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La Vie d’Adèle

originalIn a nutshell: Last but definitely not least: the Palme d’Or of the 2013 Cannes film festival. Inspired by a French graphic novel by Julie Maroh, Abdellatif Kechiche made a very touching love story between two young women his own. Raw and moving – the film has stired a fair bit of controversy due among others to its reportedly explicit sex scenes, this rather long film (almost 3 hours) left the jury and most of the press spellbound as well as our own Mlle Clara.

Première Palme d'or tirée d'une BD!

Première Palme d’or tirée d’une BD!

Le dernier vendredi de cette édition cannoise 2013, la queue était dense devant la « Salle du Soixantième » pour voir le film en sélection de Kechiche. C’est que le bouche-à-oreille était excellent, le film ayant été projeté la veille dans l’immense salle Lumière. Une de mes amies, qui n’est hélas pas pourvue du badge sésame « Presse », reste en rade dans sa ligne à elle, tandis qu’après une heure et demi de patience, j’entre enfin dans le saint des saints pour découvrir ce film monté dans l’urgence pour être à temps sur la Croisette — si bien que le générique en est encore absent.

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L’esquive d’une Marianne moderne ?

Les premiers plans du film ne laissent pas de doutes : on est bien dans l’univers de Kechiche. L’actrice qui incarne le rôle-titre est de quasiment tous les plans, la caméra s’attachant à son visage, ses gestes, sa démarche, dans une quête attentive et passionnée de l’être humain, dans ses trivialités comme dans ses fulgurances. Cette « vie d’Adèle » fait d’emblée référence à Marianne, le personnage de Marivaux du roman picaresque (la Vie de Marianne), manifestement un auteur cher à Kechiche si l’on en croit déjà L’Esquive. Le réalisateur prend au sérieux la façon dont les écrivains découverts à l’aube de la vie d’adulte nourrissent l’imaginaire, donnent à penser, influent sur les impulsions et les choix. Les professeurs sont dépeints par Kechiche avec un respect empathique pour le travail de passeur et d’accoucheur qu’ils peuvent avoir lorsqu’ils s’attachent à leur métier. C’est le cas des enseignants de la lycéenne Adèle. Et l’on peut penser que sa propre vocation de professeur des écoles (« institutrice » est le mot utilisé dans le film) n’est pas étrangère au plaisir qu’elle a éprouvé en classe de français. C’est au cours d’une de ces lectures à l’oral de La Vie de Marianne que le sujet du film est lancé : « «Je m’en allais avec un cœur à qui il manquait quelque chose, et qui ne savait pas ce que c’était…» Les lycéens sont interrogés sur le sens de ce « manque au cœur ». Prélude aux tâtonnements amoureux d’Adèle avec un garçon de son âge, avant de croiser dans la rue, comme dans un rêve, la fille aux cheveux bleus qui lui laissera un manque au cœur, sans qu’elle ne sache encore ce que c’est…

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La pièce manquante (allégorie en 3 heures)

La Vie d’Adèle s’attache à ce moment si particulier qu’est le passage de l’adolescence à l’âge adulte, cette tranche de vie entre 16 ans et disons 23 ans, où tout est nouveau, infiniment intense, dangereux, crucial, comme irréversible. Ce moment où se vivent les premières vraies histoires d’amour, la découverte de la sexualité. Et où se décident les choix professionnels qui engageront souvent toute une vie. Si le film de Kechiche a su remuer tant de spectateurs cannois conquis, c’est évidemment pour la force de sa mise en scène, la radicalité naturaliste de sa direction d’acteurs, l’audace inédite dans le cinéma d’auteur des scènes charnelles entre deux femmes, mais aussi certainement pour le sujet universel qu’il traite : pas seulement la naissance puis la décadence de la passion amoureuse et charnelle, mais aussi, il me semble, ce moment transitoire et absolument bouleversant de notre existence au sortir de l’adolescence.

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Premiers baisers des filles d’à côté

Kechiche, il l’a redit au moment de recevoir sa palme d’or, a voulu mettre en scène l’amour entre deux êtres au-delà de la question de l’orientation sexuelle. Et c’est comme cela que l’ont reçu aussi les membres du jury présidé par Spielberg, qui, soit dit en passant, a montré pas mal de hardiesse à primer ce film qui risque de ne pas sortir aux Etats-Unis dans des réseaux de salles lambda. Disons que la force de La Vie d’Adèle c’est de ne pas occulter la question de l’hétérosexualité vs l’homosexualité, avec les interrogations du Sujet sur ses orientations personnelles, les réactions diverses de son entourage (amis, parents…), les combats à mener pour l’égalité des droits… Tout en réussissant à banaliser l’homosexualité en dépassant ce « particularisme » pour traiter de la passion amoureuse dans son absolu humain. La palme conjointe attribuée aux deux actrices du film apparaît ici parfaitement justifiée : Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux (alias Emma) livrent une interprétation ébouriffante de justesse, de vérité, à tel point que l’on croit assister à un pur documentaire.

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Est-elle pensive ou, de fatigue, est-elle morte Adèle?

La méthode de direction d’acteurs de Kechiche avait certes déjà prouvé son efficacité depuis son génial premier film, La Faute à Voltaire. On s’interroge sur la rudesse du tournage pour les actrices (laissons de côté les polémiques actuelles qui déchaînent les gazettes), qui ont payé de leur personne à un point qui, avouons-le, nous a à la fois subjugué et embarrassé. Les scènes de sexe sont d’une frontalité si criante de vérité, les longs plans-séquences laissant peu de possibilité à la simulation, que l’on hésite entre l’admiration médusée pour la captation de ce mystère du plaisir charnel, et la gêne d’entrer par effraction dans la chambre à coucher de voisines. A fortiori par l’entremise de l’œil d’un réalisateur, d’un homme mûr de surcroît. Eternelle question du cinéma comme dispositif voyeuriste/fétichiste phallocentré (cf. Laura Mulvey)… La dignité donnée au plaisir dans sa beauté nue et le respect empathique pour ses personnages tout au long du film font toutefois pencher le spectateur (la spectatrice ?) en faveur de Kechiche, qu’on a du mal à considérer comme un agent avilissant du patriarcat archaïque ! Dommage cependant qu’une vieille lune soit proférée vers le dernier tiers du film par un personnage de galeriste sympathique et qui pourrait passer comme un porte-parole du réalisateur : le plaisir féminin serait plus mystique que le plaisir masculin, plus cosmique, etc.  Ah bon ?

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Un bleu cométique plus que cosmique?

Le film de Kechiche fait près de trois heures, ce qui lui permet d’étudier, après la naissance et le déploiement d’une passion amoureuse, son érosion, son dénouement funeste, puis son épilogue après la séparation et les trajets de vie disjoints. Et c’est là l’autre sujet central de La Vie d’Adèle qui ne manque pas de force : si les deux jeunes femmes finissent par s’éloigner, c’est que le sentiment amoureux et la passion physique ne suffisent pas à dépasser les antagonismes sociaux. Le film montre en effet comment l’origine sociale des êtres les emprisonne dans l’imaginaire de leur classe. L’artiste, la fille aux cheveux bleus, a des parents qu’on imagine post-soixantuitards, hyper ouverts, cultivés, qui mangent des fruits de mer lorsqu’ils invitent la copine de leur fille, et offrent un vin blanc sélectionné avec la connaissance du gastronome. L’institutrice, fille de prolétaires, ne peut avouer à ses parents son homosexualité, et mange goulûment à table les spaghettis bolognaises que les parents cuisinent le jour où Emma est invitée. Une des observations très justes du film est le léger mépris qu’Emma et ses amis artistes et thésards éprouvent pour le métier d’institutrice d’Adèle. Il faudrait qu’Adèle devienne l’écrivaine qu’elle est en puissance, qu’elle s’exprime, bref, qu’elle réussisse sa vie, ce qui ne semble pas concevable si elle se cantonne à exercer son métier d’instit bien sympathique, mais… Kechiche épingle ce préjugé social, en donnant à voir la dignité, l’importance et la difficulté du métier d’enseignant pour les plus petits à l’orée de la vie.

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And the winners are …

Le film de Kechiche était donné par beaucoup gagnant dimanche avant la proclamation du palmarès, mais des hésitations  légitimes se faisaient entendre : Spielberg et son jury vont-ils oser ? Nous avons nous-même soupesé les personnalités supposées des membres du jury, en évaluant les chances que le réalisateur de Brokeback mountain (Ang Lee), que celui de Au-delà des collines (Cristian Miungiu), que les réalisatrices Lynn Ramsay et Naomie Kawase donneraient leurs suffrages, tout comme le feraient Daniel Auteuil et Christoph Walz. Et Nicole Kidman, sera-t-elle trop prude ? Mais elle a joué jadis dans Dogville, tout de même ! Et dans Eyes wide shut ! On aimerait bien être une petite souris pour assister aux débats de ces jurys cannois… En tous cas, en couronnant La Vie d’Adèle, Cannes a su s’affirmer comme un festival fidèle à une réputation qu’on espère perdurer : politique dans le meilleur sens du terme, artistique, audacieux.

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L’Inconnu du Lac

lacIn a nutshell: Third review from our Special Envoy to the Cannes film festival, Mlle Clara. This year: two major themes Money and Homosexuality, it’s the latter that Guiraudie explores in a very frontal yet very sensitive and relaxed way. One of the must see of 2013 according to both our talented reviewer and Thomas Vinterberg, Un certain regard‘s president of the jury.

A l’heure où l’on écrit, ce film cannois qui a fait le buzz (du ramdam !, note de M. D.), selon l’expression désormais consacrée, a reçu le prix de la mise en scène du jury d’Un certain regard, présidé cette année par Thomas Vinterberg. Ce n’est que justice, tant Alain Guiraudie confirme avec cet Inconnu du lac l’immense talent qu’il avait su démontrer dans Ce vieux rêve qui bouge (2001) et Le Roi de l’évasion (2009).

Je ne sais ps

Après la dame, l’homme du lac?

