (voir les Bonus de Canal plus). On ne vous dévoilera pas la réplique finale de la mère de Guillaume, lorsque celui-ci lui apprend qu’il va se marier avec « Amandine ». Digne de Certains l’aiment chaud !, dont on devine que le comédien doit l’avoir parmi ses films de chevet.

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Unknown – Sans Identité

In a nutshell: What was this movie about? Amnesia and kicking ass. I can’t really recall it, but do remember a very solid, serious and committed Liam Neeson. Go Liam! But maybe go into a more memorable movie next time.

Sans identité est un titre admirable, il correspond parfaitement au film car après quelques semaines (mois?) à n’avoir pas ou peu le temps d’écrire pour ce blog, mes souvenirs se sont estompés et il ne me reste pas grand chose des aventures berlinoises de Liam Neeson. Au fond, le réalisateur Jaume Collet-Serra est remarquable puisqu’il réussit à faire ressentir à son spectateur les affres de son protagoniste principal, soit une amnésie partielle.

En dépit d'efforts méritoires, "Unknown" reste au sol.

Victime d’un accident de taxi, un homme (Neeson avec conviction) découvre qu’un autre a pris sa place, son identité, sa femme, sa vie, et qu’il cherche en plus à le tuer. Peu conciliant et un rien colère, on le comprend, il s’appuie alors sur l’aide fort aimable de sa conductrice de taxi (Diane Krüger) et de quelques Allemands obligeants pour survivre et retrouver son identité. Bien évidemment il s’avèrera être une pièce centrale dans un complot dont je ne vous dirai rien pour préserver le suspense mais aussi parce que je ne me souviens plus très bien de quoi il s’agit, hormis qu’un des fleurons de l’hôtellerie mondiale, le magnifique Adlon, y perd quelques étages, mais, miracle du placement de produits aucun client. Ouf.

Collet-Serra filme efficacement ses poursuites et les combats de son héros mais n’a pas la maîtrise d’un Hitchcock ou la puissance d’un Jason Bourne. Il propose en conséquence un produit pas désagréable mais peu crédible, très lisse et aux effets soulignés. Modeste film de genre il pourra distraire le temps d’un vol, à Berlin par exemple, je doute qu’il puisse apporter plus.

En résumé : Un thriller psychologique vite oublié qui est sauvé (un peu) par la bonne volonté d’un Liam Neeson professionnel à souhait en toutes circonstances cinématographiques. 

What do you do if you wake up after an accident in a hospital bed in Berlin, to discover that another man has taken your identity and your wife is acting as if everything’s fine? And when no one seems to listen or care, and you have no family or friends to contact, no email account, no traces of yourself on the web (…so far so plausible)? Well, if you’re Liam Neeson, you put on your best serious face and you act the life out of that badly cobbled together script. Thank goodness. Because Liam Neeson’s gameness is one of this silly story’s few saving graces. Another, as Monsieur D. has already pointed out, is the luscious Hotel Adlon in Berlin.

Jaume Collet-Serra’s Unknown is a thriller that’s terribly pleased with itself, because it has a Twist in the story. I won’t give it away – if you watch this thing on a plane some day you might just want to save that twist up to enjoy with your plastic compartmented aeroplane meal. However it’s all terribly workaday, often to the point of cliché. Berlin is cold and threatening. Scientists have dark and dangerous hidden agendas. Wives pouts and diplomats shmooze. Meanwhile (thank goodness), Neeson strides about, furrows his brow, crouches behind furniture and peeks out at bad guys with cagoules, thinks as hard as he possibly can, he is Living That Thing.

Lurking like a pro

And for that, Liam, I thank you, because you went for it with the nobility of a pure professional, and not for one minute did you falter, not for one minute did you give less than your All. The questions of whether or not this whole thing was appallingly conceived and dismal in its crater-like plot holes were not relevant to you while the camera was rolling – and that’s just how it should be. Rendez-vous same time next year, as you sort-of save another creaking-at-the-seams thriller?

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