Un plan fixe sur un parking improvisé dans un bois à proximité d’un lac. Le bruit du vent dans les arbres. Le ciel bleu. Après-midi d’un mois d’août paisible. Un homme, silhouette svelte, se déshabille pour piquer une tête dans le lac limpide, où l’eau, lui dit un autre vacancier, est délicieuse. Plaisir de la nage crawlée : le corps fend l’onde avec aisance et énergie. Sur la grève, des hommes — que des hommes. Souvent entièrement nus. Ils bronzent allongés nonchalamment sur leur serviette, et parfois discutent. Les testicules et le sexe à l’air, filmés frontalement, dans une totale décontraction. Autour de ce lac, dans les bois avoisinants, ce sont des chassés croisés incessants, des étreintes fiévreuses ou lasses… Un voyeur à l’air niais se masturbe mollement en essayant d’apercevoir entre les buissons les couples éphémères. Le sexe est filmé avec honnêteté, réalisme, naturel : pénis branlés, sucés, éjaculant ; tout cela tranquillement, si l’on peut dire, comme l’évidence d’un verre d’eau glacé qu’on boit pour se désaltérer lors d’une chaude après-midi d’août. Et ainsi, jour après jour, le plan fixe sur le parking avec le vent dans les arbres scandant le passage des jours.

Je ne sais pas

Des hommes de l’ombre, plein soleil …

On apprend à mieux connaître Franck, le beau crawler, et Henri, un quadra attendrissant esseulé et bedonnant, seul ascète du lac. On se laisse saisir par la beauté de la nature, filmée avec sensualité ; on pense à Jean Renoir, à Partie de campagne, au Déjeuner sur l’herbe. On retrouve une certaine façon commune aussi de filmer avec justesse les gens simples, la classe ouvrière de Ce vieux rêve qui bouge, les gens du peuple du Roi de l’évasion — à l’instar de cet Henri, bûcheron de son état, ou de ce Franck, vendeur précaire sur des marchés… On a toutefois un peu du mal à s’habituer à ces organes génitaux filmés de face, crânement ! Et puis, quelque chose bascule. Un meurtre. Ce pourrait-être la Bête humaine (toujours Renoir), mais non, pas de psychologie, pas d’explication, de chaînes causales. Celui qui est témoin de ce meurtre apparemment de sang froid, meurtre par lassitude d’un amant trop collant, est troublé. Est-ce son trouble qui le pousse dans les bras du criminel, obscur objet du désir de danger, de mort? Ou bien son attirance pour le ténébreux bel étalon est-elle plus forte que les scrupules, et que la crainte d’être à son tour la victime ? On ne sait.  Le dénouement, en suspens, laisse planer le doute sur l’issue de sa destinée.

Eros et Thanatos

Noires amours et Renoir

Alain Guiraudie nous avait déjà éblouis dans ses précédents films par son sens du cadre, sa science de la lumière, ses plans qui durent, silencieux. Avec son Inconnu du lac, il offre un film radical dans ses partis pris de mise en scène à la fois rigoureux et audacieux. L’audace réside dans la répétition de certains plans, créant un léger effet d’hypnose ; dans les béances du scénario anti psychologisant ; dans ces séquences nocturnes à la lumière hyper réaliste, épousant le point de vue des personnages qui n’y voient pas plus que les spectateurs (contrairement à ces fausses nuits auxquelles le cinéma classique nous a habitués). L’audace gît aussi évidemment dans la franchise des scènes de sexe, coït homosexuel qu’on n’a pas souvent vu filmé aussi frontalement dans un film d’auteur.

Un film de face et de fesse?

Un film de face et de fesse?

Si le film touche à une certaine métaphysique du désir et du plaisir (l’éternel eros et thanatos), il n’est jamais poseur, et on retrouve même ça et là l’humour que Guiraudie avait exprimé à plein dans son loufoque et déjà très chaud Roi de l’évasion. Le réalisateur, à travers le commissaire de police qui enquête sur le meurtre mystérieux, semble aussi discrètement lancer quelques questions éthiques sur l’égoïsme de ces hommes qui se rencontrent charnellement dans l’anonymat, sans se soucier qu’un des leurs ait pu être assassiné. Comme si de communauté, il n’y en avait pas, mais juste des égoïsmes qui se frôlent et s’entendent uniquement pour jouir le temps d’une étreinte passagère… Enfin, vous l’aurez compris, L’inconnu du lac n’est pas un brûlot en faveur de Madame Boutin, hein !

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Les Garçons et Guillaume à table !

guillaume2In a nutshell: Mlle Clara’s second review from the Croisette at Cannes. After the gloom and doom of Claire Denis, a more sunny and funny flick, Guillaume Gallienne’s first movie, the autobiographic Les Garçons et Guillaume, à table !, adapted from his successful one man show. Some like it hot says Mlle Clara, hot and hilarious …

Guillaume Gallienne est un garçon à la mode depuis quelques temps maintenant: on peut l’entendre sur France Inter lire des textes choisis (« Ca ne peut pas faire de mal »), le voir sur Canal plus dans des bonus comiques où son goût pour le travestissement s’assouvit à plein. Sur grand écran, l’acteur s’illustre toujours avec bonheur dans un certain nombre de seconds rôles comiques ou dramatiques (sa prestation d’homme d’église dans Confessions d’un enfant du siècle permettait de découvrir son impeccable accent anglais). Et enfin, les plus chanceux ont pu voir le sociétaire de la Comédie française sur les planches, ou l’admirer dans sa pièce de théâtre à succès : Les Garçons et Guillaume à table ! Ce dernier spectacle, dont il est aussi l’auteur, s’inscrit dans une veine autobiographique un peu particulière et que d’aucuns ont nommé : le « coming out hétérosexuel » ! C’est ce spectacle que Gallienne a entrepris d’adapter lui-même pour le cinéma : pari risqué, car tomber dans l’écueil du théâtre filmé eut été facile. Mais Guillaume Gallienne avoue être un cinéphile averti, et son passage à la réalisation se révèle parfaitement maîtrisée. Dans la salle du Palais Stéphanie où le film était projeté (Quinzaine des réalisateurs), une standing ovation de près de quinze minutes à l’issue du film atteste que mon avis est largement partagé.

Ovation debout pour Guillaume

Ovation debout pour Guillaume avec Mlle Clara (à gauche) et ses amis.

Enfin, disons-le d’emblée, les toutes premières minutes nous ont fait craindre le ratage : on y voit en effet Gallienne se préparer dans sa loge de théâtre, quelques instants avant son entrée en scène, se regardant avec gravité dans le miroir, en pleine concentration anxieuse. Ce début un peu convenu est surtout rendu assez insupportable par une musique sirupeuse, semblant dire aux spectateurs : « Attention, émotion ! ». On n’a pu d’ailleurs s’empêcher de songer à un film récent très réussi, Le Temps de l’aventure, dans un registre différent, qui commençait aussi par une pré-entrée en scène de l’héroïne, dans ce moment si tendu pour le comédien, sorte de saut dans le vide périlleux et grisant. Dans ce film, ce prologue fonctionnait à merveille, notamment car il n’était pas lesté d’une bande sonore lourdingue. Bref.

Passons à table avec Guillaume

Passons à table avec Guillaume

Ce moment de doute fut heureusement vite balayé par la suite qui nous fit découvrir le dispositif choisi par Gallienne : l’ancrage initial sur les planches, le comédien faisant face à un public hors champ (miroir de nous-mêmes spectateurs), et le passage insensible et fluide à l’illusion réaliste du cinéma. Un dispositif payant qu’utilisait jadis Autant-Lara dans son adaptation géniale d’Occupe-toi d’Amélie ! Et d’emblée, on découvre une des grandes trouvailles du film de Gallienne : s’autoriser à incarner à la fois le personnage de Guillaume (lui-même, donc) adolescent, sans transformation physique particulière, en dehors de sa puissance de jeu pour retrouver les accents d’un garçon de douze ans, et le personnage de sa mère, perruque blonde, lunettes et vêtements ad hoc ! Les deux personnages apparaissant dans les mêmes plans, se donnant le réplique, dans une folle logique imparable du scénario : puisque l’adolescent Guillaume admire sa mère au point de céder au mimétisme et de troubler son entourage (sa grand-mère, son père) qui prennent Guillaume, lorsqu’ils ont le dos tourné et ne font que l’entendre, pour la mère de celui-ci ! Il y a une grande jubilation à contempler Guillaume Gallienne jouer cette femme, grande bourgeoise hyper sûre d’elle et quelque peu excentrique, que le garçon, puis le jeune homme, ont contemplé passionnément comme l’incarnation ultime de la féminité, d’une féminité fascinante, comme l’explique Guillaume-ado : « Elle est géniale, ma mère ! Elle est encore plus belle quand elle parle espagnol. » C’est d’ailleurs d’abord en Espagne que le film nous mène, Guillaume ayant découvert au cours d’un voyage linguistique à quel point tout le monde le prenait pour une fille quand il dansait la sévillane ­ — ce qui commence par le perturber un peu, puis ce qu’il accepte comme un compliment.

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Un film un brin perturbé mais très souriant

Le film nous raconte donc comment ce rejeton d’une fratrie de trois garçons, issu de la grande bourgeoisie très aisée, est désigné implicitement par sa mère comme un être à l’identité genrée à part. Le titre de la comédie n’étant que la citation de la phrase rituelle prononcée par la mère pour appeler ses enfants à dîner. Le jour où, jeune adulte, Guillaume s’invite à une « soirée de filles » organisée par une amie, et qu’il entend cette dernière appeler les convives par un « Les filles et Guillaume à table ! », le déclic se produira, celui-ci permettant au jeune homme de s’autoriser à tomber amoureux d’une femme. Avant cette issue que Guillaume Gallienne présente comme une délivrance, le jeune homme aura à subir les vexations de ses frères, les bizutages de ces copains machos, le regard sévère de son propre père, mais il aura aussi à vivre des tâtonnements sentimentaux et sexuels cruels. Cette histoire d’un itinéraire de vie compliqué par une identité genrée perturbée, Gallienne a choisi de la mettre en scène avec truculence et autodérision.

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Truculence et autodérision on vous dit!

Et ce parti pris donne lieu à des scènes hilarantes, dont on parie qu’elles seront bientôt d’anthologie, à l’instar de ces soirées dans les dortoirs d’une pension où les homologues de l’adolescent expérimentent leur sexualité masculine comme s’ils étaient enfermés dans une prison turque (dixit Guillaume). Ou de cette séquence ahurissante de drôlerie où l’adolescent s’imagine à la fois sous les traits de Sissi impératrice et de sa belle-mère l’archiduchesse ; ou bien encore de ces séquences en cure médicale en Allemagne où Gallienne se retrouve tour à tour entre les mains d’un Teuton géant peu délicat puis d’une Gretchen interprétée avec délice par Diane Kruger en roue libre! La force de Les Garçons et Guillaume à table !, c’est de réussir ces séquences loufoques, tout en évitant le film à sketchs, et en maintenant une profondeur psychologique et une délicatesse de touche jamais démentie. Gallienne est émouvant derrière son autodérision et sa moquerie pour sa mère qu’il réussit à ne pas éreinter, la tendresse affleurant toujours in fine. On pense un peu à Woody Allen, forcément, a fortiori pendant les séquences chez les psy, compatissants. Mais l’analogie s’arrête là, car Guillaume Gallienne a une personnalité totalement singulière.

Singulier et cravaté, A life aquatic with G. Gallienne

Singulier et cravaté, A life aquatic with G. Gallienne

Le film enfin résonne particulièrement en ces temps de débats sur le « Mariage pour tous », où les contempteurs de la nouvelle loi ne désarment toujours pas. Si le comédien-réalisateur s’est (re)trouvé en assumant son hétérosexualité, il ne faudrait surtout voir dans son propos une stigmatisation de l’homosexualité ! Gallienne semble d’ailleurs assumer aussi parfaitement sa part féminine, continuant à se travestir avec bonheur dans ses rôles (voir les Bonus de Canal plus). On ne vous dévoilera pas la réplique finale de la mère de Guillaume, lorsque celui-ci lui apprend qu’il va se marier avec « Amandine ». Digne de Certains l’aiment chaud !, dont on devine que le comédien doit l’avoir parmi ses films de chevet.

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Les Salauds

salaudsIn a nutshell: A défaut du soleil, Mlle Clara revient!  Elle nous parle de Cannes et du film de l’habituellement très talentueuse Claire Denis. Mlle Clara went to Cannes and reports back. Claire Denis’ latest murky movie Les Salauds (Bastards) seems more ingloriously thin than fulfilling and elaborate. To sum up “There is something rotten in the kingdom of the riches!”

Lorsqu’on va voir un film de Claire Denis, on sait a priori qu’on ne verra pas un film confortable. Mais on a aussi a priori l’assurance qu’on verra du cinéma, dans le sens le plus pur : vrai travail sur la photographie et la bande son, attention aux acteurs dans ce qu’ils ont de plus charnel… Mise en scène, donc, avec des partis pris forts. En entrant dans la Salle Bazin du Palais des festivals, après une heure patiente de queue — la moyenne à Cannes ­— on s’interroge aussi un peu sur le titre du nouveau Claire Denis : « Les Salauds » ; un titre qui claque comme une gifle, promesse d’un univers sombre. Et l’on n’est pas déçu de ce côté-là !

Sombres héros (et on n'est même pas au Mexique)

Sombres héros (et on n’est même pas au Mexique)

Tout commence par une soirée de pluie torrentielle : lumière ténébreuse, suicide d’un homme. Une jeune fille marche dans une rue déserte, esseulée, entièrement nue. Difficile au début de faire le lien entre ces deux images, mais on comprend assez tôt qu’il est question d’inceste, de cérémonie trash, de vengeance. Un homme à la cinquantaine virile, Vincent Lindon (toujours aussi dense) est contraint par sa sœur de quitter son métier de capitaine de bateau pour venir en aide à sa nièce en perdition (la jeune fille nue). Il s’installe dans un appartement vide d’un quartier bourgeois de Paris, au-dessus d’un foyer composé d’un homme déjà âgé (Michel Subor, inquiétant à souhait), de son épouse d’au moins trente de moins (Chiara Mastroianni, juste et sensuelle) et de leur jeune fils. Entre le nouveau voisin solitaire et la mère de famille oisive, l’attirance physique est immédiate. Et la rencontre charnelle fera des étincelles.

Lindon

Et on aura besoin d’étincelles dans ces profonds ténèbres

On pourrait avoir affaire à une histoire banale d’adultère bourgeois, avec ce couple désassorti formé par un septuagénaire fortuné et une jeune quadragénaire qui s’ennuie dans son grand appartement haussmannien. Mais Lindon n’a pas choisi cette femme pour rien. Il semble enquêter pour comprendre ce qui est arrivé à sa nièce enfermée dans une clinique psychiatrique, mal éduquée par une mère qu’on devine vite indigne.

Mère amère (de nuit)

Mère amère (de nuit)

Dans les méandres de cette histoire glauque, très glauque, on croise des seconds rôles incarnés par des figures fortes : Hélène Filière en conseillère de banque, le chanteur Miossec en acheteur de voitures de collection, Alex Descas en psychiatre, Grégoire Colin en petite frappe organisateur de partouze incestueuse… On est un temps séduit par l’histoire qui se noue entre Chiara Mastroiani et Vincent Lindon (que Claire Denis filme si bien). Mais on en vient finalement à se demander ce que la réalisatrice veut nous dire : que la grande bourgeoisie industrielle française est en décadence (voir l’usine de chaussures désaffectée en liquidation et qui produit désormais, selon Lindon, des produits cheap) ? Que cette décadence qui l’affecte se traduit par des dérèglements familiaux poussés à leurs extrêmes limites ? Epouse désoeuvrée, réduite au rôle de « pute » (dixit Lindon à Mastroiani) … Mère d’une adolescente désaxée, consentante face aux crimes barbares de son mari, celui-ci finissant tout de même par se suicider, saisi apparemment de remords…

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Salauds de riches ?

Mais pourquoi le malaise nous gagne-t-il ? Est-ce seulement parce que toute cette histoire est trop glauque ? Ou est-ce parce que cette fange est filmée avec une certaine fascination : transe morbide, ouverture et dénouement macabres esthétisants, bande sonore « hype » des Tindersticks nappant le tout ? Et surtout, si le psychiatre décide in fine d’obliger la mère indigne à regarder ce qu’elle n’a pu ni su empêcher — cérémonie abjecte — pourquoi contraindre le spectateur à VOIR lui aussi cette abjection ? Quel est le motif de cette punition ? Serions-nous tous, selon Claire Denis, complices consentants d’une abjection qu’il faudrait voir de face pour l’expier ?

A quoi bon

Stupéfaction et accablement ?

L’univers sombre auquel nous a habitué Claire Denis était souvent traversé de fulgurances sensuelles tempérant une âpreté faisant sens. Les Salauds ne nous offre guère d’échappatoire, et la nécessité du propos nous échappe.

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Top 10 – 2012

In a nutshell: For a fourth consecutive year, this blog lives! I can hardly believe it as I am writing these words. So, if you follow us, you know the drill, we shall look back on 2012 and celebrate the movies we enjoyed the most with our contributors, dear friends that they are. They shall start with their Top 5, the  film(s) they wished they’d found the time to see, and the one(s) they really rather wish they hadn’t, we will then follow.

Clap – Action – and once more happy New Year to you, dear reader!

Vous connaissez la presque routine, puisque depuis déjà quatre ans nous avons la chance de nous essayer à l’exercice … Nos contributeurs amis nous ont fourni le palmarès de leurs films préférés pour 2012, ainsi que le film qui, sans être forcément le plus mauvais, les a le plus déçus, et le(s) film(s) qu’ils ont raté en salle mais ne rateront pas en DVD. Nos voix concluront l’exercice.

Moonrise-Kingdom-de-Wes-AndersonMlle Clara’s Top 5 : Rather discreet this past year, Mlle Clara didn’t forget the path towards Franglaisreview.

1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
Pas toujours convaincue par les films d’Anderson (trop décoratifs), ce Moonrise Kingdom m’a enchantée: profondeur du scénario, beauté sans niaiserie du regard sur l’enfance et sur les adultes désarmés. Admirable maîtrise de son “système” de mise en scène, avec ce traitement si particulier de l’espace…

2. Le Policier de Nadav Lapid
Sorti en France en mars 2012, il semble oublié des palmarès des meilleurs films de l’année. Pourtant, ce film israélien est un gros coup de poing, par sa forme (un diptyque étonnant) et par son propos. Une autopsie sans concession de la société israélienne et du dysfonctionnement plus général de nos sociétés capitalistes aux inégalités toujours moins tolérables.

3. Au-delà des collines de Cristian Mungiu et Amour de Michael Haneke
Ex-aequo à mon sens, peut-être parce que ce sont deux films de Cannes. Deux films durs pour leurs sujets (la mort au bout, implacable) et d’une âpreté formelle qui éblouit.

5. Télégaucho de Michel Leclerc
J’avais adoré Le Nom des gens, le film précédent de Michel Leclerc. Je croyais que Télégaucho serait une resucée moins enlevée, eh bien, non! quelle pêche! quel amour de la vie et des gens, quel humour! Comme un goût d’une époque plus légère, celle de mon enfance…

Et pour le plaisir 6. Tabou de Miguel Gomes
Ce film, j’y suis allée en me disant: “Attention, chef d’oeuvre!”. Résultat, la première partie m’a ennuyée au point de me faire douter des critiques et de moi-même… Puis miracle, la seconde partie m’a emportée dans ses rets, par son charme durassien si singulier; si bien que la première partie a pris rétrospectivement une autre épaisseur, densité, beauté. La surprise de 2012.

Quelle fut votre plus grosse déception (ou le film le plus mauvais de l’année): Cosmopolis (de David Cronenberg) ! Que des critiques aient pu se pâmer devant ce machin logorrhéique bouffi de prétention reste un mystère.

Votre regret: Camille redouble de Noémie Lvovsky, Take shelter de Jeff Nichols, Lawrence anyways de Xavier Dolan …

moonrise-kingdom-balabanMme BP’s Top 5: A brand new contributor in 2012, Mme BP liked the experience and already signed on for 2013 with a review of Anna Karenina.

1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
2. Margin Call de J.C. Chandor
3. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson
4. Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab
5. Le magasin des suicides de Patrice Leconte
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Quelle fut votre plus grosse déception :  Le Capital de Costa-Gavras, voyez plutôt !
.
Votre regret : Amour de Michael Haneke
.
Argo-afficheLe Top 5 de Mr. J.A. : De nombreux lecteurs apprécient l’ironie et l’humour de Mr. J.A., nous aussi, il nous fait l’amitié de partager ses choix pour 2012.
1. Argo by Ben Affleck
2. The Hobbit by Peter Jackson
3. Skyfall by Sam Mendès
4. Looper by Rian Johnson
5. Avengers by Joss Whedon

Biggest disappointment
is a tie between Prometheus by Ridley Scott and The Dark Knight Rises by Christopher Nolan. I had such high hopes for both of them …

Separately, the worst film of the year has to be Underworld: Evolution by Len Wiseman, for which I did not have high hopes. I’m a bit embarrassed to admit I even began watching it (my excuse is that I was on a plane). It was as if Kate Beckinsale was channeling Milla Jovovich, that’s how bad the first half was. Can’t speak for the second half.

moonrise-kingdom-poster1M. JM’s Top 5 : This year M. JM was kind enough to write a few review for us, but also to, very kindly, convince both his wife and one of his lovely children, to participate to Franglaisreview. Thanks!
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1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
2. 4:44 Last Day on Earth de Abel Ferrara
3. War Horse de Steven Spielberg
4. La vie sans principe de Johnnie To
5. Twixt de Francis Ford Coppola.
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Un classement apparent, mais pas forcément si fixé : une année avec peu de bons films, quelques replis auteuristes européens forts (Léos Carax ou Miguel Gomes) mais qui ne m’ont pas tant ému que cela – et malheureusement trop de films estampillés auteurs dans ma liste.
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Le cinéma américain reste encore très fort, et j’aime la façon dont il investit la télévision ou plutôt dont la télévision est devenue un îlot d’expérimentations qui me fait pas mal penser à ce qu’était le cinéma américain dans les années 70, comme dans ces séries si célèbres et si célébrées que sont Homeland ou Breaking Bad ;  je n’ai pas vu Amour de Michael Haneke, et je ne le regrette pas du tout ; je crois qu’il y avait pas mal de films italiens intéressants et cachés, j’aimerais en découvrir quelques uns.

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killerjoe1Mlle L.’s Top 5: Last but not least Mlle L.! She is our most faithful reviewer and the proud author of the 3 Buck DVD corner, go check it! Never afraid of a good polemics, here she is in her unmistakable style:

J’allais dire comme d’habitude qu’il n’y a eu cette année que des daubes au cinéma, et vanter une fois encore les mérites du lecteur DVD. En fait, je suis pour une fois vraiment enthousiasmée par toutes les entrées de mon top 5, et j’ai même eu bien du mal à ne pas en faire un top 10. Comme quoi, l’année 2012 n’a pas été cinématographiquement si vaine, en fin de compte.

1. Killer Joe de William Friedkin
2. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
3. Argo de Ben Affleck
4. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson
5. The Best Exotic Marygold Hotel de John Madden

Et puis, dans le genre “pas recommandable mais quand même qu’est ce que j’ai pu rigoler”, j’ajouterai

The Expendables 2 de Simon West (si, si)

En revanche, 2012 fut aussi l’année de sortie d’un film pour lequel je conserverai ad vitam aeternam une haine aussi tenace que sanguinaire, l’atroce Ruby Sparks de Valerie Faris et Jonathan Dayton

Pour finir, je regrette (un peu) de n’avoir vu ni Margin Call de J.C. Chandor, ni The Dictator de Larry Charles.

Amour posterMiss J.’s top ten

Ah, what an amazing year it’s been! Er, although slightly less so on the big screen – I had to scratch my head a little to put together this top ten, although it was worth the effort:

1. Amour by Michael Haneke –  almost punishing to watch – but Amour shimmers from start to finish.

2. Moonrise Kingdom by Wes Anderson  brilliantly engaging comic tale, bursting with wistfulness and whimsy.
3. Margin Call by J. C. Chandor – an enthralling dramatic close-up on economic and moral meltdown on Wall Street.
4. Skyfall
by Sam Mendes- one of the greatest James Bond films ever made (and we’ve checked).
5. A Dangerous Method 
by David Cronenberg – Russian hysteria and erotic transfer in psychotherapy doesn’t get any better than this.
6. Argo
 by Ben Affleck – real life is one of the best sources going for black comedy with US diplomats in the Middle East.
7. Camille Redouble
 by Noémie Lvovsky- phew – a French film at last! A  very decent smash hit comedy.
8. Killer Joe by William Friedkintroubling (to put it mildly) but darkly brilliant – chicken drumstick trauma scene and all.
9. Cosmopolis
 by David Cronenberg – a hypnotic, languid, classy watch.
10. Best Exotic Marygold Hotel
by John Madden – heartwarming and humorous, with a fantastic cast.
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Three films I wished I hadn’t bothered seeing:
1. The We and the I  by Michel Gondry – truly abject viewing from a self-satisfied Gondry and a busload of obnoxious teenagers.
2. The Campaign by Jay Roach – Will Farrell disgraces himself by partaking in this drivel-ridden satirical flop.
3. Dépression et des potes by Arnaud Lemort – a dead dreary buddy movie which should have gone straight to bad cable TV.
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I am sad to have missed Kenn Scott’s Starbuck and Léos Carax’s Holy Motors, and hope to track them down on DVD.

Le top ten de M. D.

tinker-tailer-poster1. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson. Tout me plait dans ce film, du scénario très intelligemment adapté du livre de Le Carré, aux acteurs britanniques démontrant une qualité et une constance presque éprouvantes pour la concurrence, en passant par une cinématographie léchée, réfléchie et un montage au cordeau. J’ai tant aimé que j’ai même revu, puis revu encore.
2. Moonrise Kingdom de Wes Anderson – Un film enchanteur, merveilleusement doux-amer et léger, Mlle Clara en a déjà bien parlé. Ce fut une déception de ne pas le voir récompensé d’une manière ou d’une autre à Cannes. Toujours difficile pour une comédie de recevoir les hommages qu’elle mérite.
3. Compliance de Craig Zobel – Un film presque documentaire, ce qui fait toute sa force. Glaçant, gênant et très stimulant.
4. Killer Joe de William Friedkin – Une leçon de cinéma, des acteurs en état de grâce (Matthew McConaughey!), la scène du pilon, la plus choquante de mon année dans les salles obscures.
5. Margin Call de J.C. Chandor – Pour un premier film, un coup de maître, et un vrai beau film sur la crise financière sans diabolisation ni recours au spectaculaire … et pourtant ce huis-clos est exceptionnellement spectaculaire.

Skyfall16. Skyfall de Sam Mendès – Un James Bond magnifique ; l’un des plus impressionnants, j’ai vérifié.
7. Starbuck de Ken Scott – Une très belle comédie, ce serait dommage de bouder son plaisir.
8. La Vie sans principe de Johnnie To – L’élégance de Johnnie To et des acteurs percutants.
9. Holy Motors de Leos Carax – Des images me restent, me reviennent et me plaisent.
10. Argo de Ben Affleck – Tendu et amusant, un film intéressant, solide quoiqu’un peu scolaire.

Notons que les deux films de Cronenberg, celui de Lvovsky et Une Nuit de Philippe Lefebvre ne sont pas loin derrière.

The-Dark-Knight-RisesLes trois déceptions : Dark Knight Rises de Christopher Nolan, je l’attendais avec impatience et fus déçu par cette enclume de film au scénario absurde, un gachis ; Looper de Rian Johnson que j’aurais tendance à renommer Loupé ; Associés contre le crime de Pascal Thomas, si mauvais qu’on en vient à voir sa colère se transformer en abattement (38 témoins, c’est plutôt le contraire) .

Les trois films (bon, j’admets il y en a plus) qui me tentent mais, ma foi, tant pis … Bullhead de Michaël R. Roskam, Tabou de Miguel Gomes, Like Someone in Love de Abbas Kiarostami.

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My week with Marylin

In a nutshell: The talented Mlle Clara is on a roll and very kindly shares with us her fondness for Marylin and her reserve for this classical biopic directed by Simon Curtis. The hapless Colin Clark, son of the great art historian Kenneth, and younger brother of the notorious Tory MP Alan, tells his brief love story as the ingénu with the best of all showgirls, the bewitching Miss Monroe. No great insight here, if maybe  another proof that a sexual fling “doesn’t count on location”.

Marylin : quelle est l’actrice dans le monde qui surpasse en notoriété la Blonde légendaire ? Personne ! Depuis sa mort mystérieuse en 1962, aucune actrice n’a détrôné la star absolue du 20e siècle. Aujourd’hui, les adolescents n’ont souvent vu aucun de ses films, pourtant, ils connaissent tous le visage et la silhouette de Marilyn Monroe, aperçus sur des tee-shirts ou des tasses, quand ce n’est pas dans quelques sérigraphies warholiennes entr’aperçues dans les salons témoins de chez Ikea !

Quant à moi, Marylin a bercé mon enfance de ses mélodies chantées avec sa voix de velours et de son sourire miraculeux. Un film entre tous, Certains l’aiment chaud !, rejoué inlassablement grâce aux ressources du magnétoscope de la fin des années 70, me remplissait de joie ; me fascinaient chez la star blonde la sincérité, la douceur délicate, la pétillance du regard aussi. La toute petite fille que j’étais ne se lassait pas de contempler « Sugar », le personnage de chanteuse s’accompagnant d’un ukulélé et tombant amoureuse à son corps défendant d’un Tony Curtis peu scrupuleux. Son acolyte hilarant, joué par Jack Lemmon, s’extasiait, dans une séquence restée célèbre, de ce miracle faite femme qui déambulait sur le quai de gare avant d’embarquer dans une locomotive crachant de la vapeur en sifflant, ce qui faisait furtivement trébucher Marylin – gracieusement. « Look at the way she moves, it’s like jello on springs! She must have some built in motor or something!», s’extasiait Lemmon, qui concluait alors d’un défaitiste : “I am telling you, it’s a whole different sex!”, arguant par là que lui et Curtis ne pourraient jamais faire illusion travestis en femmes.

Michelle Williams lit comme Marylin, sera-ce suffisant ?

Le film qui sort sur les écrans cette semaine, My Week with Marilyn, achève de prouver que Norma Jean Baker est unique, absolument, définitivement, irrémédiablement unique. Dès les premières images du film, le spectateur éprouve un sentiment un peu gêné, un peu pénible, face à la prestation de la sympathique Michelle Williams dans un numéro chantant et dansant. Celle-ci est grimée comme Marilyn, bouge comme Marylin, chante comme Marylin … Sa performance est honorable, on se dit qu’elle a dû travailler dur pour parvenir au résultat. Mais, las, la magie Marylin, cette voix au velouté inimitable, ce sourire gracilement enfantin et furieusement sexy à la fois, « the way she moves », ce « moteur à ressorts » caché quelque part en elle, dont parle Jack Lemmon, tout cela échappe à la copie.

Est-ce la faute au genre même du biopic ? Est-ce qu’il est vain de chercher à ressusciter à l’écran des figures légendaires, et cette tentative est-elle vouée immanquablement à la production de poupées de cire sorties tout droit de Grévin ou Tussaud ? Il y a forcément de cela, oui. Pourtant, certains films viennent parfois démentir cette règle. Jérémie Régnier dans le très récent Cloclo parvient à nous subjuguer, il est plus vrai que vrai. On pourrait dire la même chose d’Eric Elmosnino dans le Gainsbourg de Joann Sfar. Jadis, Ben Kingsley avait tellement puissamment incarné Gandhi que son image dans le film éponyme se substituait au véritable Indien dans les têtes. Il est possible qu’un film biographique sur un acteur de cinéma soit plus périlleux, le spectateur ayant gravé à l’esprit les rôles, le corps, le visage en gros plan de la « célébrité » dont la raison d’être était justement de jouer dans des films. Dont acte. Pourtant, en voyant My Week with Marilyn, on comprend que l’enjeu pour cette figure mythique va au-delà. Cette actrice qui doutait tant de son talent, qui avait tant à cœur de prouver qu’elle méritait ses galons de comédienne en travaillant dur avec les professeurs les plus pointus de l’époque qu’étaient les Strasberg, cette jeune femme inquiète, en mal de reconnaissance de la profession, eh bien, elle avait un don unique pour exister à l’écran.

Un don unique pour préférer le Colin aux pingouins

Le film My Week with Marilyn est bâti à partir des mémoires de Colin Clark, un jeune homme de la haute aristocratie anglaise, qui passionné de cinéma réussit avec un peu d’entregent à se faire engager comme troisième assistant sur le film Le Prince et la Danseuse. Lawrence Olivier, l’acteur shakespearien, est à l’origine du projet. Il veut adapter cette pièce de théâtre au cinéma : lui incarnera le Prince vieillissant et acariâtre, et c’est la plus grande star du monde venue tout droit d’Hollywood qui lui donnera la réplique et le plongera du même coup dans le bain de jouvence espéré. On entend dire que Kenneth Branagh surjoue le rôle de Lawrence Olivier dans ce biopic, mais il suffit de revoir Le Prince et la Danseuse (film trop long et assez ennuyeux) pour vérifier que Lawrence est presque moins léger que lui dans son jeu de prince rigide et maniaque. Tout se passe d’ailleurs comme si l’acteur anglais de l’époque avait mis en abyme dans le film (qu’il réalisait aussi) la réalité de ce choc des cultures du jeu de l’acteur. D’un côté l’histrionisme, un très théâtral abattage avec la diction parfaite résultant d’une longue pratique des textes classiques. De l’autre, l’instinct, le naturel, une façon aussi de vivre de l’intérieur les émotions que l’on joue (la fameuse Méthode Stanislavski à la sauce Strasberg).

La méthode Marylin : joie intérieure et enjambement désinvolte de baignoire

Colin Clark aura une brève liaison avec Marilyn sur le tournage du Prince et la Danseuse, devenant le confident de la star apeurée par la rudesse de Lawrence Olivier et angoissée par ses démons intérieurs habituels, que le public actuel connaît bien, les publications récentes sur Marylin ayant de nouveau mis en lumière, après déjà tant d’autres, les névroses et les obsessions de la star. Le scénario de My Week with Marilyn déroule de façon attendue les clichés sur la star qui abuse des médicaments, de l’alcool, se dévêt avec une facilité désinvolte, et dont le manque d’amour originel engendre une demande abyssale jamais étanchée. Colin Clark, alors âgé de 23 ans, est incarné par Eddie Redmayne, grande silhouette au visage constellé de taches de rousseur, dont le regard bleu sait traduire la douce fascination devant la star et l’enivrante incrédulité de se réveiller un matin dans le lit de Marilyn Monroe.

Simon Curtis, dont c’est le premier long-métrage pour le cinéma, s’est distingué pour la BBC, et l’on retrouve la même efficacité soignée de la mise en scène proprette des films rétro de prestige que dans un précédent film du même producteur – Le Discours d’un Roi. Lorsque la lumière se rallume après une ultime séquence de chanson de Marilyn-Michelle Williams, l’on se dit que décidément, on ferait mieux d’aller revoir Let’s Make Love (Le Milliardaire), Niagara ou The Misfits.

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Two days in New York

In a nutshell: Mlle Clara, our own and favorite post 1968 French “intello”, was the perfect reviewer for Julie Delpy’s latest opus, a follow up to the rather whimsical and charming 2 Days in Paris. Imprevious to bawdiness and amused by the numerous clichés on French and American, Mlle Clara rather liked this flick. Will you too ?

Julie Delpy impressionne par sa productivité ces trois dernières années : 2009, La Comtesse, 2011, Le Skylab, 2012, Two days in New York ! Celle qui avait débuté adolescente comme actrice de films d’auteurs (Godard, Tavernier, Carax…) mettant en valeur sa fameuse beauté médiévale (ou botticellienne si l’on veut), puis qu’on avait vu chez Kieslowski (Trois couleurs), avait donné d’elle au départ une image sophistiquée et arty. Quelques années plus tard, deux films (Before Sunrise et Before sunset) dont elle était interprète principale, mais aussi scénariste – comme si s’exprimait déjà la nécessité d’être maîtresse du jeu, de ne pas attendre le bon vouloir des réalisateurs – ne contredisaient pas cette persona de jeune femme en fleur délicate, un brin intello parisienne.

C’est donc avec le premier long-métrage que Julie Delpy a écrit et réalisé que l’actrice nous a surpris. Dans Two days in Paris, nous avons en effet découvert sa tribu, une famille de post-soixanthuitards totalement déjantés, rabelaisiens, souvent hystériques et apparemment incontrôlables. Julie Delpy, dans un film comme semi-autobiographique, s’y dépeint faisant partie intégrante de cette famille encombrante mais joyeuse, pleine de vie et d’énergie.

Une tribu d'indiens chez les cow-boys?

Le ressort du premier volet de ce qui deviendra avec Two days in New York un diptyque, est le choc des cultures entre les Français et les Américains – ou plutôt un Américain venu à Paris en compagnie de sa fiancée, incarnée par la réalisatrice elle-même. Le pauvre yankee découvre effaré les mœurs de la famille Delpy qui parle de sexe crûment à tout bout de champ et engloutit des nourritures étranges pour un Américain. Il prenait également conscience des errances sentimentales de sa blonde dulcinée qui passait son temps à croiser à tous les coins de rue parisiens ses ex innombrables, comme si la belle lui avait dissimulé une vie passée scandaleuse de don juane.

Le film était frais, libre dans sa forme et son propos. Les parents de Julie Delpy, acteurs de théâtre, y jouaient leurs propres rôles et leur outrance était hilarante. Certains critiques ont parlé de ton woody-allénien, et en effet, dans sa façon de se filmer dans tous ses états, même les moins reluisants, comme le centre d’une comédie humaine urbaine ne se prenant jamais trop au sérieux, Julie Delpy pouvait faire penser au New-yorkais névrosé. On se demandait avec une certaine impatience ce que le second opus donnerait, d’autant que l’actrice et réalisatrice a choisi précisément New York, et non Los Angeles où elle vit, pour camper son sequel.

- Vous prendrez bien un doigt de quelque chose?
- Euh, du whisky plutôt! (2 jours à NY, la cité de la peur)

Cette fois-ci, comme le titre le laisse présager, c’est la famille de Julie Delpy, alias Marion, qui débarque à New York pour rendre visite à leur fille et leur petit-fils. Marion est séparée du père de son fils et vit avec un animateur de radio, lui aussi séparé avec un enfant à charge. Ce nouveau boy-friend, Mingus, c’est l’acteur Chris Rock, très connu aux Etats-Unis, qui l’incarne. Mingus est issu d’une famille d’Afro-américains de la bourgeoisie de Park Slope et n’a pas grand-chose à voir avec le « black cool » des clichés. Il est sobre, mesuré, presque cérébral, hyper responsable. Son héros, d’ailleurs, c’est Barack Obama, avec lequel il entretient des conversations imaginaires dans son bureau. Ce n’est donc pas tant la volonté de déjouer les clichés qui semble avoir présidé à la création de ce personnage, que la prise en compte d’un modèle renouvelé du black américain, dont le parangon n’est autre que le président des Etats-Unis. Et en effet, nous sommes de nouveau dans une comédie qui joue sans cesse du choc des cultures et des stéréotypes nationaux dont Julie Delpy a l’air de se délecter.

Le père débarque (sans sa femme désormais décédée) en compagnie de la sœur toujours aussi nymphomane et borderline, qui n’a pas trouvé mieux que de venir avec son petit ami, un des ex de Marion. Or, dès leur arrivée à l’aéroport, la couleur est donnée : ils se font saisir les dizaines de saucissons et fromages qui puent dissimulées dans leurs manteaux. D’ailleurs, le père sent la saucisse et a une hygiène douteuse, comme le sont tous les Français, n’est-ce pas ? Il ne pense qu’à la bonne chère et tient des propos paillards, voire carrément ultra salaces. Avec l’affaire DSK, on se dit que l’image des Français comme pervers polymorphes impénitents ne s’est pas arrangée et le père Delpy correspond bien aux préjugés des Américains. Cependant le personnage est tendrement croquée par sa fille qui semble éprouver toutes les indulgences pour un père finalement davantage grand enfant irresponsable et naïf qu’autre chose. Le film déroule ainsi une série de situations mettant en exergue le caractère non policé, haut en couleur et parfois arrogant de cette famille française bigger than life, qui passe son temps à faire des bêtises, pour le plus grand désarroi de Mingus, très vite au bord de la crise de nerfs, et qui finit par se demander si sa compagne ne lui a pas caché jusque-là sa vraie nature de Française complètement dingue.

Rock à bout, Papa Delpy "bigger than life"

Le film se termine en happy end, comme il se devait, bouclant la boucle avec le petit théâtre de marionnettes que Marion-Delpy mettait en scène pour son enfant en préambule: les membres de la famille y sont les marionnettes que meut l’actrice-réalisatrice, commentant avec la distance du conte de fées les péripéties qu’ils ont vécues. Ce choix de mise en scène n’a pas manqué de nous faire penser au même procédé employé jadis par Jean Renoir dans La Chienne. Peut-être que l’on y pense aussi parce qu’on trouve chez la Française Julie Delpy, exilée aux Etats-Unis comme le fut en son temps le grand cinéaste auteur de La Règle du jeu, le même sens de la truculence et de la folie, une certaine générosité dans sa façon de filmer les acteurs en liberté.

Mais après un tel éloge (Renoir, ce n’est pas rien !), force nous est de reconnaître une légère déception face à ce Two days in New York. Peut-être que la surprise qui nous avait saisis dans le premier opus du diptyque s’est émoussée. Peut-être que la vision du Skylab qui avait largement portraituré la famille Delpy dans tous ses états (avec quelques longueurs) engendre un sentiment de redite. La réalisatrice doit prendre garde à ne pas user jusqu’à la corde cette source d’inspiration. Quoi qu’il en soit, nous recommandons cette comédie pour sa tendresse et son humour joliment mêlés ; et pour son actrice-réalisatrice dont l’énergie et l’auto-ironie sont réjouissantes et des plus sympathiques !

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Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

In a nutshell: Our Mlle Clara sings the praise of the new version of Lisbeth Salander and explores with benevolence Fincher’s adaptation of the first volume of Stieg Larsson’s global hit Millenium. If you have never heard of it, you were officially living under a rock at the bottom of the ocean. But no worries, Mlle Clara will sort it out for you.

Je me souviens de ce moment où une amie, il y a quelques années, avant que tout le monde ne parle de la saga suédoise, m’avait glissé dans les mains le pavé d’Actes Sud en me certifiant qu’elle n’avait pu fermer l’œil de la nuit, tellement ce page turner était efficace. J’avais pu par la suite en vérifier les effets sur moi : rapidement, j’avais été absorbée par ce thriller très noir, à l’intrigue haletante, mêlant des thématiques fortes, politique, financière, historique, sociétale. Les scènes de poursuite ou de bagarres hyper visuelles avaient quelque chose d’évidemment cinématographique et tout se passait comme si un réalisateur n’avait qu’à se baisser pour prendre le roman sans en passer par la case écriture du scénario.

"Tu m'adaptes, p'tite tête!"

La plus grande réussite du roman, c’était certainement la création de ce personnage féminin qui est promis à devenir mythique (à la manière d’un Robin des bois ou d’un Faust ?) : la ténébreuse Lisbeth Salander. On tournait les pages de Millenium rien que pour savoir comment Lisbeth allait se sortir de toutes les situations les plus rocambolesques et terrifiantes qu’elle devait traverser. Personnage de jeune femme forte, à l’intelligence redoutable, hypermnésique, hackeuse de génie, à la fois poids plume et aux force physiques de mutante, asociale et cas social, bisexuelle, punk et capable de toutes les mutations physiques, Lisbeth Salander est l’héroïne parfaite des années 2000, incarnation d’un nouveau féminin tel que les féministes en ont rêvé.

Et c’est semble-t-il la même fascination qui a poussé David Fincher à adapter une nouvelle fois (puisqu’une version suédoise était déjà sortie il y a quelques années) Millenium.

Si on comprend à quel point l’univers de la trilogie de Stieg Larsson entrait en résonnance avec celui de l’auteur de Seven, Fight Club et Zodiac, on voit aussi que Fincher a trouvé dans le best-seller suédois une source pour renouveler son inspiration du côté du féminin, tant ses précédents films donnaient surtout la part belle aux personnages masculins.

Blomkvist : un verre et contre tous

Son film débute par un générique intrigant, plastiquement très travaillé, qui fait penser vaguement à ceux des James Bond pour le côté très graphique et la bande son, mais dans une version bien moins légère et beaucoup plus lugubre et crépusculaire. Des formes mouvantes s’agitent devant nos yeux dans un rythme très rapide, toutes enveloppées d’une sorte de gangue de pétrole, de vase noire – la boue du monde. C’est en effet de la lie de la société suédoise et européenne que Fincher (via Larsson) va nous parler : vieux nazis, grande bourgeoisie dégénérée, incestueuse et psychopathe, délinquants financiers internationaux, travailleurs sociaux pervers sexuels… Le tableau est accablant, voire sordide. Fincher comme à son habitude sait s’entourer de grands directeurs de la photo (Jeff Cronenweth, comme dans Fight Club) pour rendre palpable visuellement cette atmosphère déliquescente dans laquelle le héros, Mikael Blomkvist évolue.

Le grand reporter vedette de la revue « Millenium » est incarné comme on le sait par notre nouveau James Bond, j’ai nommé Daniel Craig (d’où peut-être d’ailleurs l’analogie que le spectateur fait dans le générique avec 007 ?). L’auteur de ces lignes n’a pas beaucoup de goût pour la nouvelle incarnation de l’espion britannique de sa Majesté, un peu trop sosie de Poutine, un peu trop silhouette simiesque. Mais Daniel Craig arrive à faire oublier assez vite sa lippe boudeuse dans le film de Fincher, et à donner de la chair à son personnage de reporter justicier de choc. Le couple qu’il forme avec Rooney Mara est très convaincant. Et tout aussi réussie est la rencontre charnelle au milieu du film entre la silhouette gracile et féline de Lisbeth et celle musculeuse et burinée de Mikael, surpris par l’initiative de la jeune femme à laquelle il ne s’attendait pas.

Les loisirs de Lisbeth Salander : lire les critiques de franglaisreview, surtout celles de Mlle Clara

Mais qui est cette Rooney Mara ?, se demande-t-on en voyant le film. On découvre que c’est elle qui faisait face à Jessie Eisenberg (alias Mark Zuckerberg) dans la première scène virevoltante de The Social network, ping-pong verbal virtuose entre le geek maladroit et la belle jeune femme qui le plaquera à l’issue de leur joute oratoire. C‘était donc elle ! La jeune fille au look d’étudiante sage de campus, métamorphosée ici en créature arachnéenne, tatouage de dragon sur le corps, piercing multiple sur le visage, regard fixe de traumatisée résiliente. On l’admire lorsqu’elle file à toute vitesse sur sa grosse moto pour courser le psychopathe qui vient d’essayer de tuer Mikael en lui faisant subir les pires tortures. Quelle allure folle lorsqu’elle pose pieds à terre et sort son gros calibre pour mettre le tortionnaire hors d’état de nuire. On est aussi baba devant le génie de l’informatique à qui rien ne semble impossible. On est fascinée par l’hypermnésique qui mémorise toutes les pages d’un dossier d’un seul coup d’œil. Rooney Mara rend crédible son personnage, à la fois frêle et bigger than life , par un jeu subtile, mais aussi une présence à l’écran impressionnante, magnétique, animale.

On ira donc voir les prochains opus de Millenium rien que pour suivre l’évolution de cette nouvelle actrice à l’étoffe de star.

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Top 10 – 2011

In a nutshell: For a third consecutive year, this blog lives! How cool is that?  As it’s tradition now we shall look back on 2011 and celebrate the movies we enjoyed the most. Since it wouldn’t be fair to forget our dear friends and contributors who helped us so much in maintaining this blog and providing new reviews when schedules are tight and movie theatres are packed so we can’t get in, they shall start with their Top (hum) 5 – most of them cheated -, the  film(s) they wished they’d found the time to see, and the one(s) they really rather wish they hadn’t.

Let the party begin – and happy New Year to you, dear reader!

Avant toute chose : Belle et Heureuse Année à Vous, Lectrice Aimée, et mes meilleurs voeux aussi pour toi sympathique lecteur, que 2012 vous apportent bien du bonheur.

Tout comme l’année dernière nous avons rassemblés nos forces, c’est à dire celles amicales et bénévoles de nos critiques invitées et leur avons demandé de nous fournir leur top 5 de leurs films préférés de cette année 2011. Chacun de nos bienveillants contributeurs nous a envoyé ses choix selon ses goûts et ses dégoûts. Certains sont commentés, d’autres nettement moins, ainsi s’expriment les différentes voix de franglaisreview. Les nôtres concluront l’exercice.

A tout seigneur, tout honneur, Mlle L. présente sur tous les fronts et sur trois continents nous donne, en plus des ses découvertes à 3€, son top 3, parce que 5, cette année c’est un peu trop.

Top Five des films vus au cinéma et qui sont sortis en cours d’année 2011 et que j’ai vraiment aimé et que c’est mission impossible d’en trouver cinq parce que sans blague cette année j’étais beaucoup aux Etats Unis et comment voulez vous que je fasse, alors du coup j’en ai que trois mais c’est vraiment en faisant tout mon possible, je vais quand même pas mettre Captain America dans mon classement, tu parles d’une daube ! :

1. Drive de Nicolas Winding Refn

2. The Killing Jar de Mark Young

3. The King’s speech de Tom Hooper

Mon top 6 de regrets terribles que j’ai pas pu les voir et que ça me rend très malheureuse et qu’en plus y en a beaucoup d’autres que j’ai ratés mais il faut bien faire un tri déjà que je respecte pas les consignes, mais que si ces films étaient passés dans le pays de blaireaux où j’étais cloitrée ben mon top five aurait eu plus de gueule, sauf que là j’ai pas pu les voir alors évidemment :

Le cochon de Gaza de Sylvain Estibal ; Hara Kiri de Takashi Miike ; The Artist de Michel Hazanavicius ; Harry Brown de Daniel Barber ; La Fée de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy ; Habemus Papam de Nanni Moretti.

Ma plus grosse déception que je suis pas contente et que ça aurait dû être génial et qu’en fait c’était tout mou et mal foutu et décevant et c’est pas du boulot: True Grit des frères Coen.

Bien sûr, il y a aussi les films dont on m’a rebattu les oreilles sans répit alors que c’était crâmé dès le départ puisqu’il s’agissait d’énormes daubes (en tête de liste, Black Swan de Darren Aronovsky, parce que RIEN A SECOUER des aventures en tutus de deux casse-couilles qui devraient se contenter de faire égéries Chanel et pas venir m’emm…rder à faire actrices, bon).

Et puis, enfin, un top five des films bizarres en DVD chroniques cette année :

1. Django, prepare a coffin de Stelvio Massi.

2. Danger Diabolik de Mario Bava.

3. Messiah of Evil de Willard Huyck.

4. La Banda del Trucido de Ferdinando Baldi.

5. The Abominable Doctor Phibes de Robert Fuest.

Our fan of entertainment with a bang, martial arts and cool witty one liners, Mr. J.A. followed the instructions to the letter. I love when a plan comes together.

1. Super 8 by J.J. Abrams

2. Suckerpunch by Zack Snyder

3. Crazy Stupid Love by John Requa and Glenn Ficarra

4. X-Men First Class by Matthew Vaughn

5. Midnight in Paris by Woody Allen

The worst movie of 2011 : The Three Musketeers by Paul W.S. Anderson (was there any doubt, after this biting review?)

The movie he most wanted to see but couldn’t: Red State by Kevin Smith

M. J.M., en plus d’avoir presque les mêmes initiales qu’un grand studio hollywoodien a des goûts aussi ambitieux et éclectiques … et des valeurs ! Voici ses choix :

Année étrange, difficile de donner un top 5, car les films marchent par ensembles

En 1, nettement au-dessus du lot : La piel que habito de Pedro Almodovar,

En 2, une errance : Essential Killing de Jerzy Skolimowski,

En 3, trois films, chacun imparfait, mais parfois d’une émotion très intense :

Le discours d’un roi de Tom Hopper ; Habemus papam de Nanni Moretti ; A dangerous method de David Cronenberg

En 4, trois films de genre, vitesse, accélération, vitesse :
X-Men First Class de Matthew Vaughn ; Scream 4 de Wes Craven ; Mission Impossible: Ghost Protocol de Brad Bird

Et pour (ne pas) conclure, ou pour faire une transition, un film de transition (reflet très esthète du film d’Almodovar) : L’Apollonide de Bertrand Bonello.

Je n’ai pas oublié les catégories regret ou déception de l’année, mais mon tempérament ne me fait absolument rien regretter du tout et je ne suis jamais déçu par le cinéma ; en effet, je suis un mec positif, en analyse, serein, qui vit et jouit et lit et écrit et pense et rêve et voit au présent ; de telles catégories sont des réflexes de loser, certainement socialistes, soit dit en passant ; en outre, ce n’est pas une catégorie plus ou moins anonyme et en tous points conformiste qui me donnera le moindre ordre

Je n’ai pas vu Intouchables de Eric Toledano et Olivier Nakache, mais je crois que ce sera facile de rattraper cet oubli.

Déception : je ne sais pas, disons Hugo Cabret de Martin Scorsese, mais je n’en attendais rien

Surprise (voilà un terme positif et vivant, un peu fou, qui nous place dans le bonheur de l’instant présent) : L’ordre et la morale de Matthieu Kassovitz, que j’aime vraiment bien. En plus je n’ai détesté aucun des films français que j’ai vus cette année – voilà, au moins, les véritables valeurs peuvent se transmettre.


And then comes our international woman of mystery, the discreet but ever present Mlle CTP who sees more movies a day than there are hours. Her favorite 5 (well 6) are the following :

1. L’Apollonide de Bertand Bonello

2. Drive de Nicolas Winding Refn

3. La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli

4. La Piel que habito de Pedro Almodovar

5 (et 6). Tomboy de Céline Sciamma et Meek’s Cutoff de Kelly Reichardt

Estimant que les documentaires méritent une place à part, elle ajoute en sélection parallèle : The Ballad of Genesis and Lady Jaye  de Marie Losier et La nuit elles dansent de Isabelle Lavigne et Stéphane Thibault.

Elle a raté Dernière Séance de Laurent Achard, Essential Killing de Jerzy Skolimowski (mention spéciale pour la ressortie de Deep End cette année !!) et Hors Satan de Bruno Dumont.

Sa plus grande déception ?  … eeeeuh, The Tree of Life de Terrence Mallick (ils avaient fumé des gros bouts de moquettes à Cannes ou ils avaient tous des regrets new-age ?) et Poulet aux prunes de Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi.

Mlle Clara clôt avec sa prolixité souriante habituelle les classements de nos reviewers amis. Voici les films qui ont retenu son attention :

1. Le Gamin au vélo des frères Dardenne

Je pensais être fatiguée de leurs films, de leur univers qui me paraissait un brin répétitif, et puis, paf ! un gros coup de poing dans la figure ! Quelle force, quelle intensité, quelle maestria dans la mise en scène, dans la direction d’acteur. On en sort avec l’impression que seul le cinéma peut produire cet effet-là. Chapeau bas !

2. La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli

Grand moment de cinéma à la Semaine de la critique, avec l’intensité de la première projection cannoise. Un sujet délicat, traité avec la force de l’urgence, la témérité d’une réalisatrice qui ose des choses risquées en s’en sortant brillamment – miracle de la grâce. Un film sur une maladie mortelle, dont on sort bouleversé et plein d’envie de vivre.

3. La Piel que habito de Pedro Almodovar

Quel étrange cerveau que celui de Pedro Almodovar… Comme avec les Dardenne, on croit qu’on est saturé de ce cinéaste à l’univers si cohérent, et puis, non ! On reste surpris par l’intelligence de sa mise en scène (la scénographie de la maison, l’esthétique de la chambre de la recluse), la folie de ces histoires d’identités sexuées chamboulées… Surpris enfin par son audace dans le mélange des tonalités, le grotesque et le sublime mêlés – très hugolien Almodovar, tiens ! Oui, cette façon qu’a Almodovar de mélanger la tonalité mélodramatique qui fait monter les larmes aux yeux, et le grand guignol qui fait éclater de rire : unique ! La référence aux Yeux sans visage en arrière-plan, si glaçante, si prégnante, est aussi une belle chose…

4. Une séparation de Asghar Farhadi

Révélation pour moi d’un cinéaste dont je suis allée après coup découvrir les films précédents, tous beaux, même si je préfère encore Une séparation. Bon, beaucoup a été déjà dit sur ce film haletant, à la direction d’acteur géniale, qui nous fait pénétrer dans cette société iranienne tellement intrigante vue d’ici…

5. Melancholia de Lars von Trier

Si j’avais envie d’aimer The Tree of life (raté !), je n’avais pas du tout envie d’aller honorer ce personnage idiot de Lars von Trier après ces débiles frasques cannoises. Mais bon, la curiosité fut trop grande. Et voilà, dès le prologue, j’ai été prise ! Ici, l’ambition métaphysique, les liens établis entre l’infini grand de l’univers et l’infiniment petit de nos affaires humaines dérisoires vus de Sirius, tout cela fonctionne et émeut, jusqu’à l’acmé final qui m’a cloué dans mon siège, knocked out. Les images et les questions soulevées par le film ont continué au-delà du visionnage de me hanter…

M. D et Miss J ont demandé un top five, mais c’est un peu juste, alors voilà pour le reste des révélations 2011 de votre serviteur.

The Artist de Michel Hazanavicius et L’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller.

Et puis encore : Shame de Steve McQueen, Drive de Nicolas Winding Refn, Tomboy de Céline Sciamma, Impardonnables de André Téchiné, La grotte des rêves perdus de Werner Herzog, My little princess de Eva Ionesco, Habemus papam de Nanni Moretti et L’Apollonide de Bertrand Bonello.

Là en revanche ce ne sera pas le pied

Mes trois plus grandes déceptions furent

1.The Tree of life de Terrence Mallick, parce que j’en attendais beaucoup et que j’avais envie d’aimer ce film ambitieux ; or impossible pour moi supporter le côté pompier des images, la dimension prêchi prêcha du message (« God, you took my son, he’s dead, it’s fine, take him, he’s yours ! » : Beurk !).

2. Carnage de Roman Polanski: autre déception d’un réalisateur dont j’attends forcément beaucoup. Pas seulement parce que Carnage est un petit film, mais aussi parce que sa misanthropie et sa misogynie m’ont semblé vaines. Et plus encore, son côté règlement de compte avec la gauche-américaine-politiquement correct-droitdelhommiste m’a paru mesquine.

3. Tintin de Steven Spielberg: encore un cinéaste dont on peut attendre beaucoup (enfin, à l’exception des fins). Impossible pour moi de supporter cette agitation de jeux vidéos, cette débauche d’effets, de caméra mouvante pour le mouvement, ce rythme frénétique sans le moindre répit. Résultat : la gerbe. Désolée !

Enfin voici le temps des regrets, dans ma bonne ville de Nice n’ont pas encore été programmé : L’Etrange affaire Angelica de Manoel de Oliveira, Dernière séance de Laurent Achard, le dernier film de Bela Tarr, le cycle Welcome in Vienne d’Axel Corti, Donoma, Honk … J’ai aussi raté : Incendies de Denis Villeneuve et Hors satan de Bruno Dumont.

A tout ceci s’ajoute un message personnel, une épiphanie :

Cette année 2011 m’aura donné la joie de découvrir (tardivement, puisque j’aurai pu, dû, les débusquer avant) deux acteurs qui ont plus que titiller la midinette qui est moi. Rien de bien original, puisque la toile bruisse des noms de ces deux phénomènes, de ces deux créatures au sex appeal maximal mais aussi acteurs émérites dont on a envie de suivre la trajectoire future. J’ai nommé, évidemment, Michael Fassbender (mon prem’s) et Ryan Gosling. Merci d’exister les gars, et si vous lisez ce blog génial, vous pouvez écrire aux rédac chefs pour récupérer my phone number.

And now here’s…

Miss J’s top 10 for 2011:

…. I shall try to be reasonably concise.

1. Habemus Papam (Nanni Moretti) – sparklingly absurdist, compelling viewing as the Pope has a meltdown.

2. Pina (Wim Wenders) – a fine tribute to one of the twentieth century’s great choreographers.

3. Tyranosaur (Paddy Considine) – a powerful and moving drama that transcends clichés of victims and persecutors.

4. Le Havre (Aki Kaurismäki) – a touching, uplifting film about generosity and solidarity.

5. La Fée (Dominique Abel) – original and offbeat in a great way, who wouldn’t want three wishes from the fairy of Le Havre?

6. The King’s Speech (Tom Hooper) – an impeccably polished exploration of performance anxiety.

7. Moneyball (Bennett Miller) – another of those sports movies that digs down to lots of interesting universals.

8. Intouchables (Eric Toledano) – two ‘untouchables’ help each other back to life in the French comedy of the year.

9. Le Cochon de Gaza (Sylvain Estibal) – bittersweet comedy with dark satirical undertones and a storming performance by a pig.

10. The Sound of Noise (Johannes Stjärne Nilsson and Ola Simonsson) – audacious musical mayhem.

Miss J’s top three popcorn movies of the year:

 1. Rio (Carlos Saldanha) –  Feel-good music, bright sunshine, great animation, strong storyline – the perfect mood-lifter!

2. Friends With Benefits (Will Gluck) – sit back, unplug brain, smile and crunch popcorn.

3. Mission Impossible 4: The Ghost Protocol (Brad Bird) – far, far funnier than expected and as high energy as it comes.

Miss J’s top three ‘kill me now’ movies of the year:

1. The Cave of Forgotten Dreams (Werner Herzog) – very much wanted to care, but it was SO DULL.

2. The Lady (Luc Besson) – ugh, the soundtrack. Just thinking about it makes me want to retreat to a darkened room and whimper.

3. Hereafter (Clint Eastwood) – excruciatingly bad. As invigorating and engaging as drying paint.

Finally, three films I regret missing so far: The Artist, La Guerre est déclarée, We Need to Talk about Kevin.

Et si vous avez eu le courage d’atteindre le bout de cette page, voici le classement de mes films préférés vus en 2011, et si j’en crois ces résultats, ce fut une année durant laquelle j’ai eu besoin de rire.

1. Pina de Wim Wenders – parce que le travail d’une chorégraphe extraordinaire filmé par un réalisateur de talent crée des étincelles jusque dans l’âme

2. Habemus Papam de Nanni Moretti. Michel Piccoli est grand, beau, touchant, Moretti est caustique et tendre et la comédie vaticane subtile, j’en reveux.

3. Une séparation de Asghar Farhadi. Les acteurs sont à tomber tant ils ont la grâce, le réalisateur impressionne, l’histoire de ce divorce n’est jamais manichéenne et est universelle.

4. Tyrannosaure de Paddy Considine. Parce que Dinard recèle des pépites de cinéma britannique avec des morceaux de bravoure dedans, parce que ce drame social est puissant, percutant, émouvant et les acteurs dignes des plus beaux éloges

5. The Sound of Noise de Ola Simonsson et Johannes Stjarne Nilsson. Haletant, drôle, original et musical, que dire de plus !

6. The Trotsky de Jacob Tierney – parce que ce film hégélien a été fait pour moi, que l’histoire se répète toujours deux fois, que la seconde est une farce et quelle farce ! Et j’ai parfois la nostalgie de Montréal.

7. La Fée de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy. Poétique et clownesque au sens le plus noble.

8. Le Discours d’un roi de Tom Hooper – parce que ce film tout classique et conservateur qu’il est a du souffle, que Colin Firth y est magnifique, et que ce conte de fée royal m’a séduit.

9. L’Irlandais de John Michael McDonagh. Des acteurs superbes, des répliques qui font mouche, une caméra nerveuse enthousiasmante, LA comédie policière de l’année !

10. Intouchables de Eric Toledano & Olivier Nakache. Ce classement est clairement un hommage aux comédies (vues en 2011), et Intouchables réussit si bien dans l’art ô combien difficile que de faire rire, que l’on est tenté d’aller le revoir pour savourer pleinement les plaisanteries alors masquées par l’hilarité des salles. En plus, un film qui offre un podium à un handicapé moteur, un oeuf Fabergé et Omar Sy méritent qu’on le remarque.

Les trois films qui m’ont déçu ne seront pas en tant que tel les pires films de 2011, enfin pas forcément. Trop facile de dégommer un film de Christophe Honoré, Hollywoo ou Les Immortels. Toute personne qui avait un espoir en entrant dans la salle se mettait d’avance le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Et pas évident avec un coude dans l’orbite de se concentrer sur l’écran.

Ainsi, là où mes espoirs furent déçus, piétinés, coupés en morceaux, noyés puis pendus :

1. Incendies de Denis Villeneuve. Une histoire absurde, ca veut faire renouveau de la tragédie grecque et ça n’est que fantasmes adolescents lourdauds et exotiques (parce que si le Liban, ou même le Moyen Orient c’est ça …) je reste encore incrédule que tant de gens que j’apprécie aient aimé ce film.

Behold the lamb de John McIlduff. Raté, tout simplement raté.

3. The Tree of Life de Terrence Mallick, qui n’est pas un mauvais film, mais tant de beautés pour tant d’ennui, je n’ai rien contre les dinosaures ni les métaphores filées, mais tout cela m’est apparu assez vain.

Enfin trois films manqués, “flûte”, mais nos chroniqueurs en disent tant de bien que s’éveille une certaine curiosité, alors espérons qu’un jour, si les Mayas nous en laissent le temps …

  1. La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli
  2. Essential Killing de Jerzy Skolimowski
  3. La piel que habito de Pedro Almodovar.

Bonne année à toutes et tous ! Happy New Year et vivent les milles visages du cinéma.

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L’Apollonide

Mlle Clara returns with a review. Joy! She saw the latest Bonello movie, L’Apollonide, the rather sad and gritty story of a brothel and its girls. In no way sensual the movie might shock some, thrill others, but can’t leave you cold. Radical, tired and sumptuous, it will make you feel uneasy. Or will it?

Voici donc cet Apollonide, film précédé d’une forte réputation cannoise, au titre poétique teinté de résonnances sensuelles, qui sort sur nos écrans niçois et que nous avons pu découvrir ce mercredi.

Première constatation : Bonello n’est pas tombé dans le travers de la nostalgie fascinée du bordel d’antan, à l’instar d’un Patrice Leconte dans son Rue des plaisirs dont personne ne se souvient (et pour cause !), film esthétisant  avec Laetitia Casta en star gironde, et qui se complaisait dans les jupes de ses dames affriolantes avec leur air tellement heureux de travailler avec leurs corps et d’offrir du plaisir à ses messieurs gourmands… Non, avec Bonello, le ton est donné d’emblée : la maison close de la Belle Epoque, sous ses atours somptueux, recelait l’aliénation, la souffrance morale, l’horreur absolue parfois, lorsque des clients sadiques s’adonnaient à des violences dont on ne dévoilera pas ici le contenu pour éviter le spoiler.

Dévoiler sans "spoiler"

Ce qui frappe dans ce film qui ne quitte quasiment jamais l’antre de cette fameuse maison close, c’est que la chair y est triste, souvent mécanique, déshumanisée. Une des prostituées doit d’ailleurs jouer une sorte d’Olympia des Contes d’Hofmann, poupée aux gestes désarticulés, pour contenter son client maniaque. Le travail des gagneuses est fatigant, il use, et la lassitude se lit souvent sur les visages, même s’il faut mimer l’enjouement et la gaieté pour complaire aux riches bourgeois et aristocrates fin de race venus là pour assouvir des désirs que leurs épouses ne peuvent manifestement leur prodiguer. Bonello ose d’ailleurs à plusieurs reprises utiliser le split screen, tic des années 70 (remember L’Affaire Thomas Crown), pour souligner l’aspect travail à la chaîne des filles dites de joie. Et l’idée est assez belle. La lumière l’est tout autant, magnifiant les actrices choisies pour leur photogénie – lumière crépusculaire comme dans un film opératique de Visconti. Eclairage qui crée une atmosphère décadence fin de siècle, très Huysmans d’A Rebours : on imagine le personnage de des Esseintes, hâve, monter avec l’une des jeunes femmes tombées dans la prostitution parce qu’elles avaient des dettes… Femmes perdues qui restent prisonnières de cette espèce de mâchoire du bordel, qui les broie et ne les lâchera jamais, les dettes contractées étant comme un tonneau des Danaïdes.

Le plan récurrent sur le couloir du bordel, lieu ou plutôt non-lieu de passage et de passes, arpenté par les femmes fatiguées et les clients non moins las, est aussi une belle idée de mise en scène. On pourrait encore citer d’autres moments très beaux, comme celui de  la sortie dominicale à la campagne, avec  toutes les réminiscences cinéphiliques qu’elle suscite : Le Plaisir de Max Ophuls (la partie « Maison Tellier » plus précisément). Réminiscences aussi éminemment  picturales, et ce n’est pas le moins réussi du film. On pense à Auguste Renoir, souvent ; à ses baigneuses, à son fameux portrait de jeune fille aux seins lourds et blancs sur fond vert (jeune actrice au corps et visage renoirien stupéfiant de ressemblance, comme littéralement sortie d’un tableau du grand maître impressionniste). On songe aussi à Courbet et son origine du monde, dont un des protagonistes du film semble être l’incarnation, obsédé par le sexe des femmes qu’il regarde frontalement en professant qu’il n’y a rien de plus beau.

Film-cerveau de salon ?

Dans une interview, Bonello parle de film-cerveau, et c’est vrai que l’impression globale qui s’en dégage est bien celle d’un film cérébral, où le sexe est chose mentale et non une fête des sens. Film-cerveau aussi car il semble constituer une espèce de microcosme psychique autant que physique, confiné. De ce point de vue, cette fois-ci, Bonello a réussi son coup, il a vraiment créé une espèce d’univers qui reste dans la tête de son spectateur une fois le film digéré. Ces films précédents, en tous cas les deux que nous avons vus, Le Pornographe et De la guerre, nous avaient laissé une impression mitigée, où l’on retrouvait cette libido exténuée, dépressive, et pour tout dire morbide. C’est manifestement une problématique du cinéaste, sorte de créature houelbecquienne tourmentée par l’extinction du désir en occident au soir du 20e siècle. Avec ces « Souvenirs de la maison close », on accepte cette esthétique parce qu’elle trouve pour ainsi dire son sujet, celui de la prostitution et des maisons de passes luxueuses pour nantis fin de siècle tentant de se désennuyer. Mais c’est peut-être aussi tout de même la limite à nos yeux de L’Apollonide : on ne peut s’empêcher de ressentir une espèce de malaise face à la fascination du réalisateur pour l’horreur sadique, pour la perversion de ceux qui aiment faire mal et contempler la détresse.

Heureusement, lorsque le film ose des images littérales qui peuvent mettre mal à l’aise, telle cette femme qui pleure des larmes de sperme, on se dit : au fond pourquoi pas ? C’est gonflé, ça pourrait frôler le ridicule, mais ça finit par émouvoir. Car il semblerait que Bonello ne prenne pas à la légère la douleur des filles de joie si mal nommée : l’épilogue de L’Apollonide en fait foi.

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